PRÉLUDES DR LA C.VTASTROPHF. DE COLOGNE
à la Diète. A Augsbourg, on disait ouvertement, dès le mois de juillet, que le nouvel archevêque songeait à se marier, et prétendait pourtant garder son évèchéi ; que, malgré l'attachement qu'il affectait pour les Jésuites, et bian qu'il se fût fait représenter à la Diète par des conseillers catholiques, il avait, intérieurement, complètement rompu avec l'Église, et qu'il donnait au peuple, par sa conduite, un déplorable scandale, (c De fâcheuses rumeurs circulent, » écrit Hermann Weinsberg dans ses mémoires; « on se plaint de la mauvaise administration do l'Électeur. On dit qu'il ne paie ni ses conseillers, ni ses serviteurs, ni ses dettes personnelles; qu'il mène une vie licencieuse, une vie de désordres. On prétend qu'il est fiancé à la jeune comtesse Agnès de Mansfeld, chanoinessc de Geresheim; qu'il a fait fusiller ou mettre à mort d'autre manière deux ou trois personnes qui ne lui avaient donné aucun motif de plainte; son humeur, assure-t-on, est tantôt douce^ tantôt féroce ». « Le 19 mars 1360, à Kaiserwerth, il atiré sur un laquais assis sur le siègede sa voiture^. Au mois de septembre 1579, saus en paraître nullement gêné, il a mené partout avec lui la comtesse Agnès de Mansfeld, sa concubine. Les frères de la comtesse, après avoir longtemps toléré, sans mot dire, ce honteux commerce, ont déclaré à l'Electeur que, s'il ne faisait réparation à leur sœur par un mariage légitime, ils sauraient bien trouver moyen de se venger de lui. Ainsi mis au pied du mur, Gebliard, devant plusieurs témoins, a promis avec serment de rentrer dans la vie privée et de renoncer à l'archevêché pour passera la Confession d'Augsbourg et pouvoir épouser Agnès.» Mais cette déclaration n'agréait nullement à la concubine, qui voulait à tout prix devenir Électrice; elle ne plaisait pas davantage au parti révolutionnaire, qui eût vu s'écrouler par là tous ses plans (( pour la propagationduSaintEvangile ». Tous lesCalvinistesélaient d'avis que l'archevêque devait bien plutôt, en dépit de son changement de religion et de son mariage, <.(. conserver le chapeau d'Électeur et l'archevêché». Et celapour quatre raisons: Premièrement parce que la Réserve ecclésiastique en recevrait une atteintcàjamais irréparable; secondement parce que « l'affranchissement delà religion, »depuis si longtemps désiré, une fois établi dans undes principaux évêchés de l'Allemagne, serait ensuite aisément obtenu dans tout le reste de l'Empire; troisièmement parce que, grâce à Gebhard, la majorité des voix serait acquise aux Evangéliques dans le collège électoral; quatrièmement enfin, parce que, relativementà la souve-
» ** Nuntialurbericltle, III, I, LIX, LI, 313 et suiv., 316 cl suiv. * Müller, Zeitschrift für KuUiirgcschiclüe, p.wîi2.
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raine magistrature, il importait extrêmement que la Maison papiste d'Autriche lût exclue du trôneetqu'un empereur évangélique lûtélu.
Pour tous CCS motifs, dès ITiHO *, Gebhard était supplié « de marcher hardiment vers la très chrétienne entreprise que tous avaient à cd'ur ». En novembre 1581, le comte de Nassau, « sur les instances de gens de bien, anim(''s des plus loyales intentions, » s'informa près (les KIcctours et membres d'Empire prolestants, prrs de son frère (îuillaume d'Orange etdes Étals-Généraux, «de la meilleure manière de consoler l'archevêque de Cologne, forten>ent incliné au mariage, afin qu'il se décidât à garder son évéché en dépit de l'union qu'il voulait contracter » 2. On agit sur l'esprit de Gebhard durant toute l'année suivanle^ron lui persuada quela « sainteentreprise » exigeait avant tout qu'il obtînt du Conseil de Cologne la déclaration de «l'affranchissement de la religion ». Le Conseil étant resté inébranlable, le comte Adolphe de Neuenar organisa, dans son château de Meckkeln (juin 1582), un prêche public, et bientôt les habitants de la ville y affluèrent. Le comte Adolphe et le comte de Bentheim surveillaient de loin ces réunions, à la tête de plusieurs compagnies de cavaliers, et les choses prirent un caractère si menaçant que le Conseil crut devoir faire marcher les arquebusiers vers le lieu des assemblées séditieuses; le prédicant fut contraint de prendre la fuite '^
Le comte palatin Jean-Casimir, avec plus d'ardeur que tous les autres, s'efforçait d'exciter le zèle de Gebhard. Dès le printemps de 1582, il lui avait promis de venir à son secours en cas de besoin à la tête d'une armée. Il lui assurait que, lorsqu'éclaterait à Cologne une insurrection en sa faveur, en France, Coudé lèverait l'étendard de la révolte. Jean-Casimir avait persuadé au prince de Condé que l'affaire de Cologne était de la plus haute importance pour la France, et que, dans le cas de l'élection d'un roi romain, il serait inappréciable d'avoir le suHragede l'archevêque, afin d'exclure à jamais la Maison d'Autriche de l'Empire s. Au mois d'aoiàt, Jean-Casimir envoya le comte de Deux-Ponts à Gebhard pour le décider à prendre
' Voy. V. Bezold, t. II, p. 2, note o, et la lettre de l'archevêque Henri de Brème, t. II, p. 53, n* 56, note 1.
