COMPLAINTES SUR LES ASSASSINS ET LES SORCIERS
Une complainte sur les crimes de 80 sorciers, crimes commis à Aschenbrugh, en Westphalie, et sur le supplice subi cette même année par les coupables parut à Wesel en 1563. Elle se chantait sur l'air du cantique : Venez tous à moi, dit le Fils de Dieu '. Cinq ans après, paraissait « une nouvelle gazette très véridique, racontant les supplices de 133 sorciers exécutés le même jour^«. Trois ans plus tard, on publiait à Erfurt, « en même temps qu'une chanson merveilleusement belle et divertissante, » une complainte, rapportant comment, à Osnabrück, le neuvième jour de février 1591, 133 sorciers avaient péri sur le bûcher-. On chantait aussi avec une joie féroce le supplice des sorciers loups. Dans une complainte racontant le supplice d'un paysan exécuté à Bedbourg, près de Cologne (1589), on lit :
Chose épouvantable !
Ce misérable avait une ceinture magique,
Aussitôt qu'il la mettait autour de ses reins,
Il devenait un loup féroce.
Il a dévoré treize petits enfants,
Il a égorgé son propre fils.
II lui a fendu le crâne et dévoré la cervelle.
Trois vieillards ont péri sous ses morsures!
Suit la description des tortures que le malheureux eut à subir*.
Pour « fournir à la curiosité malsaine des masses un aliment toujours nouveau », pour satisfaire les haines populaires, on allait jusqu'à imaiiiner de prétendus crimes. « On craignait si peu le contrôle, » qu'on imprima la relation circonstanciée d'un odieux forfait commis à Munich et dont on ne savait pas « le moindre petit mot » dans cette ville. En 1604, un prédicant d'Augsbourg, Barthélemi Rulich. fit paraître une « gazette » racontant comme un fait avéré que les jésuites de Munich avaient assassiné plusieurs jeunes filles dans
plaintes citées par Weller, Zeitungen, n"' 270, 361, 416, 442, 481, 482, 513, 517, 524, Ö43 (Voy. aussi Scheible, Schalljahr. t. V, p. 12-16), 546, 548, 570, 587, 590, 592, .;93, 621, 705. 707. 815, 844, 845, 853, 870. Voy. encore ^\ELLEJ^, A nnalen, t. I, p. 203 et suiv., n°» 18, 37, 42, 50, 130, 141, 184, 198. 207, 208, 212, 213. 214,215, 222. 237, 242. 271. 288, 289, 292, 299,302, 315, 317, 388, 415, 422, et t. II, p. 434 et suiv.. n"' 582, 583,590, 595, 600, 606, 610, 615. 616, 619, 626, 630, 634, 636, 644, 657. GGl, 072. Puutz, Journalismus, p. 167.
' Weller, .4 HHfl?en, t. II, p. 438, n° 607. Voy. la gazette de Strasbourg de 1583, d'après laquelle les 15, 19, 24 et 28 octobre 1582, « cent trente-quatre sorciers, en punition de leurs forfaits et après de complets aveux, ont été justement condamnés au supplice du feu » (Weller, Zeitungen, n° 572). Voy. plus haut, p. £23.
^ Weller, Zeitungen, n» 633, ei Annalen, t. I, p. 256, n° 308.
=> Id., Annalen. t. II, p. 439, n° 618.
* Gazette intitulée: Der Post Bot bin ich genannt (1590), fouille B 3. Voy. plus haut, p. 124-125.