‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 523 sur 573 · TALISMANS — LA MANDRAGORE · texte numérisé non relu

TALISMANS — LA MANDRAGORE

cette époque les bons esprits sont unanimes à déplorer la diffusion d'innombrables livres de magie, « par lesquels le peuple est égaré et séduit. » On les propageait secrètement, quelquefois aussi publiquement. « On colporte avec mystère, » écrivait Antoine Prétorius, « des écrits auxquels on attache le plus grand prix, qu'on regarde comme sacrés à cause de leur antiquité prétendue et des hommes vénérables qui sont censés les avoir composés, car on prétend qu'ils ont pour auteurs Adam, Abel, Enoch, Abraham. Salomon, Raziol, qu'ils appellent l'ange d'Adam, et l'ange Raphaël qui apprit à Tobie à chasser les esprits, et Uriel auquel Esram enseigna les plus sublimes secrets. Avec les livres de sorcellerie ou de magie vendus publiquement et écrits en latin, on répand des livres de magie, conij^osés en langue vulgaire, absolument scandaleux. Je ne veux pas les nommer de peur d'exciter la curiosité malsaine de certaines gens. » Il faut y ajouter les livres de sibylles, les explications des songes, les pronostics tirés des planètes et quantité d'autres écrits du même genre, par lesquels on prétend pouvoir pénétrer les esprits et les âmes, prédire le bonheur ou le malheur, le présent et l'avenir, d'après la couleur des cheveux ou des yeux, la forme du nez, du front, le langage, les lignes de la

bien compris combien tu as souffert, cher frère, dans ta ferme et ta maison: car ton bétail, porcs, vaclies, chevaux, moutons, tout a péri; ton vin et ta bière ont aigri dans ta cave, tes moyens d'existence diminuent de plus en plus, et tu vis en grand désaccord avec ta femme, ce qui m'afflige beaucoup, à cause de mon affection pour toi. Aussi me suis-je beaucoup remué, et j"ai été trouver les gens experts en cette matière ; j'ai pris conseil à ton sujet, et j'ai demandé en même temps d'où pouvaient provenir de pareilles catastrophes. Il m'a été répondu que ces malheurs ne venaient pas de Dieu, mais de méchantes gens, et qu"il n'y avait rien de mieux à l'aire pour toi que de te procurer la mandragore, le petit homme qui habite dans les profondeurs de la terre; que si lu le possédais dans ta maison ou dans ta ferme, les choses changeraient bientôt d'aspect. Je me suis vraiment donné de la peine pour toi. et je me suis rendu chez les gens qui pouvaient me procurer ce que je cherchais, c'est-à-dire chez notre bourreau. Je lui ai donné soixante-quatre thalers, et un gros pourboire à son valet. Tout cela est un don de mon afïection Gdèle. Et maintenant, il faut que tu fasses bien attention à ce que je vais t'enseigner. Dés que tu auras le petit homme en ta possession, laisse-le reposer trois jours avant de t'en approcher. Après trois jours écoulés, fais-lui prendre un bain d'eau chaude. Avec cette eau il te faudra asperger le bétail et les piliers de la maison sous lesquels vous passez tous les jours, toi et les tiens ; tu verras alors les choses changer de face, tes biens prospérer; il faudra baigner quatre fois par an le petit homme, et toutes les fois que tu l'auras baigné, l'envelopper dans son vêtement de soie et le ranger avec tes plus beaux habits, et tu n'auras plus qu'à le laisser en paix. L'eau du bain est aussi singulièrement efficace pour les femmes en mal d'enfant qui ne peuvent accoucher; elles doivent en boire une cuillerée, et peu de temps après elles accoucheront avec joie et reconnaissance. Et quand tu devras aller en justice, mets le petit homme sous la manche de ton bras droit, et tu seras sûr de gagner ta cause, qu'elle soit bonne ou mauvaise. Et sur ce, que Dieu t'ait en sa sainte garde ! — Date : Leipsick, dimanche avant le mardi gras, 1375. — Haxs N. »

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