LIVRES DE PLANTES ET D'AMMAUX
faveur, ainsi que les formules magiques qui étaient censées mettre le soldat à l'abri des balles'. Les « sceaux des esprits, correspondant aux sept combinaisons des planètes », passaient pour préserver de tout maléfice. Paracelse avait indiqué la manière de les préparer : « Qu'on ait soin, » avait-il écrit, « de commencer cette préparation à la lune croissante, un mercredi, à minuit, avec du cinabre rouge; qu'on écrive les sceaux sur du parchemin vierge et qu'on suspende ce parchemin à son cou avec un ruban noir; nota bene : sur la poitrine nue. Les sept sceaux, préparés pendant la lune croissante, à minuit, sont souverainement puissants dans toutes les épreuves de la vie, pour écarter de nous les mauvais esprits et pour anéantir leurs desseins pervers -. »
La mandragore était aussi réputée toute-puissante pour éloigner les mauvais esprits et les sorciers, obtenir bonheur et santé, et même (employée d'une certaine manière) pour connaître l'avenir. Souvent, si Dieu n'avait pas sur une âme un dessein particulier, elle avait des effets admirables \ D'après la croyance populaire, la mandragore poussait sous les gibets, les larmes d'angoisse des pendus la faisaient croître, et les bourreaux retiraient grand profit du « petit homme mystérieux » que tous désiraient ardemment posséder*. A
laissaient duper par eux, et la crédulité populaire emplissait leur bourse. Ils assuraient que, ynice au.v paroles magiques qu'ils prononçaient, quiconque se fiait à cu.\ ne périrait Jamais par l'épée et ne serait victime d'aucun sortilège; que ses récoltes ne seraient j)as détruites par la grêle, et que son bétail serait e.\empt de toute maladie pendant l'année. Ils aiïirmaient en outre avoir tout pouvoir sur la troupe furieuse des enfants morts sans baptême et des soldats tombés sur les cliamps de bataille, sans avoir pu se confesser. La croyance à cette montagne de Vénus, où ils prétendaient avoir appris leurs secrets merveilleux, était assez répandue parmi le peuple. C'était, prétendait-on, un lieu de délices où se célébraient des fêtes fanlastiques, des tournois splendides, où les chasses somptueuses, les danses, les festins se succédaient sans interruption, où régnaient le plaisir et la volupté (Dolch, Gescliiclile des deutschen Sludententhums, Leijjsick, 1858, p. MO et suiv.). Dans sa comédie du Médecin ambulant. Hans ."^aclis fait dire à son héros : « La loi qui nous est imposée est d'aller de pays en pays, d'une université à l'autre, pour enseigner la magie noire et d'autres sciences semblables. Si quelqu'un a été volé, nous pouvons découvrir son voleur au moyen d'une amulette que nous suspendons au cou; nous guérissons les mau,\ d'yeu.\, le mal de dents. Pour les blessures reçues à la guerre, nous avons aussi des remèdes ; nous prédisons l'avenir, nous déterrons des trésors, et la nuit nous voyageons sur un bouc. »
' Après que le burgrave de Dohna, qui avait conduit aux huguenots français un renfort de quinze mille hommes (1587), eut subi une complète défaite, on trouva sur presque tous les prisonniers et sur les morts des talismans qui devaient les rendre invulnérables et victorieux (Voy. Moehsex, Beitrage, p. 134).
' Schindler, p. 126 et suiv.
^ Etliche chijmische und verborgene Mittel, etc., p. 5-6.
* La lettre d'un bourgeois de Leipsick à son frère, qui habitait Riga (1575) (ScHEiBLE, Kloster, t. VI, p. 180), prouve à quel point on croyait à cette époque à la puissance du petit homme de la mandragore. « A toi, cher frère, affection et fidélité frateinelles, et toutes sortes de prospérités. J'ai reçu ta lettre, et j'ai