‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 529 sur 573 · INTERDICTIO.X DE LA LITTÉRATURE SATANIQUF EN BAVIÈRE · texte numérisé non relu

INTERDICTIO.X DE LA LITTÉRATURE SATANIQUF EN BAVIÈRE

écrits au nom du démon, imprimés au nom du démon^ achetés et lus avidement au nom du démon; on en fait très grand cas, et leurs auteurs sont célèbres parmi tous les prétendus serviteurs de la parole . » «Autrefois, les dévots chrétiens défendaient à leurs enfants dénommer l'Esprit du mal, ou même de le désigner sous aucun de ses horribles surnoms; il était défendu de jurer par le démon, selon le précepte de Salomon : Lorsque le pécheur maudit au nom du démon, il maudit sa propre âme. » « Mais à présent, on prêche sur le diable, on écrit au nom du diable, et cela passe pour juste et pour louable. Je puis bien vous en dire la raison, c"est que le grand-père de nos Évangéliques, le saint patriarche Martin Luther, a donné le premier lexemple. Or le fils suit son père : parce que les prédicants s'inspirent de Luther, comme Luther ils enfantent le démon. Les Catholiques ne peuvent les suivre dans cette voie. Lorsque fut poussé pour la première fois cet appel à tous les diables, je me souviens de ce qui se passa dans une réunion à laquelle j'assistais, il y a de cela vingt ans : Plusieurs savants catholiques causaient entre eux, et riaient de « l'ange noir » ; et l'un deux, de sainte mémoire, homme très docte, s'écria : Moi aussi, j'ai envie d'évoquer un diable! On crut d'abord qu'il plaisantait et l'on se mit à rire; mais lorsqu'on s'aperçut qu'il avait parlé sérieusement, quelqu'un de la compagnie lui dit : — Eh ! monsieur, ce n'est pas à nous, catholiques, qu'il appartient de donner libre carrière au démon ! Nous ne rivalisons pas, sur ce point, avec les sectes; c'est à elles d'évoquer le diable! Oui se ressemble s'assemble '! » Le duc de Bavière Albert V interdit, dès 1566, la vente de tous les nouveaux petits traités qui portaient le nom du diable : diables de hauts-de-chausses, diables du jeu, etc. « Malgré la bonne apparence qu'on s'efforce de garder, » portait l'ordonnance ducale, « bien qu'ils paraissent composés dans un but patriotique et moral, tous ces traités n'en sont pas moins une cause de scandale; ils servent de pâture à la curiosité malsaine; aussi ne peuvent-ils être tolérés, car ils sont composés de telle sorte qu'ils servent surtout les intérêts de celui dont ils portent le nom-. 11 n'est nullement utile de chercher à détourner du vice le peuple chrétien par tous ces petits traités qui portent un nom de démon, parce que, à cet effet, dans l'Église chrétienne catholique,

' Nas, Angélus parœneticus, der Warnungensgel (1588), p. 2-9. Dans un autre ouvrage, Nas remarque que dans les livres protestants on rencontre un démon à peu près à chaque page, tandis qu'il n'y est presque jamais question des anges (voy. Schopf, p. 64, note 3). Gervinus (t. ILI, p. 17-18) fait dater de Luther «toute la littérature diabolique. Dans une prose monotone, «inspirée par un cspril étroit et sectaire, » écrit-il, « les hommes corrompus par le vice sont regardés non plus comme des fous, ainsi que Brant l'avciit compris, mais comme des possédés du démon ».

- Anliiv. für Gescliuvlde des deutschen Buchhandels, t. I, p. 180,

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