LES COMÉDIENS ANGLAIS
L'empereur Mathias était alors dans de terribles embarras d'argent . « Tout le monde refuse de nous prêter, » écrivait de Ratisbonne son ministre Melchior Klesl; « personne ne nous doit rien, et nous n'avons rien en propre. » « Les pauvres serviteurs de la cour de Prague qui ne touchent point leurs appointements, dépérissent et meurent de faim^ car ils ne parviennent pas à se procurer assez de sang de bœuf pour soutenir leur vie. Les hallebardiers, les archers, les trabans de Sa Majesté vont à l'abattoir, recueillent le sang des bestiaux, le font cuire et s"en nourrissent; la misère des seigneurs est encore plus affreuse que celle des petites gens'. » Telle était la situation; mais pour les amusements publics, on savait toujours trouver de l'argent. On lit dans les registres de la chancellerie impériale : « Le 7 septembre, le danseur de cordes a reçu 14 florins du Rhin ; le iA, le chef des comédiens anglais a touché 20 florins ; au comédien français, le 21, 14 florins; le 24 octobre. Spencer a reçu 200 florins à titre de gratification. » L'année suivante, les comédiens italiens touchèrent sur la cassette impériale, environ 5,300 florins, sans compter les frais de table ^. Mathias alla jusqu'à accorder des lettres de noblesse à un arlequin italien ^
Les comédiens anglais qui, sous la direction de John Green, représentèrent à Gratz, à la cour de l'archiduc, leurs pièces « nobles et décentes », obtinrent de très grands éloges (1607-1608). L'archiduchesse Marie-Madeleine écrivait à son frère Ferdinand, le mercredi des cendres 1608 : « Ces comédiens sont certainement très habiles dans leur art. » A propos de la comédie de V Homme riche et du pauvre Lazare, elle écrit : « Je ne saurais assez dire à Votre Grâce combien cela a été beau; aucune galanterie n'était mêlée à la pièce, et les comédiens l'ont tellement bien jouée que nous en avons été très émus. » En 1617, larchiduc Charles, alors évêque de Breslau, recommanda chaudement la troupe anglaise au cardinal Dietrichstein, gouverneur de Moravie *.
Il faut pourtant convenir que l'influence des « nouveaux comédiens i> était loin d'être bienfaisante. D'une part, ils excitaient les plus bas instincts par des farces ordurières ou des pièces galantes ; de
iernitas Passionis D. N. J. C), nomme parmi les premiers convertis, reçus dans la confrérie, Jean Spencer (M?-, comœdorum), ses doux fils et sa fille; suit une liste de noms anglais et allemands, sans doute les noms des comédiens de la troupe de Spencer. Ce dernier avait été converti par le protonotaire de la province de la basse Allemagne, le Père François Nugent, de l'ordre des Capucins, alors directeur spirituel des membres de la confrérie. ' Voy. notre cinquième volume, p. 709-711.
* Archiv fw-Litteraturgeschichte, t. XIV, p. 129, 442-444; Meissner, p. 36, 52-53. 56-57.
' Meissner, p. 56 à 191.
* Pour plus de détails, voy. Meissner, p. 62-63, 74-84, 87 et suiv.