LITTERATURE SATANIQUE — LE^THEATRUM DIABOLORUM
turer les gens, et qu'il ait le pouvoir d'engendrer des enfants ' ? » Il faut ajouter à toutes ces affirmations ses doctrines sur le serf arbitre^ sur le bon et le mauvais principe, doctrines qui établissent pleinement la puissance de Satan et le dualisme qui existe dans l'âme humaine. " La volonté de l'homme, » selon lui, « tient le milieu entre Dieu et Satan; elle se laisse conduire, diriger, pousser comme un cheval docile par la main qui le guide. Si Dieu s'empare de cette volonté, il en devient le maître absolu, elle va où et comme Dieu veut. Si, au contraire, c'est le diable qui en prend possession, elle veut et elle va comme et où le diable le veut. Or la volonté humaine n'est pas libre ni maîtresse d'elle-même pour décider auquel des deux elle veut appartenir : Dieu et le démon se font une guerre incessante, et s'en disputent la possession*. »
Le grand renom théologique de Luther contribua puissamment à faire prévaloir, parmi ses disciples, ses opinions et affirmations sur le diable et son empire. Presque dans tous les sermons de cette époque, un démon spécial est chargé de symboliser un vice, et la littérature populaire est envahie par une multitude de diables. C'est ainsi qu'André Musculus imagina le diable des liauts-de-chausses, le diable des jurons, le diable du mariage; Mathieu Frédéric, le diable (le l'ivrognerie; Cyriacus Spangenberg. le diable de la chasse; Albert de Blankcnbcrg. le diable de l'avarice et de l'usure; Joachin Westphal, le diable de la paresse et le diable de l'orgueil; Louis Milichius, le diable de la sorcellerie et le diable rapace ou le démon de la finance: Florian Dauke, le démon de la danse; André Iloppenrod, le démon du libertinage. Enfin, Jodocus Hocker écrivit un livre intitulé : le Diable en personne. On pourrait citer un grand nombre d'écrits du même genre. Vingt d'entre eux, réunis en un gros volume, parurent à Francfort sous le titre de : Theatram diaholorum (1569). L'auteur dit dans sa préface que, tandis que nous sommes en ce monde, nous n'avons pas seulement à combattre el à lutter contre les empereurs, les rois, les princes, les seigneurs ou autres potentats, mais avec le diable lui-même. Six ans plus tard le livre eut une seconde édition, augmentée de quatre nouveaux démons •'-. En 1587, une troisième édition donnait dix diables supplémen-
' Voy. FunsTEMAXx, t. III, p. 56, 69-71. Voy. pour plus de détails, Döi.Li.\GEn, t. II, p. 413 et suiv.; Luther und das Zauberwesen, p. ^14 et suiv., ainsi que l'ouvrage intitulé : über das Verhaltniss und die Stellung des Glaubens an den Teufel zum Lutherlhum, Histor. politische Blatter, t. XII, p. 39-48.
- Voy. notre 2' volume, p. 401 et suiv.
3 Pour plus de renseignements sur la littérature satanique au xvi« siècle, voy. GoEDEKE, Grundriss, t. II, p. 479 à 483. La doctrine protestante sur les esprits des ténèbres porta certains auteurs du temps à personnifier les vices dans les démons. Le zèle des théologiens encouragea la publication d'une série de livres édifiants