‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 486 sur 573 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LITTÉRATURE LÉGÈRE. — LIVRES d'aMOUR. — LIVRES! aNTIFÉMINISTES. DE l'art de boire. — A.MADIS DE GAULE

La littérature dramatique vient de nous montrer à quel point le goût s'était perverti à l'époque qui nous occupe. La littérature légère, surtout à dater de la seconde moitié du seizième siècle, va nous fournir les mêmes réflexions. La seule chose qui puisse consoler d'une si universelle décadence, c'est le succès que continuent d'obtenir les bons livres populaires du siècle précédent. Quelques œuvres vraiment dignes du génie national par la fraîcheur du sentiment, par l'élévation des pensées, viennent aussi grossir, de loin en loin, le trésor littéraire du passé.

Parmi les anciens ouvrages, 2'(7/ Eulenspiegel ' reste le plus goûté. Ce livre, par l'ingénieuse exposition du sujet et la perfection du stj'le, n'a pas été surpassé, et demeure un des monuments les plus achevés de notre littérature. Il a été souvent traduit dans les langues étrangères-. — A Barthélemi Krüger, greffier et organiste de Trebbin, revient l'honneur d'avoir publié les Histoires vraies de Ilans Clavert. C'est un des rares livres vraiment populaires du siècle. La verve étincelante, l'intérêt, le charme de ce recueil l'ont fait surnommer l'Eulenspiegel du Brandebourg. Beaucoup moins indécent que le premier, il contient néanmoins plusieurs anecdotes graveleuses; Krüger a donc tort d'affirmer que tout y mérite l'éloge ^ Une œuvre pure de toute scorie, d'une exécution parfaite, mais qu'on ne peut s'empêcher de regarder comme un triste spécimen de l'humour alle-

' Vo}'. notre premier volume, p. :231-254.

- Sur les nombreuses éditions de ce livre, voyez L.a.ppexbeug, p. 147-220 ; Goki>EKE, Gnmdriss, t. I, p. 344-347. Vo\'. aussi Bobertag, t. I, p. 173 et suiv.

2 Nouvelle édition publiée par Th. Rähse (Halle a/S, 1882), p. 5. Voy. p. 9-10, 13-16, 33.

mande quand on le considère au point de vue patriotique, c'est l'Histoire merveilleuse^ fnntasllqiie et jusqu'à ce jour inédite des bourgeois de Schild en Mésopotimiie ' .

Le recueil intitulé : Sagesse et hadinage, publié par le cordelier Jean Pauli, livre aussi remarquable par le fond que par la forme, mérite une mention spéciale. De 1522 à 1618, il eut quatorze éditions. On n'y trouve pas trace de polémique; le récit est simple, naïf, dim style coulant et agréable, et Fauteur a vraiment le droit dafflrmer dans sa préface qu'il s'est gardé d"y rien mêler d'indécent, ne voulant scandaliser personne -. Au reste, il n'a fait que choisir avec goût dans une foule d'anciens recueils ce qu'il y avait trouvé de meilleur. Imprimé dans un format commode et portatif, l'ouvrage fut pendant longtemps le livre favori des lecteurs de toutes classes, et devint vraiment populaire. Le Recueil de Contes et d'Anecdotes, de Jean Wickram, publié quelc[ue temps après, obtint également un grand succès. Quand on le compare au livre de Pauli, on constate les progrès que le mauvais goût a fait en peu de temps. L'auteur destine ses récit.s « à abréger les longues heures de voyage dans les voitures publiques, à égayer les gens d'humeur mélancolicpie «. Dans l'avertissement au lecteur, plein d une sainte indignation et citant 1 Évr.n-

' Francfort-sur-lc-Mein, 1597. Gof.deke, drundriss. i. II, p. 5ö0. Sclierer {Anfa>i(/e,elc., p. (il) dit fort juclicieuseiuent : « Ce livre classique est un douloureu.v signe des temps lorsqu'on le considère au point de vue politique. >>

