‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 488 sur 573 · ÉCRITS BURLESQUES ET SATIRIQUES · texte numérisé non relu

ÉCRITS BURLESQUES ET SATIRIQUES

Le Boute-en-train, de Guillaume Kirchhoff, le meilleur recueil (relativement parlant) qui ait été publié à cette époque, renferme pourtant un certain nombre de contes licencieux, destinés à avilir le clergé catholique.

Le Passe-temps historique et poétique de Lazare Sandrub, « fervent ami de la poésie, » publié à Francfort en 1618, est un volumineux recueil d'anecdotes du même goût. « On trouvera dans ce livre, « lit-on dans la préface, < toutes sortes dliistoires divertissantes, agréables et joyeuses, de belles et gracieuses poésies, des contes honnêtes et décents. On en a écarté avec le plus grand soin les bouffonneries licencieuses, les contes immoraux. Le lecteur pourra tout lire sans crainte d'être scandalisé ou choqué. » Or, parmi les cent cinquante historiettes de Sandrub, trente au moins insultent les ordres rehgieux et le clergé séculier de la manière la plus grossière. La vie privée des religieux et des prêtres est présentée comme le comble de linfamie. Chaque anecdote est accompagnée dun « mémento » . Là, sans crainte de lasser le lecteur par d"insipides redites, Sandrub étend à tout le clergé ce qu'il croit pouvoir avancer sur un individu. Il dira par exemple : « Les sans-âme, je veux dire les prêtres papistes, se livrent aux plus honteux excès ; ils vivent comme des Juifs ou des Turcs. La confession auriculaire n'a presque d'autre but que de les divertir par le récit de tous les péchés de luxure qui se commettent en ce monde. » « Lorsqu'ils ont bien fait ripaille et qu'ils se sont soûlés à cœur joie, les curés papistes vont quereller leurs concubines. » « En vérité, ces gens-là méritent d'être jetés à l'eau avec leurs créatures I » « Les docteurs papistes parlent de la Bible en termes monstrueux; ils l'assimilent aux fables d'Esope. » « Les papistes ont d'infâmes commerces avec les animaux sans raison; je ne veux rien dire des abominables crimes sodomites auxquels ils se livrent avec un odieux cynisme. » Un moine ayant été un jour attaqué par un loup, les chiens accoururent :

Ils se jetèrent sur le moine,

Ils le déchirèrent à belles dents,

Laissant au loup toute liberté de s'enfuir.

Ce loup a voulu nous montrer par là

Qu'un moine est plus à redouter qu'une bète fauve '.

' Deliliœ historicw et pœticœ das ist, historisehe undpœticœ, pœtische Kurzweil, Francfort-sur-le-Mein, 1618. Voy. la nouvelle édition donnée par G. Miilclisack des œuvres littéraires allemandes des seizième et dix-septième siècles. Voy. sur ces contes obscènes, p. 21-22, 24-26, 29, 30, 32, 34-40, 53, 58-62, 64, 74-76, 79. 9b, 96, 99, 112, 121. Il importe de noter ces passages, car Sandrub, comme Waldis, a été rangé par beaucoup de critiques contemporains parmi les poètes

