‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 510 sur 573 · AUTRES GAZETTES SUR DE PRÉTENDUS CRIMES · texte numérisé non relu

AUTRES GAZETTES SUR DE PRÉTENDUS CRIMES

leur église, racontant en outre les atroces tortui'es auxquelles^ en punition de leur crime, cinq d'entre eux avaient été soumis. Le Conseil protesta contre cet audacieux mensonge par une lettre circulaire revêtue du sceau de la ville'. Un autre folliculaire « pour lequel, comme pour tant dautres, écrire et mentir est même chose », ne rougit pas d'accuser le jésuite Bellarmin des plus odieux forfaits; il affirmait (son libelle est daté dé 1614) que Bellarmin était mort en désespéré. Or, Bellarmin ne mourut quen 1621. « Souvent, » lit-on dans ce récit, « le soir, quand on contemple le ciel, on voit très distinctement dans les airs le jésuite Bellarmin traversant l'espace monté sur un cheval aux ailes de feu. En plein jour, dans le palais qui fut jadis sa demeure, on l'entend pousser des cris et des rugissements horribles; plusieurs personnes ont été tellement impressionnées par ces sinistres clameurs qu'elles en sont mortes d'épouvante. » En vain le libraire de Bàle Louis König, accusé d'avoir imprimé le libelle, protesta de son innocence, déclarant qu'il n'avait pas même de presse dans sa maison, une nouvelle édition du libelle parut peu de temps après portant ces mots à la première page : « Edité pour la première fois à Bàle, chez Louis König -. » L'historien Sébastien Franck s'était plaint, longtemps auparavant, du facile débit que trouvaient en Allemagne les mensonges les plus absurdes. « Il n'est que trop vrai, " écrivait-il, « la calomnie est maintenant permise à tout le monde, on ne s'en fait plus aucun scrupule, on se préoccupe peu de la façon dont on attire l'argent du prochain, pourvu qu'on le mette dans sa bourse; on dit, on écrit on imprime tout ce qu'on veut; les choses en sont venues à ce point que, lorsque le coffre de nos rimailleurs est vide, ils trouvent un prompt remède à leur embarras, ils inventent ((uelquc histoire saugrenue, et la vendent comme vérité pure et histoire très authentique. Grâce à ce procédé facile, l'homme du peuple ouvre une bouche démesurée, le prochain est trompé, on lui prend son argent pour lui vendre la calomnie, et cette calomnie se propage rapidement. Aussi l'historien ne sait-il plus ce qu'il doit écrire, car dans les petits livres qui circulent par tout pays, tout lui est à bon droit suspect ^.» Dans les gazettes, chansons et complaintes du temps, il n'était question que de parricides, de fratricides, d'infanticides •', et leurs auteurs prétendaient avoir obéi à leur conscience en les pubhant, parce qu'il était indispensable, à leur avis, d'inspirer à tous l'horreur de si abo-

' Sur ces crimes et d'autres du même genre imputés au.\ jésuites, voy. notre 5' vokuue, p. 5o8-b72.

- Voy. notre 5« volume, p. 570 et suiv.

' Franck, Chronica, 2' partie, p. 2T0''-271^

* Dans les gazettes et chansons citées plus haut (p. 403, note 1), il est fait mention d'une foule de crimes du mém ° genre.

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