LIVRES DE MAGIE ET D'HOROSCOPES
songes^ ils interprétaient le vol, les nids ou le chant des oiseaux, ils se donnaient pour prophètes; sages donneurs de conseils, ils découvraient le refuge du voleur qui se croyait le plus en sécurité. Ils exploitaient la crédulité populaire par toute espèce de secrets prétendus préservant de tous les maux ou procurant tous les biens.
Un magicien ambulant, qui avait fait sa spécialité de prédire l'avenir en regardant au travers de certains cristaux, fut arrêté à Lungo; on trouva dans ses coffres tout le matériel d'une imprimerie, un livre de conjuration, de vieilles chartes en allemand et en latin, des cercles, des caractères bizarres, des croix, des instructions détaillées sur la manière d'opérer certains enchantements, de lire dans les cristaux, de crever les yeux à quelqu'un sans qu'il s'en doute, etc. '. Un aventurier du même genre fit paraître en 1573 une Relation courte et très véritable sur certains secrets merveilleux qu'il prétendait avoir appris non par le secours du démon, mais par une grâce de Dieu mystérieuse et insondable ; il disait en avoir reconnu l'efficacité depuis bien des années. Entre autres choses, il prétendait « vendre à coup sûr le temps et le vent - » . Le surintendant de Meissen, Grégoire Strigenicius, met son auditoire en garde, dans l'un de ses sermons, contre tous ces mensonges : « Les marchands de vent, » dit-il, « ne trafiquent que de balivernes et de mensonges diaboliques ^ »
« Le diable a mille ruses, « écrivait Jean de Munster en 1591: « il sait d'innombrables tours; il se sert des prédictions, des oracles, des pronostics, des songes, des prophéties; de l'eau, de la terre, du feu, de l'huile, de la suie qu'on balaye de la cheminée; des cercles, des cristaux, de toutes sortes de miroirs, des os des morts, du chant des oiseaux, des devins, des entrailles de bêtes égorgées et, comme quelques-uns le disent, des cadavres des pendus. Quiconque réfléchit à l'effrayant pouvoir du diable ne saurait dire avec le monde : le diable n'est pas si noir qu'on le peint, mais conviendra plutôt avec moi que le démon, le prince des ténèbres, est beaucoup plus noir et effrayant qu'on ne saurait jamais se l'imaginer *. »
« Aussi vrai que Dieu vit et règne dans le ciel, » affirmait un prédicant avec une conviction plus forte encore, « le démon vit et règne dans le monde, comme les vrais théologiens évangéliques l'enseignent. Nous sommes tombés sous l'empire du diable, et
' Voy. une relation sur ce sujet dans Der Teufel selbst, de I. Hocker. Théâtre diabolique, t. I. p. 95''-96.
- Imprimé à Erfurt, p. 2.
^ Predigten iiber Jonas, p. 90''.
* Münster, Ein christlicher Unterricht von Gespenslen (édition de Hanau de 1591), p. 87-88.