EXECUTIONS PUBLIQUES
minables forfaits. Le prédicant Léonard Breitlcopf disait en chaire. Je vendredi saint 1.j91 : « Qu'éprouvez-vous, chrétiens,, lorsque vous lisez le récit de tant d'actes barbares, par exemple quand on vous dit qu'une femme de Brettebourg, il y a de cela quelques années, a assassiné son mari la nuit, qu'elle a mangé le bras gauche et le côté gauche du cadavre jusqu'à la cuisse, et qu'elle a salé le reste pour le dévorer plus tard ? Que dites-vous du crime effroyable de cet hôtelier autrichien qui avoue lui-même avoir mis à mort 185 personnes? Et quand il les eut tuées, il les hacha en menus morceaux et les fit cuire pour les servir ensuite à ses hôtes. Ce monstre a bien mérité le supplice qu'on lui a fait subir^ car tous les jours, pendant sept jours^ on lui a retranché un membre; le huitième jour on l'a torturé avec des pinces brûlantes^ on l'a empalé tout vif, et enfin le diable est venu enlever son cadavre, ce dont tout le monde a été témoin. En vérité, justice a été faite et chacun entendra ou lira volontiers le récit de ses derniers tourments. Cette lecture sera très utile aussi à la jeunesse, et lui inspirera l'horreur de forfaits si exécrables, de sorte qu'elle se laissera reprendre et corriger'. » A Fran-
' Voy. plus haut, p. 402, note 2. Afin que la jeunesse conçût une juslc horreur pour le crime, les parents étaient invités à conduire leurs enfants aux lieux des exécutions, pour qu'ils en conservassent toujours la mémoire. Que devaient éprouver ces pauvres enfants, lorsqu'ils assistaient à des exécutions comme celle dont Félix Platter fut le témoin oculaire dans sa jeunesse, et qu'il rapporte ainsi dans ses souvenirs : « Un assassin fut traîné au supplice, suivi d'une si grande foule de peuple que j'étais tout surpris d'une telle aftluence. Le condamné fut d'abord attaché sur le chevalet et subit la torture. Ensuite sa sentence fut prononcée ; alors on lui brisa les membres, enfin on lui asséna un grand coup sur la poitrine ; ce coup lui fit sortir la langue de la bouche ; après quoi, on l'introduisit entre les barreaux de la roue et on l'exécuta. » « Peu de temps auparavant, un criminel, pour avoir violé une femme de soixantedix ans, fut écorché vif avec des pinces brûlantes. J'ai vu de mes yeux l'épaisse fumée produite par la chair vive soumise à ces pinces brûlantes ; il fut exécuté par maître Nicolas, bourreau de Berne, venu tout exprès pour la circonstance. C'était un iiomme fort et vigoureux : sur le pont du Rhin, tout proche de là, on lui arracha un sein; ensuite il fut conduit à l'échafaud. 11 était extrêmement faible et le sang coulait abondamment de ses mains : il ne pouvait se tenir debout, il tombait continuellement. Il fut enfin décapité; on lui enfonça un pieu au travers du corps, puis le cadavre fut jeté dans une fosse. J'ai été moi-même témoin de son supplice, mon père me tenant par la main » (Boos, p. 152-133). La jeunesse des écoles était invitée par les autorités à assister à ces barbares spectacles. Une gazette du temps raconte le supplice « de deux diaboliques vauriens »,à peine ùgés de quatorze à quinze ans, déjà coupables de plusieurs vols et assassinats. Entre autres forfaits, ils avaient empoisonné leur père et leur oncle tandis que ceux-ci étaient en état d'ivresse. La gazette débute par ces mots : « Ecoutez, chrétiens, le récit de la terrible exécution qui vient d'avoir lieu à Alberbogen-sur-le-Mein. Pour y assister, toute la jeunesse s'était rassemblée, convoquée par l'autorité, car il est bon pour lajeunesse de s'instruire par de tels exemples. On commença par déshabiller les deux jeunes garçons, puis on les flagella de telle sorte que leur sang se répandit à terre en abondance. Le bourreau introduisit ensuite des fers rouges dans leurs plaies, sur quoi ils poussèrent de tôls hurlements qu'il est impossible d'en donner une idée. Ensuite on leur coupa