PARACELSE ET SON ENSEIGNEMENT
rhomme. » « Voulez-vous apprendre le secret de la magie, » disaitil aux professeurs de l'Université réunis autour de sa chaire, « cherchez-le dans la révélation. Mais comme vous ne pouvez appuyer ni prouver votre philosophie par la Bible et par la révélation, il est temps d"en finir avec toutes vos plaisanteries. La Bible est l'explication unique, la clef de tout. Jean, Moïse, Élie, Enoch. David, Salomon, Daniel, Jérémie et les autres prophètes sont tous magiciens, cabalistes et devins. — Au moyen d'onguents sympathiques et de talismans, on peut guérir des blessures, réputées incurables, sans les toucher. Les talismans sont les écrins où sont renfermées les célestes influences. » " L'aimant guérit toutes les maladies du corps humain. » « Le corps vient des éléments. Tesprit vient des astres. Tout ce que le cerveau conçoit et accomplit procède des astres. Pendant le sommeil, le corps sidéral de l'homme s'envole vers ses ancêtres et s'entretient avec les astres. Après la mort, le corps sidéral retourne dans les astres, et le corps terrestre dans le sein de la terre. » L'intelligence peut tout ce qu'elle veut : « Par la force de sa volonté et de son imagination, par son union avec les esprits de la nature, l'homme peut découvrir toutes les propriétés des corps, et lire dans la nature comme au travers d'un cristal. Mon esprit, sans le secours du corps, et rien que par l'effet d'une parole intérieure, peut tuer ou blesser qui bon lui semble. Je puis, par la seule force de ma volonté, faire venir à moi, sous une forme quelconque, l'esprit de mon adversaire, l'anéantir ou le paralyser. Sachez que l'art de diriger la volonté est un grand point en médecine. On peut, par l'effet dune malédiction, attirer des calamités, des maladies sur les hommes ou sur les bestiaux, et cela non par la vertu de certains caractères écrits, ou bien au moyen de la cire vierge, mais par l'imagination toute seule, car elle est en état de réaliser tout ce qu'elle veut. L'imagination de mon ennemi, fortement résolue à me nuire, peut m'ôter la vie sans aucun moyen extérieur '. »
'Sprengel, t. II, p. 430-493; Adelung, t. VII, p. 189-364; Enne.moser, p. 878, 888-902. Voy. Lessixg, Paracelsus; Sein Leben und sein Wirken, Berlin, 1839; Marx zur Wih'digung des Tlieophrastus von Hohenheim, Götlingen, 1S42; Lindner, Theophrastus als Bekämpfer des PapsUiums, Leipzig, 1845; F. Mook, TIteopliraslus Paracelsus, eine Critische Studie, Würzbourg, 1876; Sigwart, Kleine Schriften, t. I, p. 25 à 48. Cornélius Agrippa, de Nettesheim, dans son ouvrage intitulé : De occulta philosopliia, manuel complet des sciences occultes, enseigne, lui aussi, « que tous nos actes prennent leur force dans la pensée, que l'imagination, la volonté, la ferme foi sont toutes-puissantes en nous. Si quelqu'un pense à un combat de taureaux avec intensité, il est possible que des cornes poussent sur sa tête; parla seule force de sa volonté, on peut faire mourir un chameau; par le regard s'opèrent les choses les plus merveilleuses; en consultant le pouls de celui qui aime, on peut surprendre le nom de celle qui est aimée » (Sigwart, Kleine Schriften, p. 9 à 11). Voy. Sprengel, t. 111, p. 22 et suiv. ^Egidius Gutmann, d'Augsbourg, pensait que pour réussir dans toutes les sciences occultes il suffit d'une ferme foi, et