« De nos jours, en Aileraagne, » disait en chaire le prédicant Beinhaus, « les prêtres sont encore plus exécrés que les juifS;, comme d'innombrables brochures^, rimes et caricatures le prouvent suffisamment; mais les femmes sont aussi lobjet dune haine singulière; une foule d'écrivains prennent à tâche de répandre contre le sexe féminin les calomnies les plus noires. Le mariage est outragé, on lui fait une guerre ouverte. » L'impie Sébastien Franck a de nombreux imitateurs qui disent avec lui : « Rien de bon ne saurait venir d'une femme, lune ne vaut pas mieux que l'autre : elles ne peuvent être rangées parmi les animaux raisonnables. Les femmes sont les tenailles du diable. » « Les jeunes garçons les poursuivent de leurs huées jusque dans nos rues. Grâce à tant de livres et de bouffonneries récemment publiées, grâce à tout ce qu'on a débité sur leur compte, ils sont parfaitement instruits de tout le mal qu'elles peuvent faire, ils savent comment elles trompent les hommes; ils soutiennent que tout péché, toute impudicité viennent d'elles. On prête volontiers l'oreille à tout ce qui les accuse, on lit avec plaisir tout ce qu'on écrit contre elles; on s'en délecte, et ces petits livres, et ces rimes burlesques trouvent un grand débit; on se les arrache dans les boutiques des libraires. Les prédicants ont beau s'élever contre de telles lectures et dire tout ce qu'ils en pensent, autant en emporte le vent ! On va jusqu'à dire : Que le pasteur nous laisse la paix, qu'il se mêle de son ménage ! Il a assez à faire pour entretenir sa femme honorablement et pour la rendre à peu près docile, car les femmes veulent tout gouverner, et la plupart sont effrontées, indomptables, opiniâtres et dépravées'. > Bien des années auparavant, un prédicant luthérien s'était plaint à peu près dans les mêmes termes de la manière dont les femmes étaient traitées : « 11 est évident qu'il y a bien plus d'auteurs qui médisent des femmes et les criblent d'insultes qu'il ne s'en trouve pour en dire un peu de bien. A bord des navires, dans les auberges, les cabarets, partout on répand de petites brochures qui colportent en tous lieux l'injure contre les femmes, et ces lectures servent de passe-temps aux oisifs

« les plus naïfs, les plus iaoffensifs de son temps ». « Ses contes les plus libres, » dit Kurz (Gesch. der Litteralnr, t. II, p. 406), « sont toujours écrits sans malice, sans aucune arrière-pensée. On voit qu'il jouit lui-même avec bonhomie de l'humour qu'il mêle à ses récits, et qu'il ne se soucie de nulle autre chose. » ' Beinhaüs, p. S*». Voy. Sp.\nge.\berg, Ehespiegel, p. 123, liO, 437.

et aux voyageurs. Nombre d'écrivains trouvent grand plaisir à avilir les femmes, au grand préjudice de la jeunesse. A peu d'exceptions près, on les tient pour méchantes, pour venimeuses, et dune nature diabolique ; on se plaît à répéter qu'il y a incomparablement plus de femmes que d'hommes (lui sadonnent à la magie, et montent sur le bûcher pour crimes de sorcellerie. Gela prouve, dit-on, que la nature de l'homme est bien supérieure à celle de la femme; l'homme a moins de fiel, de ruse, de perfidie. Et l'homme du peuple, à force d'entendre et de lire ces choses, est exaspéré contre les femmes, et quand il apprend que l'une d'elles est condamnée à périr sur le bûcher, il s'écrie : C'est bien fait! car la femme est plus méchante, plus rusée que les démons M »

« Point d'animal plus malfaisant qu'une méchante femme, tout le monde sait cela, » dit Eucharius Eyering dans son Recueil de Proverbes.

«t N'est-il pas surprenant que Dieu ait uni à l'homme une créature aussi perverse? Tous les jours, la femme commet les plus graves péchés. Elle obéit à Satan bien plus docilement que l'homme. Peu d'hommes, relativement parlant, sont brûlés vifs pour crime de sorcellerie. Si l'on faisait le compte de tous les péchés qui se commettent sur terre, on verrait que la femme pèche bien plus que l'homme, et qu'en ce beau combat c'est à elle qu'appartient la palme-. »

A tout homme bien décidé à ne pas être esclave en sa maison, on recommandait la bastonnade comme souverain remède à l'indiscipline de l'épouse :

Qu'il se garde, en toute saison D'économiser son bâton !

dit un poète populaire; Eyering va plus loin :

« Crois-nous quand nous te le disons : Quiconque n'a pas battu sa femme, ne la pas encore délivrée du diable. Si, en général, les femmes sont si intraitables, c'est que le diable est encore blotti dans leur peau. Mais aussitôt qu'avec un bon bdton on a chassé le démon qu'elles logent, on est tout étonné d'avoir une bonne femme ! Toutefois, le proverbe dit bien vrai : Si tu veux vivre en un lieu où jamais n'entre la querelle, garde le célibat '. »

' C. BEETiMANX. Eine niUzlich Oslerprediij über die frommen Weiber am Grabe, für alle Sländes-Personen (lö93), A. 3-4.