^ LAPPE.NMUiiiG, p. 3(Ja-377. Edition pui)liée d'après le le.vtc original par H. Ostkii- LEY. Voy. Bibliolhéque de lu Société lillcraire de Slullgard, t. LXXXV, StuKgard, 18(iG. « La malice pleine d'enjouement de Pauli tient le juste milieu enln« la pruderie et la licence du langage, » dit Gœdeke {Grundriss, t. I, p. 4Üi). Gervinus (t. II, p. 302-3Ü3) dit à propos des oeuvres de Pauli ; « Quel goût e.xquis, quelle admirable pro.se, quelle naïveté, quel aimable enjouement, et comme tout ici nous donne l'impression du réel! Comme l'auteur s'assimile et rajeunit tout ce qu'il emprunte au passé! Le séricu.v et la plaisanterie se mêlent chez lui dans une juste mesure; la vive répugnance qu'éprouve toute saine iutelligence pour ce qui est dépravé, est sensible en tout ce qu'il écrit. La morale est l'aliment substantiel qu'il öftre à notre esprit, les saillies spirituelles soj.t les épices de cet aliment, et cela dans un si heureux mélange, que le fonds n'ellace point les accessoires et ne les contredit pas. II en est tout autrement dans les recueils du même genre écrits à la même date. La balance n'y est jamais égale. L'essentiel absorbe l'innocente naïveté, ou bien le fond sérieux et doctrinal disparait pour céder la place à de grossières bouHonneries. » Dans son livi e sur Pauli, K. Veitii, confondant Jean Pauli avec Paul Pferdesheim, s'est tromji • en attribuant à Pauli une origine juive (voy. Über den Barfiisser Jok PaiiU and dax von ihm verfalle Volksbuch Schimpf und Ernsl, Vienne, 1839). Presque tous les écrivains postérieurs, Osterley, Gfcdeke, et d'autres critiques avec lui. ont partagé cette erreur (voy. Eubel, Geschiehle der Uberdeulschen{Slra»sbnrger< Minorsierprovinz, Wurzbourg. p. 64-67). Si l'on veut se convaincre qu'Iiubel a eu raison de soutenir que Jean Pauli et Paul Pferdesheira sont bien deux personnalités ditïérentes, on pourra lire : Analecta Franciscana, Quaracciji, 1887, t. II, p. 534. On y verra qu'à l'époque même ou Pferdesheim était gardien du couvent de Kaisersberg en Alsace, il y est question de Jean Pauli, « gardien de la maison conventuelle de Berne » (Voy. Eubel, a. a. 0. 66).

gile, il s'élève contre ces écrivains qui, dans leurs contes immoraux, usent de termes obscènes, « sans nul respect pour les oreilles chastes des femmes et des jeunes lilles honnêtes; » néanmoins sonlivreestde la dernière indécence ', et Lauterbecken, chancelier de Mansfeld, avait raison de dire, dans son Dialogue sur la bonne éducation de la jeunesse : « Je m'étonne qu'on ait autorisé l'impression d'un semblable ouvrage, car eniln nous prétendons être chrétiens, et si lApôtre nous interdit toute parole déshonnêle, quel péché sera-ce donc d'écrire ou de laisser publier ce qui peut blesser gravement l'âme de la jeunesse -? Dans la Voiture publique, elle n'a sous les yeux que les exemples les plus pernicieux, que les propos les plus orduriers^ » Tout aussi peu édifiantes sont les anecdotes écrites par "Wickram « pour l'instruction et la récréation de la pieuse et tendre jeunesse ». Ce recueil a pour titre : les Sept Péchés capitaux, leurs fruits et leurs particularités. L'auteur exprime l'espoir que, pendant ses heures de loisir, la jeunesse « prendra grand plaisir en cette agréable lecture * » . Jacques Frey suit la môme voie* dans le recueil intitulé : la Société du jardin (1556). « On trouvera dans cet ouvrage, » lit-on dans la préface, «de joyeux entretiens, de spirituelles satires, des contes, des facéties, des fables, des historiettes, etc., le tout d'une lecture agréable et facile. » Comme l'auteur de la Voitwe publique, Frey proteste de ses vertueuses intentions ; il ne veut scandaliser personne ; il affirme qu'il s'est gardé de toute parole indécente, de tout ce qui pourrait blesser les oreilles « des femmes et des jeunes filles honnêtes, qui ne doivent avoir sous les yeux que ce qui est édifiant et pur"^ ». « La vierge la plus modeste », assurait le libraire de Francfort Sigismond Feyerabend, en annonçant une nouvelle édition de la Voiture publique et de la Société du jardin, « pourra lire ces ouvrages sans craindre que sa pudeur en soit le moins du monde blessée'. » Cyriacus Span-

' Voy. l'édition qu'en a donnée H. KüRz(Leipsick, 186ö),p.l5,36,44,78, 13o,139,16o.

