PRODIGES OPÉRÉS DANS LE ROYAUME DES MORTS ET DES ESPRITS
produisent? A Breslau, une tour s'est écroulée; voyez quel prodige ! En Silésie^ une femme n'est pas accouchée dans des conditions normales; cela semble surprenant, mais comment voir dans un tel fait le signe de Tavènement du Seigneur? Oh! les admirables prophètes I Nos nouveaux évangélistes voudraient avoir des miracles à nous montrer, mais comme la chose leur est impossible, ils nous offrent des coups de tonnerre, le vent, des météores, des bâtiments écroulés, une accouchée, et dans tous ces faits ils prétendent nous faire révérer des signes divins et des miracles ! Ils les célèbrent avec un luxe extraordinaire de rhétorique, ils accumulent les prodiges. afin que le peuple abusé se félicite de vivre en un temps où le Seigneur se manifeste par de si grandes merveilles, et qu'il ait de quoi fermer la bouche aux papistes qui demandent sans cesse : Où donc ^ sont les miracles du nouvel Évangile ' ? » ?
En dépit de tant d'efforts, les prophéties sur le jugement dernier | n'obtenaient que peu de créance, et beaucoup de prédicants étaient | contraints d'avouer que la plupart des Evangéliques se refusaient à y croire. « Lorsqu'on parle à nos épicuriens du jugement dernier, » ^ disait avec amertume Jean-Georges Sigwart. professeur de Tubingue, m « ils commencent à murmurer, et disent : Voilà bien longtemps ' qu'on nous l'annonce, quand viendra- t-il enfin? A notre avis, nous n'en serons jamais témoins ! En attendant, si nous avions de quoi manger, de quoi boire et de quoi payer nos dettes, nous nous en trouverions bien-! » On lit dans une feuille volante de 1581 : « On ne fait plus que rire du jugement dernier et de ceux qui le prédisent. On en a tant et si souvent parlé, dit-on, et rien n'est arrivé! Qu'est devenu le jour du Seigneur? S'est-il perdu en route ^? » On lit dans une autre feuille (1594) : « Les gens qui veulent passer pour plus sages et plus éclairés que les autres traitent le jugement dernier de fable et de conte de vieille femme*. »
« Pour préserver du moins les simples, autant que faire se pouvait, de l'incrédulité épicurienne et impie, pour les remplir dune crainte salutaire, » on ne cessait de signaler de nouveaux prodiges, ou signes avant-coureurs de l'avènement du Seigneur. Le récit des miracles opérés « dans le royaume des morts et des esprits » réussissait surtout à frapper les imaginations. « En effet, ne devons-nous pas trembler, » disait en chaire un prédicant, « en lisant la relation de ce qui vient de se passer près de Berlin ? Plus de vingt personnes attestent le fait! Deux morts, enterrés depuis longtemps, ont été
' Cité par Dullixger, Reformation, t. I, p. 118-119.
- Sigwart. p. 123' et 123^.
^ ScHEiBLE, Scltaltjahr, t. IV, p. 646.
* Id., ibid., t. IV, p. 133.