-Eyering, t. JII, p. 126-127. Jean Baumgart, prédicant deMagdebourg, dit dans le prologue du Jugement de Salomon : « C'est chose bien connue chez nous que la femme est pleine de malice et de ruse. Dès que la femme parut dans le monde, elle y apporta le mensonge. » Feuille 133''.

■' Eyeri.ng, t. 111, p. 270. Voy. p. 435.

Au bas cFiine gravure représentant une scène de bastonnade, Jost Amman place ce commentaire :

« Vois la bonne correction que reçoit cette femme! Les coups pleuvent sur son dos. elle passe par une vraie lessive de bâton! Elle s'en trouvera bien! C'est qu'elle s'est permis de faire la maîtresse au logis^ usant de violence et de ruse. Que tout mari médite avec soin sur cette image; sans le bâton, il ne viendra jamais à bout de sa femme et, s'il a le malheur de lui laisser prendre les rênes en main^ il sera son esclave jusqu'à la mort. »

Ailleurs, à propos d'une autre correction maritale,. Amman n'attend, au contraire, aucun bon résultat de la bastonnade infligée :

« Arrête, toi qui t'imagines, avec ce bâton, pouvoir chasser la malice de ta femme ! Quand bien même, grâce à tes coups, un diable sortirait de son corps, six autres prendraient aussitôt possession de la maison'. »

A Adam Schubert, auteur du Diable domestique (1565), revient l'honneur d'avoir dépeint les icônes de bâton les plus tragiques entre mari et femme. Il prétend n'avoir voulu « qu'effrayer un peu les mégères opiniâtres, emportées, revêches, contredisantes et querelleuses qui font le malheur de leurs maris » ; il n'entend pas traiter les femmes aussi durement que d'autres l'ont fait, ceux, par exemple, qui ont écrit sur les neuf peaux des femmes, peau de chien, peau de cochon, etc., ou qui ont affirmé que la femme est ordinairement possédée de dix démons. Le « diable domestique «, dans le livre de Schubert, s'appelle Sieman (la femme-homme). Sieman soutient avec son mari une lutte violente et opiniâtre que celui-ci raconte en ces termes : << Pendant au moins trois heures, nous nous sommes poursuivis dans tous les coins de la maison, en haut, en bas, de la cave au grenier. » Enfm Sieman se mit à trembler de tous ses membres : « Jusqu'à présent, >> lui dis-je, « je n'ai encore rien fait! C'est maintenant que je vais pour tout de bon commencer! » « A ces mots je saisis une hallebarde pointue; furieux, j'en menace Sieman et je la renverse à terre. Je lui dis : « Maintenant, seras-tu sage? — Oui, et que tous les diables te confondent! » répond-elle. « Mais je te préviens d'une chose, sac à vin! Si tu chasses un diable de mon corps, demain tu en auras quatre, six, neuf à exorciser! » ' Alors, transporté de rage, je frappe tant et si bien que Sieman ne bouge plus ! Je me dis : Pour sûr, cette fois, le diable est mort, je suis délivré de toutes mes peines ! »

Mais le pauvre mari se trompait. Comme il revenait ivre d'un cabaret voisin, il retrouva Sieman toute regaillardie, et cette fois armée d'une broche :

' Nouvelle édition publiée à Munich, chez Hirth(1380), n^lS, 51.

« Le diable avait mis la joie de son cœur à lui laisser la vie! En un tel péril, je saisis une fourche, et j'assénai un grand coup sur la tûte de Sieman. Je la terrassai, la jetant à terre comme un vieux pot de cuisine. Elle gisait sur le sol, étendue sans mouvement à mes pieds; alors je fis fondre sur elle une nouvelle grêle de coups. Je me disais : Cette fois elle a reçu sa réponse! Mais pour Tenterrer, j'eus bien du mal ! Je courus chez le fossoyeur, je lui dis : Cours à la voirie, et creuse une tombe à ce méchant ver, que j'ai assommé pendant un orage ! » etc .