- Wickram composaaussi un Beau et très utile Dialogue dans lequel est représenté tel qu'il est réellement le j)éché capital de l'ivrognerie (Gcedeke,!. II, p. 463, n" 13). Lui-même était grand buveur, et son intime « ami et frère » Matins Ruller, bourgeois du Kaisersberg, cherchait vainement à le détourner du vice de l'ivrognerie (ScHERER, Anfange, etc., p. 38).

2 Lauterbecken, p. 10.

* Die sieben Hauptlaster (Güedeke, t. II, p. 464, n" 16), édition de 1556, préface.

5 On ne sait sur Jacques Frey que ce qu'il nous a dit de lui-même. Il ressort de quelques documents recueillis à Strasbourg et de pièces judiciaires trouvées à Maurmunster en 1553, que Jacques Frey était de Strasbourg, qu'il fut greffier à la cour de Rome et à la cour impériale et qu'il se faisait désigner sous ces titres en 1545, 1549, et du 24 juin 1553 au 29 avril 1562 (voy. Könnecke, Littératures comparées, et l'ouvrage de Koch et Geiger, nouvelle suite, 1889, t. I, p. 199-206). II mourut vraisemblablement en 1562 : ce qui est certain, c'est qu'en 1571 il n'exerçait plus ses fonctions de greffier.

^ Édition de 1556, préface.

" Voy. Archiv für die geschickte des Buchhandels, t. V, p. 157.

genberg ne partageait pas cette opinion, et rangeait la. Société du jardin parmi les livres « inspirés par le démon pour corrompre la jeunesse, souiller la sainteté du mariage et avilir la femme » . Aussi eût-il voulu faire interdire par l'autorité la lecture de ces impudiques écrits ' . Le livre de Frey, en effet, contient un grand nombre de contes licencieux, présentés d'une manière qui n'est rien moins qu'édifiante.

Martin 31ontanus, compatriote de Frey, écrivit dans le même esprit le Chemin racèourci (1557), livre tout aussi licencieux; pourtant, à en croire son auteur, c'est un ouvrage « très inoffensif et des plus divertissants, composé pour le bien et l'utilité des jeunes gens, et s'adressant non seulement à eux, mais encore à tout le public - » .

Plus répréhensibles encore au point de vue de la morale, Schumann et Michel Lindener^ de Leipsick, s'adressent franchement à un cercle de lecteurs habitués aux propos les plus orduriers. Les histoires amusantes du Petit Livre de chevet, de Sciiumann, devaient, dans la pensée de l'auteur, « être lues la nuit, après le souper, dans les rues, en allant et venant, ou bien encore, elles devaient être contées. » Dans la dédicace de la seconde partie de son livre, l'auteur cite la lettre d'une veuve qui lui reproche d'avoir osé écrire et présenter au public « de grossières farces, des récits licencieux, qu'une femme mariée ne saurait lire sans rougir ». « Ne trouvez-vous pas, » s'écrie Schumann, « que cette veuve est bien prude et bien douillette ? Or j'ai souvent entendu dire que, dans toute la corporation des veuves, il n'en est point de plus grossièrement impudique que celle-là ! Elle m'a si bien convaincu et tellement touché qu'à cette seconde partie j'ai encore ajouté cinq farces plus épicées et plus gaillardes que les autres ! » Les Heures de repos de Lindener dépassent de beaucoup en licence le Petit Livre de chevet ^. Cette fois l'auteur déclare écrire « pour ces

' Spangenberg, Ehespiegel, p. 437''-4o8.

