‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 505 sur 573 · PRÉTENDUS PROPHETES · texte numérisé non relu

PRÉTENDUS PROPHETES

chef de la Rose-Croix, le sceptre invincible du roi de Sion ' » . Les prophètes Isaïe Stifel, marchand de Langenzalsa, et le chimiste Ezéchiel Meth, originaire de la même ville, eurent^, comme le prophète Kalb, une lamentable fin. Sinspirant des livres de Paracelse, ils avaient inventé une nouvelle religion qu'ils s'efforçaient de répandre en Thuringe, secondés par leurs partisans. Ils rejetaient le baptême, rEucharistie et la résurrection des morts ; dès cette vie, ils se disaient en pleine possession des joies éternelles promises aux élus par l'Évangile. Stifel déclarait être le Christ, en avoir la toutepuissance aussi bien que l'essence divine. Meth se donnait pour l'archange Michel, « prince de Dieu, parole vivante du Seigneur, et fils premier-né de la Sainteté infinie. » La doctrine de ces deux illuminés trouvait parmi le peuple de nombreux adhérents. L'Electeur Jean-Georges de Saxe finit par édicter contre eux une sentence rigoureuse qu'il fit imprimer et répandre dans tous ses Etats, « pour servir d'avertissements à tous les chrétiens, en ces temps malheureux où s'élevaient tous les jours de nouvelles hérésies et de nouveaux prophètes de mensonge ^ » Èf

Outre toutes ces fables sur les prétendus prophètes, d'autres « gazettes » renseignaient continuellement le peuple sur l'avènement de l'Antéchrist, et jetaient le trouble dans les âmes. Tandis qu'au dire de beaucoup de prédicants, TAntéchrist siégeait à Rome depuis des siècles, d'autres affirmaient, en 4574, qu'il venait de naître à Babylone, « sur la frontière du Liban »; puis on nia le fait, prétendant qu'il n'était au monde que depuis 4578; enfin on annonça comme vérité indubitable que l'Antéchrist existait, et qu'il habitait une ville nommée Consa ^

Le Livi-e de raison que Joachim de Wedel écrivit pour ses enfants en 4560, livre qui est une des principales et des plus intéressantes sources d'information pour l'histoire de la Poméranie, prouve à quel point la croyance à toute sorte de prodiges était ancrée dans les esprits. Wedel était alors magistrat ; c'était un homme cultivé, sage, attaché à tous ses devoirs et rempli d'expérience. Dans la préface de son livre, il dit, s'adressant à ses descendants : « Je puis vous affirmer, en toute sincérité, que de propos délibéré, par sympathie ou par aversion pour les personnes, soit pour faire au prochain quelque plaisir, soit pour lui causer quelque peine, je n'ai rien inventé de tout ce que je vais rapporter ici, mais qu'autant que cela m'a été possible j'ai respecté la pure et entière vérité. »

• SoDEN, Kriegsund Sittengeschichte, t. I, p. 561.

- Pour plus de détails sur ces illuminés, voy. KuHLEEi, Lebensbeschreibungen, t. II, p. 144-173.

" Weller, Zeitungen, n<" 498, 747.

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