‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 489 sur 573 · ÉCRITS SUR « L'ART DE BOIRE · texte numérisé non relu

ÉCRITS SUR « L'ART DE BOIRE

Les contemporains signalent comme tout aussi goûtés du public que les farces, récits burlesques, fables et passe-temps servant de délassement aux jeunes gens comme aux vieillards, les nombreux livres qui, pour ainsi dire, submergent TAllemagne, sur « Tivrognerie et la débauche ». Ces petits traités, comme s'en plaint Beinhaus, étaient extrêmement appréciés, soit qu'ils fissent la guerre aux ivrognes, soit qu'ils célébrassent le vice à la mode. Ce dont on ne pouvait se lasser, c'était dentendre parler du plaisir de boire, plaisir dans lequel on passait les jours et les nuits. « Dès qu'on imprime quelque livre nouveau sur les compères ivrognes ou sur l'art déboire, «écrit Beinhaus, «le public s'en montre friand, tandis qu'on ne fait que rire de ceux qui prêchent la sobriété ' . »

Grégoire Wickgram, juriste de Colmar, traduisit en allemand rArt de boire du philologue Vincent Obsopeus-. Ce livre débutait ainsi :

Que celui qui est novice en l'art de boire

Vienne s'en instruire en mes vers !

Grâce à la science, on élève de beaux édifices,

Grâce à la science, l'homme traverse les océans sans péril.

Grâce à la science, Dédale a trouvé des ailes,

La science triomphe de tous les obstacles!

Et toi, si tu veux éviter les pièges de Bacchus,

Viens à mon école, t'instruire de l'art de bien boire.

Qu'un honnête homme boive un bon coup dans sa maison, l'auteur n'y trouve rien à reprendre :

Quand on est chez soi, s'enivrer n'est pas vice!

Mais l'ivresse au dehors produit souvent de grands maux.

Au dehors il ne faut boire qu'avec d'honnêtes gens, remplis de la crainte de Dieu, quand bien même ils seraient papistes :

« Quand tu as bu avec un pa'ien, ne te sépare pas de lui. J'ai connu beaucoup de papistes qui m'ont souvent fait du bien, et jamais de vilenie : je les ai quelquefois trouvés meilleurs que ceux qui ne sont édifiants qu'en paroles, et dont le cœur est faux. »

' Beinhaus, p. S''.

* Voy. Gqedeke, Grundriss, t. II, p. 460. Sur la littérature bachique en Allemagne au seizième siècle, voy. aussi l'article de Hauffen dans le Vierteljahr schrift für Littcralur geschickte, 1889, t. II, p. 489 et suiv.

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Au contraire, l'auteur conseille d'éviter la rencontre des moines défroqués :

« Ceux-là, crois-moi, c'est un mauvais peuple! Fuis-les comme l'enfer! Crains-les comme les noirs démons! Ils collent comme la glu et la poix... Leur cœur est plus noir que les corbeaux des bois, plus noir que les blattes sur la poutre! »

Le poète décrit d'une manière très réaliste;, mais malheureusement exacte, l'orgie devenue si commune en Allemagne :

« La table et les bancs sont inondés de vin, le plancher en est couvert. Les convives, assis à table, ont un rire si bruyant que leurs verres s'entre-choquent et se brisent... Quelques-uns mangent grossièrement des choses sales, ce qui inspire du dégoût aux autres. On dévore, par un caprice extravagant, les petits oiseaux d'une volière. Un convive entièrement nu se met à danser, etc.. ' »

« Conviens avec moi, » dit AVickgram dans son avertissement au lecteur, « que ce que je dis ici et que j'ai vu de mes propres yeux est véridique, et qu'en notre triste temps jeunes et vieux se laissent aller à ces excès. Aussi est-il à craindre que les jeunes n'arrivent point à un âge avancé avec toute leur raison . Mais les vieillards aussi, à quelque condition qu'ils apiDartiennent, eux qui devraient marcher devant et donner l'exemple, se laissent tellement envahir par l'ivrognerie qu'ils n'ont plus souvenir ni de la décence, ni de leur dignité, ni de la vertu. C'est leur faute si la jeunesse est entraînée dans le vice. »

Des écrivains bien intentionnés s'attachent cependant à combattre le mal; mais les détails où ils entrent servent plutôt à amuser nos Allemands qu'à les corriger du vice qui, avec la luxure, leur est si particulièrement cher : « Quand les confrères buveurs, jeunes et vieux, hommes et femmes, se rassemblent pour se divertir, aussitôt l'un d'eux commence à dire : Frère n'as-tu pas quelque nouveau petit livre amusant à nous montrer? Ceux qui nous reprennent et se plaignent de nous font souvent pire que nous ! Voyons un peu ce qu'ils prêchent, et nous réfléchirons ensuite au sermon : Dis-moi, comment faire pour se procurer /(' Malotru ? Chez quel libraire vend-on le Code des ivrognes ? Nous apprendrons dans ces petits livrets comment il faut nous comporter - ! »

Le Malotru, petit livre imprimé en 1351 ou 1552 et fréquemment réédité depuis, avait été composé en latin par « le très savant » Frédéric Dedekind, et Gaspard Scheidt, de AVorms, le maître de Fischart, l'avait traduit en allemand. Auteur et traducteur s'étaient proposé « de tracer le tableau fidèle, et bien capable d'épouvanter, des mœurs

1 Feuille A 2". B 2. C-F.

^ Beixhaus, p. S''.

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