« Somme toute, » explique le poète en concluant, « ce petit livre a été composé dans le but d'incliner les femmes vers l'obéissance. L'histoire du châtiment de Sieman démontre que, généralement, la rébellion ne leur réussit pas. C'est ce que j'ai voulu leur prouver par cet exemple ' . »

Dans un langage extrêmement vulgaire et malpropre, entremêlé d'attaques violentes contre l'Église romaine et son culte, Jean Sommer,

' Édition de Francfort, 156.5. Le nom de « Sieman » (la femme masculine) était connu bien longtemps avant le Diable domestique de Schubert. Voy. Scherer, Deutsche Studien,. p. 234; Spengler, p. 57, note. « Un trop grand nombre de maris, » dit I. Stocker dans son Miroir du (jouvernement domestique chrétien, p. 115', « sont trop faibles avec leurs femmes, de là vient que Sieman habite dans toutes nos maisons et y gouverne toutes choses. » Dans le Miroir des époux de Spangonberg, on lit : « Les femmes ne veulent pas se laisser gouverner. Ce qu'elles veulent, c'est d'être toujours et partout des Siemans. » Ce nom se retrouve fréquemment dans les écrits d'Eucharius Eyering.

Autrefois toutes obéissaient;

Maintenact elles s'appellent toutes Sieman.

Ce nom vient de Satan, et non de Dieu... > (T. I, p. 7.)

Les hommes doivent maintenant

Porter derrière leurs femmes l'enfant el le manteau.

Obéir à tout ce qu'elles ordonnent.

Car elles ont changé de nom.

Elles s'appellent maintenant Sieman. (T. I, p. 70.)

La femme résiste toujours à l'homme,

Qu'elle ait raison ou non;

Elle est Sieman dans la maison

Et veut en chasser Herrmann... (T. II, p. 74.)

Au bout de deux ans de mariage

Elle veut déjà tout régenter.

Elle veut être appelée Sieman,

Elle ne fait que quereller et tempêter. (T. Il, p. ."306. )

« La femme abuse l'homme par de douces paroles, afin qu'on ne découvre pas la fausseté de son cœur. Elle remporte enfin la victoire : Sieman gouverne le ménage. Herrmann est vaincu » (t. III, p. 127). Thomas Murner avait dit avant lui :

« Rien de plus terrible au monde

Que de voir une femme devenir maître dans la maison 1 Si tu veux gouverner heureusement ta barque, Ne donne point le gouvernail à ta femme. »

(Geuchmatt, p. 1006). Voy. p. 1072. Vers la fin de son livre, Murner se défend d'avoir voulu désobliger les femmes. « Je n'ai parlé que des mégères, » dit-il, « les bonnes femmes méritent tout éloge. »

prédicant d'Osterweddigen, offrit au public, dans son Malus muliei^, publié pour la première fois en 1609,, réédité en 1612 et en 1614, un gros livre sur « la soif de domination qui dévore la méchante femme, sur les causes de la guerre qui tôt ou tard éclate au foyer domestique, sur la manière de guérir les femmes par certaines amulettes, remèdes préventifs, médicaments salutaires qu'on peut employer contre la peste de lorgueil à laquelle la femme est sujette plus que Ihomme, enfin sur le grand profit qu'avec un peu d'adresse on peut tirer d'une méchante femme, le tout exposé d'une manière burlesque et lardé de beaucoup d'anecdotes comiques et savoureuses ' » .

Dans la seconde partie de Vlmperiosis midier, où il n'est question que de la « sempiternelle querelle entre le haut-de-chausse et le tablier », Sommer s'applaudit du succès de son premier ouvrage. « Favorisée par un bon vent, » dit-il, « ma satire est entrée à pleines voiles dans tous les pays; elle a pénétré partout, ses bons mots ont passé en proverbe-. »

« Considérant la perversité des femmes, quelques grossiers extravagants ont été jusqu'à prétendre qu'elles n'appartiennent pas comme nous à l'humanité, faisant d'une telle baliverne le sujet de

• Deuxième partie de VElhnographia mundi. Voy. Goedeke, Grundriss, t. II, p. 584, n» 9. Sommer emploie quelquefois un langage absolument obscène, par exeuiple, p. 80 et suiv., p. 129-131.

