ALCHIMIE ET ALCHIMISTES
avait fait publier redit suivant : « L'alchimie, ou l'art de faire de l'or et de largent avec une matière qui n'est ni l'un ni lautre, est absolument interdite dans nos Etats, sous quelque forme qu'elle se cache, car ses secrets ne sont pas sans mélange de magie, sorcellerie et autres opérations diaboliques. Les contempteurs du présent édit seront passibles soit dune amende considérable, soit, à défaut d'argent, de prison ou d'exil, selon que la justice appréciera'. »
Innombrables sont les livres ou traités publiés par les alchimistes et les médecins de la < science merveilleuse ». L'alchimiste vénitien Laurent Ventura, se vantait d'avoir enrichi la bibliothèque du comte palatin de plus de 250 ouvrages sur l'alchimie, et d'avoir ainsi contribué puissamment à la diffusion de cette science admirable. Dans sa bibliothèque, lui-même en conservait 23 -; mais comme tous les alchimistes, il les cachait aux regards profanes. Théobald de Hohenland dit la raison qui rendait ce mystère indispensable. Le vulgaire devait ignorer que l'alchimie était la clef de toutes les connaissances humaines, les savants i)hilosophes ne voulant à aucun prix être rendus responsables de tous les crimes que les impies pourraient commettre impunément si l'alchimie secondait leurs desseins pervers ; aussi, ceux qui exerçaient ce * magisterium » s'étaient-ils engagés, par les plus redoutables serments, à ne révéler à personne les secrets de leur science et à n'en jamais parler en mots clairs et intelligibles ^
UAurrtnn lie/lus, ou trésor d'or et trésor de science, publié en 159<S. lut longtemps considéré comme un ouvrage très utile et d'une grande portée. II était censé renfermer « les secrets les plus sublimes, les plus merveilleux, les plus authentiques des anciens mages de l'Orient ». L'illustre maître de Paracelse, Salomon Trismossin. l'avait traduit en allemand, puis « un ami de la science avait revu avef le plus grand soin cette traduction précieuse » et l'avait publiée. Trismossin commençait par raconter comment il était parvenu à s'approprier « les trésors des Egyptiens » et comment il avait retrouvé le secret des antiques teintures. « On ne peut s'empêcher de s'étonner, » dit-il, « que Dieu ait daigné révéler à des pa'iens des secrets d'une telle importance; ils les ont toujours gardés
' J. MrLLER, Zeitschrift für deittsche Kullnrgesch., 1873, p. 102. Daniel Keller, médecin d'Augsbourg, voulait vendre son secret de faire del'or pour 400,000 llorins. Comme il ne se trouva pas d'acheteur, il fit marché avec Max Fugger, d'Augsbourg. pour le quart du bénéflce; mais ses espérances furent déçues ; il en fut pour ses frais (Stettex, t. I, p. 226).
- Y. HoHENL.\ND, p. 155. Le Français Denis Zacharias cite les noms des cent alciiimistes qu'il a connus à Paris, en 1539. Voy. Schmieder, p. 272. Sur Jean Fischart, au temps où il éditait des livres d'alchimie, voy. l'article de Wendeler, Archiv, für Litteraturgeschichte, t. VI, p. 487-509, note 24.
3 V. HOHENLA.ND, p. 48 Ct SUiv.