Georges Am und von Wald, originaire de Durnhof, près üünkelspiel, licencié en droits, philosophe et « docteur dans les deux médecines » , « savant élève de Paracelse qui lui avait enseigné toutes les sciences, » était^ comme son maître, en possession d'un remède universel. La « panacée am Waldina » fut longtemps l'objet, dans presque toute l'Allemagne^ dun enthousiasme général'. Wald écrivait : « Le remède qui supprime les obstacles et les pesanteurs de l'esprit guérit du même coup toutes les maladies du corps. La panacée am Waldina supprime tous les obstacles et toutes les pesanteurs de l'esprit^ voilà pourquoi elle guérit aussi toutes les maladies. » Invité par le célèbre André Libavius^ « docteur en thérapeutique, physicien, poète et gymnaste, » à révéler « en toute loyauté » le secret de ses savantes préparations, Wald s'y refusa absolument. « Il vaut mieux se taire que de découvrir les excellents dons de Dieu aux indignes et aux ingrats qui les doivent ignorer, » répondit-il. « Bien des raisons empêcheront toujours Libavius de préparer luimôme la panacée, car il méprise la parole de Dieu, en ce sens qu'il ne veut pas croire que la préparation tire toute son elTicacité de cette divine parole. Luther au contraire, dans ses Colloques ^ déclare que toutes les sciences prennent leur source et puisent leurs inspirations dans la Bible; Libavius doute de la puissance et de la miséricorde de Dieu; il nie que Dieu puisse être l'auteur de la panacée universelle, et c'est au démon qu'il attribue ce don divin. Enfin, comme il l'avoue lui-même, il ne comprend pas llermétis, llamuclis, Albumazaris, Théophraste Paracelse, ni la doctrine des vrais philosophes et médecins qui ont écrit sur la pierre philosophale ; il ne rougit pas de s'exprimer sur leur compte d'une manière insultante. » « Or le saint homme de Dieu, Luther, dit dans ses Colloques que la science de l'alchimie est la véritable philosophie des mages, et ([u'il l'a en très haute estime, non seulement à cause de sa grande utilité, puisqu'elle a le secret de transmuter les métaux, de les séparer, de les purifier, mais encore à cause de ses symboles, de ses interprétations mj'stiques, qui sont extrêmement belles, surtout celles qui se rapportent à la résurrection des morts et au
qu'on peut de cette uiaiiière voler à travers les airs. Voy. Gmelin, Gescliichte der Chemie, t. I, p. 286; Kopp, Alchetiiie. t. I, p. 212, note 3. Sur Paracelse et Cornélius Agrippa de Nettesheim, voy. aussi II.eser, Gesch. der Medicin, t. Il, 3*édit., p. 71 et suiv.
' Dans son Kurlzen und zum andermal (jemebrten Bericht (Ursel, 1394) (le titre de CO « court mémoire » a plus de trente lignes). Am Wald ne cite pas moins de cent cinquante pages d'attestations de tout genre, en latin et en allemand, en prose et en vers, fournies par des médecins, des cui-és, des surintendants, des avocats, des maîtres d'école, des comtes et des seigneurs sur les efl'ets merveilleux de la panacée.
jugement dernier. » Am Walde traitait si rudement ses adversaires et les accablait de tant dïnjures que Libavius évalue à cent quatrevingts « les grossiers mensonges et les calomnies qu'il a répandus sur son compte » . Aussi exhorte-t-il le lecteur « honnête et loyal » à cracher par terre toutes les fois quil entend prononcer le nom d'Am Walde, en disant : « Honte à toi, démon' ! »
« Il n'est que trop vrai, « écrivait en 1608 un auteur qui s'intitule « l'ami de l'humanité souffrante *>, « de nos jours, les docteurs en médecine imitent les théologiens et les prédicants ; ils ont sans cesse à la bouche la parole de Dieu, ils prétendent devoir toute leur science à la Bible^ et cela ne les empêche pas de s'injurier comme des gamins des rues. Leur prétendue science jette le monde entier dans l'insécurité, l'erreur, la prodigalité ou la misère -. »
Le Souabe Egidius Gutmann avait, lui aussi, découvert la panacée universelle. Plus puissante que celle d'Am Walde, elle avait la propriété de produire l'or. Quant au prédicant Jean Gramman, connu pour un paracelsiste exalté, il croyait avoir découvert un infaillible moyen de prolonger la vie.
