‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 490 sur 573 · ÉCRITS SUR « L'ART DE BOIRE · texte numérisé non relu

ÉCRITS SUR « L'ART DE BOIRE

de leur époque, dans l'espoir d"exereer une salutaire influence sur les trop nombreux pourceaux qui se vautrent tons les jours dans la fange de tous les vices ' ». « A l'étranger, » dit Scheidt dans la préface de son livre, « nous avons conquis, grâce à notre ivrognerie bestiale, les surnoms très nobles, élégants et agréables de pourceaux tudcsques, et cent autres titres également flatteurs, comme : truies d'Allemagne, sacs à vin allemands, comedones et bibones -. » « Notre abominable vice est devenu tellement ordinaire et si général (|ue notre vie n'est plus qu'une orgie; à tel point que celui qui refuse de se changer en outre de vin n'ose plus se montrer dans aucune société, ou alors il faut qu'il boive avec excès, plus rpie ne le demande la nature. S'il refuse d'imiter ceux qui l'entourent, il est raillé, querellé, et doit s'estimer heureux s'il sort de l'assemblée sans avoir été roué de coups. » Comme son petit livre « représentait au naturel les mœurs grossières, les excès de tout genre, les vices et les dérèglements à la mode«, Scheidt espérait que le monde en serait amélioré. Il s'adresse ainsi au lecteur :

« Lis très attentivement ces pages, lis-les souvent, médite-les, et fais toujours le contraire de ce que tu y vois rapporté =>. »

Scheidt dépasse de beaucoup l'original latin dans le réalisme de ses tableaux, et pourtant il affirme « n'avoir dévoilé que la centième partie à peine des scandales du jour, et s'être contenté d'en présenter un abrégé, décrivant seulement les premiers effets de l'ivrognerie * « .

Dans le Code du buveur, livre « extrêmement goûté des bons confrères ivrognes », les solennités et les rites en usage dans la confrérie sont décrits avec détail :

« Notre mission, à nous autres Allemands, c'e.^t de surpasser les ivrognes du monde entier; notre grand souci, ce qui nous préoccupe jour et nuit, c'est de trouver le secret de vider le plus de bouteilles possible. »

' Voy. A. IIauffen, Gasprt?' Scheid, Studien zur Gescliichte der grobianischen Litieralnr in Deutschland (Strasbourg, 1889).

- Dans la Corporation des vauriens, de Murner, on lit (n" 48) : <i Ce que les .Allemands ont le plus à cœur, C'est la bouteille.

AuKsi nous appellc-t-on. dans les pays welches, les soi'ilards allemands. Nous sommes la risée des nations, et Dieu nous a en mépris. Le monde entier dit que l'Allemand ne songe qu'à forcer son voisin à se soûler comme lui, et que l'ivrognerie abrutit. »

•' « On reconnaît là, « dit Gustave Milchsack dans la nouvelle édition qu'il a donnée du Malotru (Halle-s/S, d881, p. 8), « l'iiumour du désespoir, qui semble être pour le poète et ceux qui, de son temps, partageaient sa tristesse, le moyen suprême de se soutenir au-dessus du bourbier moral où tant d'autres restaient enfoncés ; c'est un dernier effort tenté pour produire une impression salutaire sur taut de grossiers personnages, succombant sous le poids du mépris universel. » Yoy. aussi Scheuer, Gesch. de deutsch. Litteratur, p. 291.

* Grobianus (1882), p. 6.

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