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ROMANS ET NOUVELLES

Dans les classes cultivées^ les romans étrangers,, particulièrement ceux de France^, formaient le principal élément de la lecture récréative. Vers la fin du quinzième siècle, la noblesse, surtout celle du sud, contribua beaucoup à nationaliser chez nous ce genre de littérature par de nombreuses traductions. Le margra\e Rodolphe de Hochberg fit traduire les Merveilleuses Aventicres de la fée Melusine; Marquard de Stein traduisit le Chevalier de Thiirm. Des femmes de la plus haute société s'adonnaient « au doux labeur de traduire ». La comtesse Elisabeth de Nassau-Sarbriicken mit en allemand le roman de Loher et Maller et celui de Hugues Schapler. Eleonore d'Ecosse, femme du duc Sigismond dAutriche, traduisit Pontus et Sidonia. Ces romans, aussi bien que les Aventures de Griselidis et de sa chère Blancheflor, de Tristan et de la belle Yseult, et beaucoup d'autres du même genrC; étaient extraordinairement goûtés au seizième siècle. En 1559, à Francfort, pendant la foire du carnaval, l'imprimeur Michel Härder vendit 158 exemplaires de Melusine, 147 de Pontus et Sidonia, 97 de Hugues Schapler, 67 de Loher et Maller, 56 de Tristan et Yseult, 52 de Flaire et Blanche florK Tous ces romans eurent de nombreuses éditions. On en compte seize de Melusine jusqu en 1681 -. Les Aventures de l'empereur Octavien et de la belle Maguelone, traduites du français (1535-1536), obtinrent aussi un très grand succès '\

Le roman allemand des Quatre fils Aijmon ne se répandit guère qu'au commencement du dix-septième siècle *.

Georges Wickram, de Colmar, fut, en Allemagne, le véritable créateur du roman mondain. Les belles et lamentables Aventures de Gabriotlo et de Reinhard, le Miroir du jeune homme, le Bon et le mauvais Voisin, et surtout le Fil d'or, plaisante et délectable histoire d'un humble fils de berger qui, par ses efforts, son dévouement et ses actions cheva-

' Messmemorial. Ce registre n'est pas complet, ce n'est qu'un fragment. La liste des livres vendus comptant manque. « Cette vente avait été faite par Härder après la mort de Marguerite Gulffericli, conformément au testament de la défunte, et au profit de ses héritiers » (II. Pallmanx, Archiv für Gesch. des Buchhandels, t. IX, p. 5). Voy. Pallmanx, Feyerabend, p. 28.

- Gœdeke, Grundriss, t. I, p. 354-355, n" 16.

•' Voy. la liste des diverses éditions de cet ouvrage dans Gœdeke, Grundriss, t. II, p. 20-22.

^ Voy. F. Pfaff, dans Texcellente introduction placée en tête de son édition des Quatre fils Aymon, Fribourg-en-ßrisgau, 1897.

leresqueSj obtient la main de la fille d'un comte '^ valurent à leur auteur une grande célébrité.

Mais l'influence salutaire du roman allemand honnôte et bourgeois fut entièrement efl"acée par l'apparition des romans français (ïAmadis, dont la traduction est due, en partie, au duc Cbristophe de Wurtemberg. Pendant un séjour à Paris, le duc s'était engoué du roman CiAmadis. Revenu chez lui, il avait envoyé un de ses secrétaires en France, lui enjoignant d'apprendre à fond la langue française, afin d'être en état de traduire fidèlement le livre qui l'avait charmé -. Mais la mort le surprit avant qu'il eût pu voir son désir accompli. Le libraire de Francfort Sigismond Feyerabend, prit à sa charge l'entreprise commencée.

Entre 1569 et 1595, les vingt-quatre volumes den Aventures d' Amadis de Gaule parurent successivement; œuvre vraiment gigantesque, qui n'a pas moins de 25,000 pages ^ Feyerabend en donna les treize premiers volumes (1,176 feuilles in-folio de quatre pages) en 1583. « Les volumes parus jusqu'à présent séparément, » dit-il dans la préface, « ont été si ])ien accueillis du public et tellement goûtés, que tous les exemplaires se sont vendus en peu de temps et sont maintenant extrêmement rares et recherchés. » Sur le conseil de « gens avisés », le libraire avait cru bien faire en les réunissant, en les fondant en un seul et même ouvrage, en vua . de la grande utilité du roman et de tout le bien qu'il était appelé à faire \ 11 affirmait que « tous les seigneurs épris de gloire et d'honneur, toutes les dames et demoiselles chastes et pudiques, les enfants eux-mêmes », trouveraient grande utilité et profit à cette lecture qui pouvait servir aussi d'honnête divertissements Presque chaque volume est dédié à quelque personnage de haut rang.