- Voy. la préface de Vlmperiofus mulier. et celle de la troisième partie de VEthn. mundi, composées« à la prière de gais compagnons ». Voy. le titre complet de cette comédie dans Goedeke, t. II. p. 584. n" 10 ; voy. dans Hayn. divers autres écrits pour et contre les femmes, p. 283 (434). 286, 299. 361, 372, 396, 409, 418, 431, 437; Quelques rimes agréables sur les femmes (feuilles volantes, 1587). L'auteur de ce dernier écrit est enchanté de voir les femmes subir « de bons petits supplices, comme ceux, par exemple, qui sont gaiement décrits dans la Querelle des puces. Cette Querelle des puces, œuvre de Fiscbart (1573), eut de nombreuses éditions (voy. Goedeke, Grundriss, t. II, p. 492, n" 8). Dans une édition revue et corrigée (1577), le poète assure que son « noble petit livre » équivaut presque au catéchisme. Dans un autre de ses écrits, il en recommande la lecture comme il suit: « Mes bons compères, aucun livre ne vous sera plus utile, aucun, même celui d'Albert le Grand; vous y trouverez un trésor, je veux dire un moyen infaillible de prendre et d'exterminer les puces » (voy. ScHEiBLE.Â7o.si'd*-, t. VIII, p. 567-568). Égidius .\lbertiniis, dans son livre du Bon youvernement du ménage, dit « qu'on ne doit pas renoncer au mariage en se fondant sur certains jugements sévères portés sur les femmes dans la sainte Ecriture ». Il réfute ensuite plusieurs calomnies répandues par les hommes contre les femmes (3^ partie, p. 76''-81). Dans son Réveil des guerriers (t. I, p. 58''), il est dit, à la louange des femmes, «qu'elles ont reçu de Dieu et de la nature des dons particuliers, qu'elles sont plus modestes, plus chastes, plus pieuses que les hommes.» Mais au contraire, dans le Royaume de Lucifer, au chapitre sur la luxure, le même auteur écrit : « Entre tous les instruments employés par le diable pour séduire le cœur de l'homme, il n'en est pas de plus dangereux que la femme, car c'est à cause d'elle que notre premier père a été privé de son héritage céleste et plongé dans la détresse la plus amère. Presque tous les hommes sont trompés et égeirés par les femmes ; le monde, en grande partie, est gouverné par elles » (voy. Hirnschleifer, p. 34-35, p. 207).

longs discours et de vers pédants: ils ont même pris la peine de discuter doctement la (|ue>tion. comme s'il s'agissait diin point de doctrine quil importe de bien établir'. »

A Wittenberg, en effet, une Dispute, composée de cinquante thèses et soutenant que les femmes ne font point partie du genre humain, avait été récemment publiée, et la faculté de théologie avait fait paraître un A rr/ument contradictoire, dédié aux étudiants, pour engager la jeunesse studieuse à ne jamais approuver ni répandre un blasphème capal)le de mettre les âmes en péril. La Dispute fit un tel bruit (|u"André Schoppius, pasteur de Wernigerode, crut de son devoir < d'entrer en lice comme un valeureux chevalier pour la défense du sexe faible «, et fit paraître un volumineux traité sur la question -. « Comment, > écrit-il, « Dieu aurait-il obligé les femmes à mener comme nous une vie humaine, si réellement elles ne faisaient pas partie de l'humanité'? » S"appuyant sur renseignement constant de l'Église, sur les Pères, les conciles, et même sur le témoignage des païens, il présente douze raisons principales établissant sans réplique que les femmes sont de la même race ou nature que les hommes, k Ne lisons-nous pas dans la Bi])le, » écrit-il, « que le Christ est né d'une femme, et non d'un homme'? » « Puisque les femmes, tout aussi bien que les hommes, sont obligées d'observer la loi divine et les dix commandements, il en résulte indubitablement qu'elles ont la même nature qu'eux, et par conséquent doivent être considérées comme faisant partie intégrante de l'humanité. Ce qui prouve que les femmes sont douées de raison, c'est qu'Eve conversa raisonnablement avec le serpent, de même Abigael, sans parler d'autres femmes très sensées... On répète parfois ce proverbe : La malice de l'homme est bornée, mais celle de la femme est infinie. Preuve encore que les femmes sont des créatures raisonnables, créées par Dieu tout aussi bien que nous! Inutile détablir quelles sont mortelles comme Ihomme, d'autant que, de nos jours, très peu vivent jusqu'à cent ans. Enfin, comme l'exacte définition de l'être humain convient aussi bien à la femme qu'à l'homme, on doit en conclure qu'elles sont réellement des créatures humaines. » • L'ennemi des femmes, le blasphémateur de l'œuvre de Dieu, croit faire preuve de science en soutenant que la femme est un monstre

