ALCHIMIE ET ALCHIMISTES
jalousement, mais enfin le Lion rouge paraît au grand jour, afin que les enfants des hommes^, auxquels il est destiné, puissent opérer de grandes merveilles, obtenir richesse et santé. Ce lion rouge est une substance^, une teinture que nul ne peut analyser » . « Le chapitre intitulé Suforethon renferme le secret de prolonger la vie humaine, de sorte que maintenant tout homme pourra vivre plusieurs centaines d'années^, pourvu que ce ne soit pas contre la volonté de Dieu... L'illustre roi païen Xopholat a vécu trois cents ans^ grâce à l'arcane que je vais dire^, et par lequel ses forces ont été renouvelées. S'ils connaissaient le suforethon^ tous les apothicaires ramperaient sur les genoux, et renonceraient pour toujours à leurs ridicules drogues qui ne servent qu'à corrompre le sang. » « Pour obtenir <' Tarcane médicinal alchimiste « , il faut commencer par extraire des montagnes le sulphure où croît For'. « Pour la prochaine foire d'automne, l'éditeur promettait de publier « le lion vert», recueil d'autres secrets admirables, ainsi que les dialogues philosophiques de l'homme rouge et de l'homme jaune, etc., etc. -. Non moins clair, non moins utile était le Aouvean Jardin philosophique des roses, livre où l'on apprenait du très sage roi Salomon, de Salomon Trismosino et d'autres mages, « comment, avec la grâce de Dieu, on peut découvrir le lieu où croît l'arbre inflétrissable des Hespérides et en cueillir un rameau ^ » Le livre de Stejohan Michelbacher, imprimé à Augsbourg en 1616, CahaJa. ou Miroir de la science et de la nature de l'alchimie, est également curieux : « Dieu, dans sa miséricorde, m'a révélé de sublimes secrets, » affirme l'auteur dans sa préface ; « à moi, chétif, il a découvert ses mystères. Je regarde comme un devoir sacré de les découvrir, car ils sont aussi importants pour la santé et la vie terrestre que pour la vie de l'âme *. »
Léonard Thurneissen zum Thurn, depuis 1571 médecin de l'Électeur Jean -Georges de Brandebourg, était un des plus célèbres docteurs de la médecine occulte et de l'alchimie. A Berlin, où le cloître dit « cloître gris », lui avait été abandonné pour lui servir de laboratoire, il avait établi une presse dans le but unique de servir les progrès des sciences occultes. Environ deux cents ouvriers, compositeurs, metteurs en pages, typographes, graveurs sur cuivre et sur bois, relieurs, etc., travaillaient sous sa direction. Il menait grand train, s'habillait richement, ne se promenait qu'en carrosse à quatre chevaux, sortait accompagné de pages et comptait parmi ses
' Aureunus Bellis (Rohrschach, 1598), A 1-4.
^ Rosarium novum et olympicum et benedictum, das ist ein neiü gebendeiter, etc. Zwei Eheile per Benedictum Figulum, Bùle, 1608.
* Cabala Allen Müheseligen Liebhaberen der Kunst zu Ehren mit Hülf Gottes
so klar aisein Spiegel furgestellet, Augsbourg, 1616.
L'ALCHIMIE — THURNEISSEN ZUM THTTRN 421
hôtes habituels les plus grands personnages de la cour. « La médecine merveilleuse » lui rapportait honneur et fortune. Ses calendriers, prophéties, horoscopes, talismans pour préserver de tous les maux à venir, l'enrichissaient. Il faisait payer 13 thalers une demi-once de cannelle, « remède merveilleusement efficace;, » 16 thalers une demionce de teinture d'antimoine.
Dans l'un de ses nombreux ouvrages, Thurneissen condense en douze livres' « la sublime subtilité, force et action des deux sciences les plus admirables et les plus utiles à l'humanité : la médecine et l'alchimie »; il explique que ces deux sciences sont sœurs^, et que lune serait inutile ou n'aurait aucune action sur le corps humain sans le secours de l'autre. Le livre dixième traite « des douze principaux principes de lalchimie " ; le onzième, « de lame du soleil, de rame de la lune et de la préparation de la pierre philosophale ; » le douzième enfin explique ' l'ordonnance du mystère philosophique ». Dans l'épilogue, l'auteur dit « qu'il a laissé à dessein un peu d'obscurité dans les termes, de pe-ur que le vulgaire ne vienne se heurter à de si sublimes mystères, comme la brute sans raison se heurte aux piliers de son étable * » .
Dans un précédent ouvrage, VArchidoxa, Thurneissen avait déjà « révélé à tous les amis de la science » l'origine des trésors cachés de l'alchimie et des sept arts libéraux ^ Ce livre ne contenait pas moins de 408 secrets admirables*; il disait, par exemple, comment on peut changer le plomb en argent, en étain; comment le plomb ])eut se transformer en huile; comment on peut faire de l'or avec du plomb; la transmutation du fer en cuivre, du fer en or, de l'argent en huile, etc. En ITiTa, en même temps qu'il donnait au public la seconde édition de cet ouvrage, Thurneissen le faisait suivre dune < explication complète, d'un éclaircissement surabondant sur tout ce qui avait été voilé dans la première édition, de nombreuses et profondes réflexions et révélations sur beaucoup de questions controversées relativement aux dieux de l'antiquité, aux anges, aux démons, aux hommes, aux animaux, aux sceaux, aux enchantements, aux spectres. Puis venaient d'autres révélations sur les cieux, les astres, les planètes, les signes et les figures; sur les éléments, les comètes et leurs forces, facultés, action, cours, propriétés et diversité; sur l'astrolabe et le parti qu'on peut en tirer pour les horoscopes ; il disait
• Nouvelle édition, Leipsick, 1574.
«P. 175 et suiv., 202.« La science de la médecine, »dit-il (p. 204),« est dans une étrange décadence, dans un état humiliant. » Il fait beaucoup de cas de Théophraste Paracelse (p. 34).
^ Archidoxa (Berlin, 1575). Voy. le titre complet dans Gcedeke, Grundriss, t. II,