Les deux médecins du prince d'Anhalt, Jules Sperber et Oswald Krolî, étaient encore plus célèbres par leurs écrits que les paracelsistes les plus vantés. Kroll était médecin de l'Empereur Rodolphe. « L'homme, ^ enseignait-il, « a été formé d'après les astres, et c'est au firmament qu'il doit puiser toute sa science. Les influences astrales peuvent faire de lui un véritable mage; son esprit émane des astres, mais son âme a été créée par le souffle même de Dieu. » « Toutes les parties de notre corps se combinent avec certains éléments, planètes, forces et nombres: le véritable yeriim de l'homme intérieur, l'homme astral, est le « gabalis » qui attire, comme l'aimant, tous les corps visibles; avec son secours, on peut faire apparaître tout ce que les yeux perçoivent. Ce qui agit avec le plus de puissance dans toutes les opérations magiques, c'est la parole. Par la parole, surtout au moyen de caractères et talismans spéciaux préparés à certaines époques de l'année, toutes les maladies peuvent être guéries. Les remèdes opèrent par la vertu du fluide magnétique qu'ils tiennent des astres. Or ce fluide réside principalement dans le baume qui se combine chez l'homme avec le baume vital. Le
' Vortrab Dr. Georgen am Waldr auf die im Truck auzgefertiyte Si)oU und Schmähkarten Andrée Libavi, etc. (Hanau, 1595), p. 11, 15, 29 et suiv., 5i et suiv., 69. ,4. Libavius Panacea Ambaldina victa et prostrata, das ist Wiederholter beständiger gegenbericht (Francfort, 1606), préface, « instruction, » p. 14 et suiv. Dans un de ses ouvrages, Libavius atlîrme que la célèbre panacée n'est autre chose que du cinabre vulgaire (Sprengel, t. III, p. 516).
- Von der natürlichen Kunst zur curirung von Krankheiten und vielen Gebrechen (1608), préface.
devoir du médecin est de chercher ce haume dans toute la nature en s'aidant de la magie. Quand il l'aura trouvé^ il découvrira en même temps le secret de prolonger l'existence humaine. » Henri Kunrath^ médecin de Hamhourg^ écrivit dans un style non moins extravagant l'ouvrage intitulé : Amphithéâtre de la sagesse éternelle. Il persuadait à ses disciples qu'il avait découvert, dans la pierre philosophale, le fameux élixir de vie '.
« Pour le soulagement des malades et dans l'intérêt de tous, « on s'enquérait avec soin des ouvrages composés à l'étranger par les docteurs de la « science merveilleuse » ; on recherchait avidement les écrits de tous les « marchands de secrets », entre autres ceux de Leonardo Fioravanti. de Bologne, aventurier dissolu, errant de pays en pays, qui vivait de la crédulité des simples. Persuadé que dans le traitement des maladies, « les plus célèbres médecins avaient grossièrement erré et n'avaient fait qu'obscurcir ce qui était déjà obscur, Jean Berner, libraire de Francfort, publia, en 1604. la traduction d'un livre de Fioravanti intitulé : Expcriowes et science naturelle. Ce livre, à en croire l'auteur, mettait en pleine lumière quantité d'admirables secrets, sur lesquels les savants avaient jugé à propos de se taire ou dont ils n'avaient pas eu connaissance. Fioravanti, selon lui, dépassait tous les médecins de son siècle, et l'ouvrage énumérait les grands résultats obtenus par des expériences jusque-là inconnues des chirurgiens et des plus fameux docteurs; il posait aussi des princi;io.i certains sur l'alchimie. Un second ouvrage du même trafiquant de secrets : la Couronne de la médecine, renfermait également une foule de secrets admirables et inédits sur la médecine et la chirurgie, sur l'alchimie de l'homme et des minéraux. Tout homme intelligent, prétendait l'auteur, ne pouvait manquer d'éprouver un vif attrait, une ardente curiosité, pour des révélations si merveilleuses -. Thomas Bovius, avec son or potable,
' SpnENGEi,, t. III, p. 528-530, 533 et 534. Au sujet d'un livre de médecine merveilleuse, piiblif' en 1592 à Leipzick parle paraeelsisle .Michel Bapst de Rociilitz. prédicant de Moliorn (cercle de Meissen), Sprengel dit (t. III, p. o14j : « Notre littérature médicinale n"a peut-être jamais produit d'ouvrage renfermant une pareille quantité de fables extravagantes. » Lemèmeprédicant médecin fit paraître plusieurs autres ouvrages du même genre et d'une égale folie. On ne manquait pas non plus de prophètes prétendant découvrir l'avenir par l'examen attentif des urines. Ils A-antaient au public, dans de nombreux petits traités, leur « science prodigieuse; » ils avaient de nombreux clients, même à la cour des princes allemands. Le premier médecin du prince avait ordre d'entrer chaque matin dans la cliamlire de son maître et seigneur pour examiner ses urines (Sprengel, t. III, p. 314-315, 316-318). Sprengel cite le nom des médecins qui combattirent ce ridicule usage.
