JEAN NAS CONTRE LA LITTERATURE SATAMOUE
taires, entre autres,, « le diable de la mode et des fraises^ le diable de la flatterie^ les diables du presbytère et des bénéfices, le diable des mensonges et des calomnies; le diable des tribunaux et des procureurs, le dia])le des mendiants sacramentaires ; ce dernier était l'œuvre du prédicant Jean Schütz et de ses trente-sept disciples. » Le Theatriim diaholorum, ainsi complété, comprenait en tout trente-quatre diables; en ses deux parties, il n'avait pas moins de i, 360 pages grand in-folio à double colonne: ce format peu commode n'empêchait pas l'éditeur Feyerabend de souhaiter que « ce fidèle avertisseur des embûches et des homicides du démon >■ fût entre toutes les mains. Selon lui, le livre était indispensable non seulement aux laïques et aux fidèles, mais aux savants, aux curés, aux chapelains, aux simples princes de l'Église, et même aux docteurs en droit et en médecine, « puisqu'il est bien évident, » disait-il, « que le diable attente non seulement à nos âmes, mais à nos corps et à nos biens, et qu'il abuse de nous en contrevenant aux lois humaines, à l'ordre naturel, à la parole de Dieu, à toute justice et à toute raison, comme ce livre le démontre par beaucoup d'exemples tirés de l'histoire ancienne et de l'expérience de tous les jours. » Les démons symbolisant les vices avaient été, autant que possible, classés d'après l'ordre des commandements de Dieu, et l'ouvrage formait ainsi, avec ses nombreux points de doctrine et de morale, une sorte de catéchisme. Il était enrichi et augmenté« d'un grand nombre d'histoires divertissantes, de dictons, de proverbes, de rimes et d'allégories ». " En sorte, » assurait l'éditeur, « que les gens du monde, qui se lassent aisément de la sainte Écriture et des livres édifiants, y trouveront la plus agréable et la plus utile récréation ' . )>
En effet, cette nouvelle littérature exploitant le sentiment de crainte et de curiosité qui remplissait alors les esprits au sujet du démon, était extrêmement goûtée. A lui seul, Feyerabend, pendant les foires de carnaval et d'automne de l'an 1568, en vendit environ 4,220 exemplaires-. Pendant la foire de carnaval de 1569, Michel Härder en écoula 452, presque tous à Leipsick et à Magdebourg^
Le polémiste cathoKque Jean Nas avait horreur de cette « littérature satanique ». « En l'espace de peu d'années, » écrivait-il en 1588, « on a publié et répandu quantité de livres sur le démon, livres
sous forme d'entretiens, qui sont intéressants pour l'histoire des mœurs et, en général, écrits avec agrément.
' Préface de l'édition augmentée de 1587, imprimée à Francfort-sur-le-Mein par Peter Schmid. La préface de la deuxième partie, également signée de Sigismond Feyerabend, est datée du 8 février 1588. Gœdeke ne mentionne pas ce troisième tirage.
- Voy. Pallmann, p. 156-160.
Messmemorial, t. IX.