- Wcgkärlzur, etc. Voyez dans Goedeke, t. II, p. 466, n»41, la dédicace et l'avertissement aux lecteurs, A 3, 4. Voy. Robertag, t. I, p. 138. « Montanus emploie sans aucun embarras les termes les plus obscènes, » remarque Gœdeke. « Il entre dans le détail des faits les plus naturalistes avec une précision, une tranquillité vraiment extraordinaires. On se demande comment il a pu dire de son livre qu'il le croyait assez amusant pour réjouir un moribond, et que la pensée de Dieu n'en était pas absente. » Si les farces racontées par Jacques Frey et Martin Montanus paraissaient à leurs auteurs exemptes d'obscénités et d'ordures, c'est, au dire de Gervinus, « parce quo ce siècle avait de l'impudicité une idée tellement gigantesque que notre faible intelligence est incapable d'y atteindre. >•

^ Voy. G. Wendeler, Archiv für Litleralargeschichie , t. VII, p. 454.

* « Il est curieux de constater, » remarque Robertag à propos de Schumann. « qu'au seizième siècle on faisait, comme de nos jours, de la réclame scandaleuse. Si notre homme prend un ton de moraliste, s'il se plaît à citer la sainte Ecriture, s'il se sert de la comparaison de l'abeille, tirant des fleurs non le poison mais le

pourceaux bien dodus et tout Ijuriolés^ exquis et choisis, quon appelle en langue welche « cazipori >•. Lindener dédie son livre <ï lillustre Antoine Baumgarten, « seigneur orné de toutes les vertus, . ((uil supplie « daccepter son petit ouvrage comme Tœuvre et le produit du labeur honnête dune bonne àme -. Dès le début, il semi)le très versé dans le langage des maisons publiques, et fuit part à son lecteur du dessein qu'il a « de mettre au jour, dans un si bel ordre, le vocabulaire du libertinage, afin que les bons vivants, ceux qui ont coutume d'écouter volontiers le langage de la folie, aient aJjundamment de quoi se délecter et rire à cœur joie ' ». Tout en allant aussi loin que possible dans lobscène, Lindener se pique de dévotion ; il adresse au Sauveur d'onctueuses et longues supplications qui, dans une telle bouche, frisent le blasphème-.

Bernard Herzog, beau-père de Fischart, fit paraître, « pour l'utilité et la récréation des archers, les Nuits de (jarde, livre très nécessaire aux gens d'humeur mélancolique'^. » Parmi les six cent vingt -sept Récits de Claus Nicolas l'idiot, que Wolfgand Bütner, prédicant de^^'olferstedt, offrit au public en 1572, on ne trouve guère que de grossières bouffonneries et des contes licencieux, extraits des recueils précédemment cités. L'auteur affirme néanmoins, dans sa préface, « qu'il n'a lait que recueillir les bons adages et paroles honnêtes de dignes et honorables personnages, et que son livre est bien préféral)le et très au-dessus de YEalenspiegel et de ses exécrables vilenies. De 1572 à 1617, l'ouvrage eut au moins dix éditions \ « De grossières facéties, des contes orduriers auxquels s'ajouliMit

miel, c'est pour s'attirer Tostime des gens sérieux ; mais en même temps (."est poui' satisfaire les anialeurs de propos graveleux; il leur indique, dus la prél'ace de la seconde partie, les pages où ils poun-ont trouver l'aliment qu'ils reclierclient» (Arcliiv fur LUlcratiugesch., t. VI, p. 137).

' Les deux livres de Lindener ont été nouvellement édités par Fr. Lichstenti:i.n. Voy. Bibliothèque de la Société litléraire de Slullgard, t. CLXllI.

- Voy. les passages cités par Wexdeler, Arcliiv für LHleraturyesch., t. Vil. p. 440 et suiv.