' Beixhaus, p. 6

* Corona dignitabilis muUebris, publié pour le première fois en 1596. « revu et considérablement augmenté >> en 1604. Schoppius se disait d'autant plus obligé de combattre le calomniateur, qu'il connaissait « un grand nombre de grossiers manants de son espèce, acharnés à médire des femmes, et parmi eux quantité d'étudiants mal appris, de gens d'église sots et inconsidérés, de hâbleurs pédants, etc. « Feuille D. 2.

'Feuille E. 3.

dans la nature: mais il ne l'a pas démontré, car, en premier lieu, les monstres, ou prodiges naturels, sont rares; or le nombre des femmes égale celui des hommes ; secondement, quand il s'en rencontre, ils n'ont ni la forme ni l'aspect des créatures qui les ont engendrés et mis au monde; ainsi par exemple les enfants à deux têtes, à quatre pieds, à un seul pied, etc. Au lieu qu'ordinairement, parmi nous, les femmes naissent. Dieu en soit béni et remercié, ayant la forme et Tapparence qui appartiennent à notre nature et à notre être. C'est donc un horrible blasphème que d'insulter la femme en prétendant qu'une si noble créature est un monstre dans la nature. Les pa'iens, qui ne savent rien de Dieu, rougiraient et seraient honteux jusqu'au plus profond de leur être s'ils entendaient proférer un pareil blasphème'. » Schoppius fait précéder son livre (de 121 pages) d'une longue dédicace adressée à trois nobles dames, et conseille à son adversaire d'avoir soin de se mettre à l'abri de la vengeance des femmes. « Prends garde, » dit-il, « à leurs ciseaux tranchants, à leurs aiguilles piquantes! Elles pourraient te faire perdre toute envie de rire, songe à te mettre à couvert-! »

Balthasar Wendel crut aussi « nécessaire et opportun « de prouver sans réplique, en un volumineux traité, que les femmes appartiennent vraiment au genre humain et que, tout aussi bien que les hommes, elles ont été créées à limage de Dieu " " .

• Feuille F. 4. G 2. J.

2 Feuille 11 3.

' Leipsick el l.'-JIo, 1507. Le médecin silésien Valens Acidalius se défendait d'avoir écrit la Dlsserlatio iinva, in qua mulieres non esse homines probalur, etc., qu'on lui attribuait, mais il avouait l'avoir fait imprimer à Zerbst en 1495. Elle fut réiuipiimée en un grand nombre de villes et traduite en plusieurs langues. Simon Gœdeke, surintendant du l^randebourg, composa pour la réfuter la Defensio sexus mulleribris contra anonijmi dispitlalionem, etc. (Lipsiu?, lo95). Voy. Dahl- MANN, Scliaiiplitlz, p. 5*3-535; Jocher, Alhjeni. Gelelirlun-Lexicon, t. II, p. 900; Théodore Odebrecht, Markische Forscluuujcn. t. VII, p. 213-214. Cornélius Agrippa de Xettesheim dit, après avoir réfuté plusieurs calomnies répandues par les ennemis des femmes (dans son discours sur l'excellence du se.xe féminin) : « La femme est le chef-d'œuvre et le couronnement de la création. Elle est ausfi élevée au-dessus de l'homme, que l'homme est élevé au-dessus des animaux, car le don de la parole qui sépare l'homme de la bête, a été donné dans une bien plus large mesure à la femme. Dans toutes les branches de connaissances humaines, les femmes se sont montrées supérieures aux hommes. C'est par la faute de l'homme, c'est à cause de son injuste tyrannie que les femmes n'ont d'autre emploi que de coudre et de filer . et qu'on leur dénie tous les droits civils, et l'entrée à toutes les carrières. » Voy. Sigwart, Kleine Schriften, p. 7-8.

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