‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 483 sur 573 · COMÉDIENS ANGLAIS : DRAMES SANGUINAIRES · texte numérisé non relu

COMÉDIENS ANGLAIS : DRAMES SANGUINAIRES

par Ariane. Ariane^ déshonorée et abandonnée, se pend. L'épouse de Thésée accuse son beau-fds lîippolyte qu'elle a vainement essayé de séduire; celui-ci prend la fuite, tombe de son char, et ses chevaux mettent son corps en lambeaux.

Phèdre se tue en se jetant sur l'épée qu'on a trouvée près du cadavre d'Hippolyte. La pièce contient encore beaucoup d'autres atrocités '.

De « l'effrayante tragédie * intitulée : Gouvernement et mort infamante de Vempereur turc Mahomet II, citons seulement la scène où Mahomet tue son frère. Comme sa mère, qui e.st présente, pleure et se désespère, l'empereur s'écrie :

« N'est-il pas comique de voir l'impératrice pleurnicher si ridiculement parce qu'elle voit une main tachée de sang*? »

L'horreur de semblables représentations, la férocité des sentiments qui y sont exprimés, l'extrême rudesse du langage ne pouvaient guère être atténuées par les quelques sentences morales qui. d'ordinaire, les terminent ^

Le recueil des tragédies d'Ayrer, publié en 1618, ne mérite guère les éloges que lui décerne la préface : « On a rarement vu ou entendu de plus admirables, belles, aimables et divertissantes choses, » dit l'éditeur; « les courses de bagues, les tournois, sont les passe-temps favoris des jeunes gens et des hommes faits; au lieu que ce livre fera les délices des jeunes et des vieux, dans toutes les conditions*.»

Les drames d'Ayrer sont surtout écrits pour la classe bourgeoise. Le duc Henri-Jules de Brunswick ne songe, lui, qu'à divertir les grands; c'est pour eux qu'il composa sa tragédie du Fils dépravé, représentée devant toute la cour en 1594. Au point de vue artistique, cette pièce n'a aucune valeur; mais au point de vue de l'histoire de la civilisation, elle öftre un très grand intérêt. Combien le goût devait être corrompu pour qu'un prince, l'un des plus cultivés de son temps, eût l'idée d'offrir un pareil spectacle à la noblesse de sa cour! En fait d'horrible et de sanguinaire, le siècle n'a rien produit de plus repoussant. Voici le sujet de la tragédie : Après la mort du duc Sévérus, Néron, son plus jeune fils, veut s'emparer du pou-

' Ayrer, t. II, p. 1207-1303.

ä Ibid., t. II. p. 737-810.

3 C'est Topinion de Schmidt (Jacques Ayreb, p. 29, Marbourg, 1851), réfutant sur ce point ce que dit Prutz dans ses Conférences (p. 97-98). Les paroles qu'.\yrer prête au clown anglais Jean Vaini dans Valentino et Urso, sembleraient prouver que le poète n'avait pas grande confiance dans l'elfet moral produit sur les spectateurs par les dissertations édifiantes : « Si quelqu'un voulait, depuis le commencement de la pièce jusqu'à la fin, vous instruire et vous moraliser, vous ne l'écouteriez pas, car ce que vous aimez, c'est le sermon court et la saucisse longue! »

* Opus thealricum (voy. GœDEKE, Grundriss, t. II, p. 546, n» 4), préface.

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