3 Wexdeler. p. 145 ; Goedeke, Grundriss,l. Il, p. 472, n" 11. Voy. dans L.\I'Pex- BERG, p. 38-', l'article sur Nicolas l'idiot et sur Wolfgang Bütner de Scitnorr de Carolsxfeld (Archir far Litteralurgeschichte, t. VI, p. 277-328). « Au point de vue de l'histoire delà civilisation, » dit Bobertag (t. I, p. 149), « il est curieux de xoir ce que le public était alors capable de tolérer en fait de saletés, d'obscénilés, de plaisanteries que je pourrais nommer iuimondes. Et ici il est encore à propos d'observer que les lecteurs dont Xicolas /'<(i/ot faisait la joie n'apjiartenaieiit pas aux classes populaires, qu'ils n'étaient dénués ni d'éducation, ai de culture, et qu'ils faisaient partie de ce public lettré dont la cour du chef du Protestantisme, rÉlecteur de Saxe, était alors le centre. Notons encore que l'auteur de ^S'icolas l'idiot n'était pas un barbouilleur obscur, mais un ecclésiastique très estimé comme écrivain. Notre temps pourrait peut-être exhiber des livres du même genre. mais leurs autem's restent dans l'obscurité, gardent l'anonyme, sont inconnus du monde littéraire. »

* GoEDEKE, Grundriss, t. II, p. obS, n» 3.

maintenant une multitude dhistoires galantes^, » disait en chaire un prédicateur. « encombrent nos librairies, et trouvent plus de débit que tous les autres livres. Chaque année, leur nombre s'accroît^ les colporteurs les propagent dans les villes et dans les campagnes. On les lit, on les relit; ils sont dans toutes les mains; dans les voitures publiques, sur les navires, dans les hôtelleries, les cabarets, partout on les rencontre; garçons et fillettes les emportent à Técole et s'en nourrissent sans- scrupule, au grand péril de leurs âmes et de leur salut. Les foires, les marchés regorgent de livres de Vénus, et les scribes licencieux amorcent une jeunesse impudique rien que par les titres alléchants de leurs scandaleux récits '. »

On voyait en effet s'étaler aux vitrines des libraires des titres comme ceux-ci : Maximes f/alnntes de Bouche de miel; — Belle Chair ; — L'Ecole de Galanterie, avec le nom des facuHés et diverses agrégations des deux sexes qui la composent (1593); — Entretiens divertissants sur la Galanterie (1G09); — L'épreuve, ou l'Amour jilus doux que le miel: — Précieuse Cassette des courtisanes, suivie des litanies des ivrognes et des ribauds, très plaisants et divertissants à lire et à chanter (i 603 et 161 4) ; — La Montagne de madame Vénus (l(îli); — Guerre contre le Mariage, livre composé pour la délectation et l'instruction de tous les jeunes chevaliers de Véiius (1618;; — École de Vénus, on instruction très salutaire sur les origines de l'amour, etc., etc. -. — L'Ä7t d'aimer, que Paul von der /Eist publia en 1602 « pour l'honnôte récréation de la jeunesse » (d'après VArs amandi d'Ovide), eut quatre éditions en dix ans, dont une en basallemand''. Un livre publié en 1612 par Agricola Tabeum, et dont le titre, intraduisible en français, indi(pie à lui seul l'extrême immoralité, surpasse tous les autres en licence .hardie. La librairie allemande a rarement produit un livre plus infâme *.

Longtemps avant Beinhaus, Jean Fickler. conseiller princier de la cour de Salzbourg, avait énergiquement ilétri toute cette littérature fangeuse, « petits traités, passe-temps, farces et gaudrioles de tout genre. » Il écrivait : « Là sont contées avec art, avec un soin tout particulier, avec une aisance enjouée, des histoires en partie vraies, en partie inventées, mais vraisemblables, enseignant de la manière

' Bein"h.\üs, p. 4.

* Vo}-. les titres de ces sortes d'ouvrages dans H.wx, p. 24, 91, 100, 101, 106, 147, 170, 171, 210, etc.

^ II.wx, p. 4-D.

* Voyez-en le titre dans Goedeke, Gnnidriss, t. II, p. 472, n" 11 ; Hayx, p. 307. Voy. Gervinus, t. I, p. 300. — On publia entre autres, traduits de l'italien, /. B. Gijraldi Cynlhii Novella oder auserleseae, liebliche neive Historien uni Geschichten sowohl ehelicher als auch bulerischer Liebe, etc., Francfort-sur-le-Mein, 1614 (Hayn, p. 100). On traduisit du français Simon Goulart : Schatzkammer iibernatiirlicher lounderbarer Geschichten und Fällen, Strasbourg, 1613-1614, trois parties, contenant principalement des histoires galantes (Hay.n, p. 278).

Page 1