- Ces deux ouvrages parurent à Francfort en 1604. Fioravanti, disait Crato de Cradtheim, médecin de Maximilien II, était un nehulo pessimus (Sprengel, t. III, p. 440, note 16).
comme Fioravanti avec son baume merveilleux^ prétendait enrayer toutes les maladies ^
La plupart de ces écrits, « pleins de mystères et de merveilles, » attribuaient les maladies à la secrète influence des astres. « Un médecin vraiment digne de ce nom, » écrit lun des nouveaux docteurs, « c'est celui qui possède à fond la science sublime de Tastrologie, et parvient à arracher leurs secrets aux étoiles. Le grand Paracelse a enseigné que toutes les planètes ont dans Thomme leur reflet, leur signature, leurs véritables enfants, de sorte que chaque homme porte en lui son soleil, sa lune, Saturne, Mars, Vénus et tous les autres signes; les astres ont leurs hiérarchies, leurs origines, leur cours particulier; les maladies humaines se classent d'après eux : Tune est Mars, l'autre la lune, une troisième le sagittaire, et ainsi de suite; et ce n'est qu'en approfondissant ces choses qu'on apprend à s'en convaincre. Quiconque ignore ces vérités acquises et ne les a pas étudiées, comment pourrait-il soulager et guérir? Réjouis-toi, peuple d'Allemagne, car tout cela t'a été accordé avec l'Evangile béni; une science approfondie vient d'obtenir pour toi ces immenses résultats -. » Patricius ab Alto Saxo publia en 1613 le Moyen de guérir toutes les maladies par les concordances astronomiques, ouvrage qu'il dédia au mathématicien de Nuremberg, Wolf Geusz. « Un médecin qui entreprend le traitement d'un malade, » écrivait-il, « doit, avant toute chose, consulter le firmament, s'assurer de la position des planètes, car à chaque planète correspondent certaines plantes et herbes, et l'on ne doit pas négliger, pour la guérison des malades, les sympathies et les antipathies des planètes ^ » Patricius attribuait à Saturne les épidémies de peste, si fréquentes de son temps. Saturne, parce qu'il avait dévoré ses propres enfants, avait, selon lui, reçu de Dieu la mission de bourreau et d'instrument de ses justices *.
Les livres scientifiques, comme les petits traités populaires, accréditaient la funeste persuasion que la plupart des maladies sont l'effet de sortilèges. « Persuade-toi bien, lecteur, » lit-on dans l'un de ces traités, « que sur les sept maladies qui ont épouvanté l'humanité en ces derniers et malheureux temps : la paralysie, la cécité, la gangrène, les coxalgies, les crampes mortelles, la lèpre, etc.. quatre ou cinq au moins proviennent de la sorcellerie ou de la magie ; aussi ces maux ne peuvent-ils être guéris par des remèdes d'apothicaire, mais seulement par des moyens magiques, comme de sages et cé-
' Sprengel, t. III. p. 336.