' Pour plus de détails sur ces romans, voy. Bouertag, t. I, p. 23G et suiv. Sur le jugement porté par Bobertag à ce sujet, voy. E. Schmidt, Zu Jörg Wickrani, Archivio für LiHeralurjcsch.. t. VIII, p. 317-357, Sur le roman des Bons el des mauvais Voisins, que Bobertag (t. I,p. 2()4) regarde comme le meilleur ouvrage de Wickram parce qu'il peint les mieurs familiales de l'Allemagne, Scherer dit dans son ouvrage sur les Origines du roman en prose (p. 43) : " Ce livre m'a vraiment amusé. On y peut suivre l'existence des philistins du seizième siècle à travers trois générations successives et l'auteur, dans les tableaux qu'il trace, parait remjjli d'un complaisant orgueil. Les passages les plus intéressants sont ceu,\; où il est question de vols découverts, d'atlaques heureusement évitées, de calomnies démasquées : toutes ces choses arrivent principalement en voyage, et quand nos gens voyagent, l'essentiel, pour eux, paraît être de revenir à la maison avec tous leurs membres. Le livre ne fut pas extrêmement goûté des contemporains. Il n'eut que deux éditions, et c'est à tort, par conséquent, que Bobertag l'appelle « le roman le plus populaire de l'époque ».

^ Vo>f Kelleii, p. 4(il : Schereiî, Anfange, p. Hl-li.

^ GuEDEKE, Grundriss, t. II, p. 474-476. Gœdeke indique le nombre de pages de chaque volume.

Bobertag, t. I, p. 349, note 1.

^ünlit dans la préface du sixième volume : « La publication de ces histoires très

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Le douzième même (1,428 pages), qui ne contient guère que des obscénités ', est dédié à la très noble dame Sybille de Fleckenstein, née comtesse de Hainaut-.

Mais en réalité le roman d'Amadis, « attrayant et vrai tout ensemble, » était surtout fait pour éveiller dans tous les cœurs le désir du « doux plaisir d'amour » . La galanterie y est présentée comme une véritable chevalerie % et s'y déploie en toutes sortes d'aventures. On la voit s'épanouir en lettres sentimentales, en conversations courtoises, « dont la douceur s'insinue délicieusement dans l'âme. » Lazare Zetzner, libraire de Strasbourg, eut « l'heureuse inspiration » d'extraire du roman si goûté un recueil intitulé .• Trésor éjnstolaire, propos d'amour, messages, entretiens et conseils courtois; ce livre eut de nombreuses éditions *. Zetzner assure que le traducteur du célèbre roman d'Amadis de Gaule a tout autant mérité de la patrie allemande, sinon davantage que l'auteur de l'original : selon lui, il a tellement orné et embelli notre langue qu'il ne paraît guère possible de la perfectionner davantage; il est écrit d'un style si élégant, si agréable et

véridiques et plaisantes à lire a été entreprise afin que la jeunesse qui, de plus en plus, est entraînée vers le mal et devieat de plus en plus esclave de ses penchants charnels, au milieu de tout ce qui la flatte et la pousse au plaisir, apprenne aussi par ce petit ouvrage (qui n'avait pas moins de 895 pages) à résister à ses inclinations vicieuses. Les vieillards s'en serviront aussi avec avantage » (Wendeler, p. 3H-312;.

'Dit BoiiERTAG, t. I, p. 363.

- GoEDEKE. t. II, p. 476, note 12.

^ BoBERTAG (t. I, p. 366 et suiv.) en cite plusieurs e.xemples. On trouve en tète du second livre une pièce de vers qui commence ainsi :

" Quand je songe à la galanterie, quand je la compare à la clievalerie. je trouve que toutes deux s'harnioniscnt à merveille ! N'est-ce pas un fait bien connu qu'un amoureu.x est en géniTal brave et vaillant? »

Le poète établit ensuite un parallèle entre le chevalier et l'amoureux. « Il semble que, parmi toutes les préfaces de romans, celle-ci ait mieux saisi qu'aucune autre les besoins de la généralité des lecteurs cultivés de son temps. Elle leur indique, avec plus de franchise que les autres, ce que le livre aura pour eux de séduisant. En réalité, la chevalerie telle qu'elle est représentée dans VAmadis n'est qu'une formule creuse, une fiction sans vie, sans principe fortifiant ; elle n'apporte aucune vigueur à l'ùme, elle n'a aucune portée morale. 11 en est tout autrement des poèmes et des romans tirés des légendes franqiies ou bretonnes. Là, l'esprit chevaleresque nous apparaît dans sa rudesse primitive, mais aussi dans toute sa grandeur ; les fictions s'élèvent à la hauteur d'un monument historique, elles intéressent toutes les nations, car elles ont un caractère à la fois religieux et politique » (p. 372-373). « Plusieurs livres de VAviadis, en particulier le premier et le quatrième, ont été protestantisés. mais d'une manière maladroite et tout extérieure, de sorte qu'on ne peut s'empêcher de sourire lorsqu'on voit les héros, avant de combattre, assister au prêche, au lieu d'aller entendre la messe » (p. 338). Voy. v. Keller, p. 453 et suiv., p. 464; F. Wolf, dans ses Wiener Jahrbücher der Litteraiur, p. 39, 44 et suiv. Simon Schüfer a démontré, dans l'édition qu'il a donnée d'Hugo de Trimbery, roman imprimé en 1549 à Francfort-sur-le- Mein, que les œuvres littéraires du moyen âge ont été remaniées et tronquées intentionnellement en un sens protestant dans les éditions du seizième siècle.

*Voy. GoEDEKE, Grundriss, t. II, p. 479, n" 26.

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