* Instructions du comte .lean pour Philippe tngel, 28 nov. 1581, dans Groen
VAN PlU.NSTERER, t. VIII, p. '.ii.
s Voy. V. Bezold, t. I, pp. 463-469.
* Ennen, t. V, pp. 4u0 et suiv. Gebhard eût désiré voir le prêche s'établir à Cologne même. « Mais j'ignore, « écrivait le comte Hermann Adolphe de Solins le 9 juillet 1582 à Jean de Nassau, « comment la chose pourrail-êlre mise à exécution». V. Bkzold, t. II, p. Ü, n' l).
•• La Huguerye, t. II, pp. 150, 151, 259, 267.
PRKr.UDF.S DR LA CATASTROPHE DE r.OT.nr.NR. 1o82. 9
enfin « une bonne et courageuse résolution ». Aux frais du Palatinat et du cercle rhénan, il comptait rassembler une armée nour accourir à son aide au premier signal. Il lui promettait en outre de le maintenir en possession de l'Électorat, « lui et les héritiers que pouvait lui donner la comtesse Agnès i ».
Ce ne fut que pendant l'été de 158!^ que Gebhard se décida.
Le lef- août, il se rendit en Westphalie pour gagner à ses plans la noblesse protestante du pays, et en premier lieu les jeunes gentilshommes qui avaient été jadis ses compagnons de débauche. Il lui arrivait cependant assez souvent d'assister aux offices catholiques. Il avait môme entamé des négociations touchant l'établissement d'un collège de Jésuites à Werl, et assurait, lorsqu'il était entouré de catholiques, que les bruits que faisaient courir ses ennemis sur son prétendu changement de religion et son mariage avec Agnèsn'étaient que de pures calomnies, et qu'il aimerait mieux perdre la vie que de se séparer do l'Église romaine -. Mais, le 4 et le 6 août, il faisait à l'archevêque protestant, Henri de Brème, de tout autres conlidences. Il avait, lui dit-il, reconnu les erreurs du papisme, et « sa conscience le pressaiL » de s'unir légitimement à une noble jeune fille. Sa résolution de résigner l'archevêché rencontrait beaucoup d'opposition parmi ses parents ei amis, mais il était décidé à aller en avant, pour la gloire de Dieu et la diffusion de sa sainte parole. Il avait la consolation do sentir que son entreprise était sainte et agréable à Dieu, ou plutôt qu'elle était « toute divine ». Sans cette intime persuasion, il lui eût certainement été impossible d'entreprendre une œuvre d'une portée si haute, d'une difficulté si grande, car il ne se dissimulait pas qu'il allait avoir contre lui, non seulement presque tous les plus hauts personnages, ecclésiastiques ou laïques, toute la contrée, ses plus proches parents, mais encore les plus puissants potentats delà Chrétienté.
Il mettait tout son espoir dans l'archevêque Henri; il comptait absolument sur son conseil et son assistance. En particulier il espérait qu'il l'aiderait à obtenir l'appui de l'Électeur de Saxe -K
Bien que tout ce dessein eût été tenu très secret, certains bruits circulaient déjà sur les plans de l'archevêque, lorsque s'ouvrit à Augsbourg, le 3 juillet 1582, la Diète que l'Empereur avait convoquée pour obtenir de nouveaux subsides et décider une expédition dans les Pavs-Bas.
* L\ HUGUERYE, t. II. p. 19'f.
ä Kleinsorgen, p. o!J2. An. Isselt, pp. 160-101. Voy. Pieler, p. :)3. 3 Voy. V. ISëzold, t. I, pp. 011-313.