- Etliche Chymische und verborgene Mittel, etc., feuille B 2. ^ Methodus, etc. Jetzunder erstmals menniglichen zu Nutz tmd Wohlgefallen in Truck verfertigt, Francfort-sur-le-Mein, 1613. * Voy. Sprengel, t. III, p. 253.
lèbres docteurs en médecine l'ont avoué, confessant que leur savoir ordinaire est impuissant à retrancher les innombrables maux qu'engendre la sorcellerie. » « Le meilleur maître en ces sortes de choseS;, c'est Paracelse. J'ai puisé tout ce que je sais dans ses plus célèbres écrits, et je te promets pour la prochaine foire de carnaval, mon cher lecteur, quelques petits traités qui t'instruiront grandement en des matières de si haute importance. Tu y verras comment;, par la secrète permission de Dieu, naissent les maladies magiques'. » L'auteur cite ensuite cette page de Paracelse : « Certains magiciens font des statues auxquelles ils donnent la ressemblance de la personne qu'ils ont en vue. Ils enfoncent un clou dans la plante du pied de cette statue, et l'homme qu'ils ont voulu atteindre devient tout à coup perclus : ce clou s'enfonce dans sa chair : l'homme boite, et ne pourra jamais marcher comme les autres. Pour le guérir, il faudrait pouvoir enlever le clou du pied de la statue; en ce cas, immédiatement, l'homme serait soulagé. On voit souvent des grosseurs, des plaies, des meurtrissures se former sur le corps d'un homme parfaitement sain; on pourrait croire qu'il vient de recevoir une volée de coups de bâton, il n'en est rien. Celui auquel ceci advient sans cause naturelle, qu'il n'en doute point, il a été invisiblement atteint ou battu par un sorcier. Il arrive aussi très souvent qu'un homme perd un œil, ou bien ses deux yeux, qu'il devient sourd d'une ou de deux oreilles, qu'il perd la parole, qu'il boite, ou meurt de mort subite : tout cela provient de semblables enchantements que Dieu a permis. » « Or, dès qu'un médecin constate une de ces attaques subites, il ne doit pas regarder comme naturelles des douleurs et maladies surnaturelles, ni espérer les guérir par des remèdes d'apothicaire, car il ne s'attirerait par là que mécomptes et humiliations. >> « Le parfait médecin doit plutôt considérer qu'un tel malade ne peut être soulagé que de la manière dont le mal lui est venu, c'est-à-dire par la foi et par l'imagination. » c "N'oilà donc ce qu'il doit faire : qu'il forme avec de la cire un membre en tout semblable au membre dont souffre le malade, ou bien qu'il modèle une statue en cire, qu'il oigne et bande le membre de cire à l'endroit où sont les excroissances, plaies ou contusions du malade, et qu'il supprime tout autre traitement. Peu de temps après, son malade éprouvera un grand soulagement, et bientôt il sera guéri. Que si l'homme a été tellement ensorcelé, qu'il soit menacé de perdre l'œil, l'oui'e, ou sa virilité, s'il devient muet, infirme, paralytique, que le médecin modèle une statue en cire; qu'il croie fermement, en fixant fortement son imagination dans limage, qu'il obtiendra la guérison de son malade; puis, qu'il H\Te
' Etliche chymische und verborgene Mittel, etc., feuille A 3. Voy. la préface.
la statue aux flammes, afin quelle y soit entièrement consumée. Il sera bientôt dans l'admiration du résultat obtenu. » « Les sophistes des hautes Écoles se moquent de semblables cures, mais il ne faut nullement se préoccuper de leur dédain; les médecins sont loin de S'instruire de tout ce qu'ils devraient connaître : ils feraient bien d'aller à l'école des vieilles femmes, des bohémiens, de ceux qui sont initiés à la magie noire : chemineauX;, malingreux, vieux paysans et tous ces humbles auxquels nul ne fait attention; ils auraient bien des choses à apprendre d'eux; car ces pauvres gens en savent souvent plus long que toutes les hautes Écoles réunies '. »
Barthélemi Carrichter. de Reckingen^ disciple de Paracelse et médecin de Maximilien II, révéla au public « d'importants et sublimes secrets » ; il écrivit aussi un ouvrage sur la guérison radicale des maladies provenant de la magie -.
'Schindler, p. 126, 130, 230-2.52. Jean Hiller initia l'Electeur Auguste de Sa?ie à un genre particulier d'opération magique : on moulait une statue, ou bien on peignait en pied la personne qu'il s'agissait de guérir; ensuite, par la force de l'imagination, on agis.sait invisiblement sur le corps de la personne ainsi représentée; on pouvait faire un bon ou un mauvais usage de ce secret, qui avait des dangers. Un magicien pouvait en abuser en nuisant à l'Jiomme qui lui déplaisait ou auquel il en voulait, en lui infligeant des maladies, en le rendant aveugle, paralytique, impotent ou même eu lui ùtant la vie. Pour cela il ne fallait qu'exécuter une image au nom et à la ressemblance de l'iiomme auquel il voulait nuire; tous les traitements qu'il faisait subir aux membres de la statue, l'homme les subissait dans son corps. Mais ce qui rendait cette science infiniment précieuse, c'est que, par son moyen, tons les malheureux ensorcelés, que jusqu'alors aucun remède humain n'avait guéris, pouvaient être soulagés (vo.v Weber, Anna v. Sachsen, p. 283 à 291).
- Melchior Sebisch, médecin de Strasbourg, dans un livre publié en 1380, énumérait les raisons pour lesquelles la médecine était tombée depuis quelque temps en discrédit, d'où venait le mauvais usage qu'on en faisait et tous les abus quis'yétaientglissés. « Un grand nombre de médecins, » écrit-il, «se vantent d'être de grands savants, s'imaginent pouvoir guérir toutes les malçidies, font grand mystère de leur science prétendue, tandis qu'en réalité ils savent aussi peu la médecine que la vache le psautier. Ils se disent en possession de secrets merveilleux; ils récoltent des simples avec des cérémonies bizarres à des jours spéciaux, celle-ci le vendredi, celle-là le samedi, et sous l'inlluence de telle ou telle planète. Telle herbe doit être cueillie dans le plus grand mystère avec une serpe d'argent; telle autre avec une serpe d'or ou de cuivre, etc. C'est ainsi qu'ils rendent à bon droit leur science suspecte aux médecins expérimentés, qui n'y trouvent que charlatanisme. >> « De pareilles extravagances sont si communes qu'il me serait impossible de les nommer toutes. Pourtant tous ces empiriques sont encore trop peu nombreux au gré du diable et de ses suppôts qui certainement doivent avoir une part importante dans l'allaire, car à ces médecins menteurs sont toujours mêlés les juifs impies rejetés de Dieu, les sorciers, les conjurateurs de démons, les fondeurs de cire, les femmes qui jettent le mauvais sort, et semblable engeance monstrueuse, incitée par le démon. On s'empresse autour de ces faux savants, ils sont tenus pour des demi-dieux ; on leur apporte de l'argent autant qu'ils en désirent, car, par l'examen de l'urine, ils ne renseignent pas seulement les gens crédules sur leurs maladies, mais encore sur le nom, l'état, la fortune et toutes sortes de particularités des personnes qui les intéressent. Ils ont coutume, par exemple, de renseigner un chacun sur telle outelle vieille femme soupçonnée de jeter un sort. C'est ce que font aussi ceux
L'alchimie^ toujours associée à la « médecine merveilleuse » et recevant comme elle ses inspirations des prétendus esprits des planètes, contribuait, elle aussi, à troubler toutes les tètes. Au seizième siècle, l'alchimie était en grand honneur et comptait de nombreux adeptes dans les villes comme dans les campagnes. Des feuilles volantes, d'innombrables «gazettes«, renseignaient le public sur tout ce qui concernait la prétendue science ; le prédicant Léonard Breitkopf s'en plaint amèrement : " On lit avec avidité, » dit-il dans l'un de ses sermons, « les feuilles qui prétendent enseigner le moyen de faire de l'or et de l'argent avec des métaux plus grossiers, et nous voyons de petits tailleurs de village, des cordonniers, de pauvres servantes confier toutes leurs économies à l'un des nombreux charlatans et bouilleurs dor qui parcourent les campagnes. Ces gens simples et crédules s'aperçoivent qu'ils ont été dupés lorsqu'il est trop tard pour réparer leur erreur. " « Chrétien, jette au feu, crois-moi, tous les livres de ce genre qui sont dans ta maison ; économise les pfennigs avec lesquels tu les achètes, méfie-toi de tous les vendeurs de secrets; ils ne cherchent qu'à te tromper avec leurs prétendus remèdes. L'autorité, si elle avait la conscience de ses devoirs, surveillerait de près ces inutiles et trop nombreux coquins, véritable plaie nationale, qui, par leurs écrits mensongers, en prose ou en vers, et par la pratique de leur art prétendu, exploitent la crédulité des simples'. » « Des médecins ignorants, » écrivait Jean Porta, « des apothicaires, des vétérinaires ou barbiers de village, des chaudronniers, de vils charlatans, des arracheurs de dents, des pitres de marché, des escrocs, des empiriques, gens sans aveu et sans mœurs, se vantent de pouvoir faire de l'or et préfèrent la lecture des livres de chimie à celle de l'Évangile -. » Virgile, de Salzbourg, dans son Alchimie chimérique (1518), écrivait:
qui prétendent guérir les maladies des hommes ou du bétail à l'aide de bénédictions, signes de croix, signes cabalistiques et autres folies. » « Ajoutez à cela les marchands ambulants qui, la hotte au dos, parcourent les villages, vendent des remèdes, des vermifuges, et qui pour la plupart ne sont que des bandits, des fripons qui dupent leur monde sans aucun scrupule. Ils annoncent dans les rues, en criant à tue-tête, leurs onguents et leurs drogues, car c'est ainsi qu'ils appellent leurs ordures » (Birlingers, Alemannia, t. VI, p. 185-189).
' Voy. plus haut, p. 402, note 2.
^ Schindler, p. 203.
L'alchimie a huit résultats :
La fumée, les cendres, quantité de mensonges,
Les soupirs, le dur labeur,
Le déshonneur, la misère et le désespoir !
Veux-tu vivre affranchi de tous ces maux?
Garde-toi de l'alchimie ' !
Dans l'espoir de désabuser de trop nombreuses dupes, Rollenhagen publia la satire intitulée : l'Attrapeur de grenouilles. L'alchimiste qn"il met en scène révèle en une amusante énumération tous les mensonges dont il se sert pour abuser le public; il dit ce qu'est en réalité la pierre philosophale, et la satire est pleine d'une mordante ironie. « La pierre philosophale, » dit-il, « est la quintessence sublime de tous les métaux. Elle fait disparaître toutes les scories de l'or comme avec un balai céleste, de sorte que nulle impureté n'y demeure; et si de notre corps nous voulons ainsi chasser toute impureté, il n'est besoin que de prendre un seul grain de cette poudre sacrée : aussitôt nous jouirons d'une santé parfaite. Théophraste, avec son azote, guérit les gens comme le ferait un dieu; aurum potabile peut soulager les maux réputés les plus incurables. Un vieillard parvenu au terme de sa vie, âgé d'environ cent ans, il le rajeunit, lui rend la santé, la force, la vigueur; il renouvelle son cœur, son cerveau et ses moelles, mais particulièrement son esprit, lieu où réside notre âme *. »
De temps en temps des « gazettes » informaient le public de la lamentable destinée de quelque alchimiste tombé en disgrâce à la cour d'un prince. C'est ainsi que parut, en 1597, une < gazette curieuse, nouvelle et surprenante », relatant le supplice de Georges Honauer, d'Olmutz, alchimiste et prétendu faiseur d'or, supplicié à Stuttgard, et qui fut attaché à la potence vêtu d'un pourpoint d'or.
La potence était en fer.
Mais en fer entièrement doré;
Elle a coûté une grosse somme d'argent!
Cent quatre-vingts cavaliers,
Une grande foule de peuple
Ont accompagné Georges au supplice,
Que chacun se regarde en ce miroir !
Cette célèbre potence pesait 2o quintaux; elle avait coûté 3,000 florins. Georges, sans parler d'autres graves méfaits, avait volé au duc environ deux tonnes d'or^ A son sujet, le duc Maximilien de Bavière
' Voy. Kopp, Alchemie, 1. 1, p. 227-228, note.
- Froscltmeuseler, th. 1, cap. xv.
■' Voy. ScHEiBLE, Schalijaber, t. I, p. 45-30; voy. t. II, p. 389-391. Nous parlerons plus tard du rôle important joué par les alchimistes à la cour de Rodolphe II et dans les résidences des princes allemands.