RELATIONS SUR LES POSSESSIONS ET LES EXORCISMES
lations : les prêtres qui, tous les jours, venaient la visiter, en avaient été dans la plus grand étonnement '. Une autre « gazette effrayante », imprimée à Erfurt l'année suivante, rapportait comment un berger de Thuringe avait été attaqué par le diable. Cette feuille fut six fois réimprimée à Nuremberg, à Augsbourg^ à Hof et ailleurs-. De nombreux conjurateurs ou exorciseurs de diables parcouraient lAllemagne, distribuant des annonces imprimées dans lesquelles ils se vantaient des victoires quils avaient remportées sur le démon, invitant < les chrétiens affligés à venir à eux et à se laisser guérir par les vaillants et vrais exorcistes du malin esprit et des démons qui habitent sous la terre et dans les airs-^ ».A LemgO;, vers 4o83, un prédicant gagna de grosses sommes en chassant des démons, exercice dont il avait fait son métier*. " Ces sortes de conjurations, >- écrivait le pasteur de Lemgo en 1584, « ne sont que vacarme, que coups, que disputes infernales; on entend une voix vociférer : « Va-t'en, va-t'en, il faut que tu sortes ! » tandis qu'une autre voix répond : « C'est toi qui sortiras; puisse le diable te torturer comme il me torture! » Les conjurateurs ne songent qu'à la vaine gloire et au profit; la chose est connue de tout le monde, et bien des gens l'ont expérimenté à leurs dépens. Moi-même j'ai entendu bien souvent les plaintes de ces pauvres abusés. Jeannot ou Petit-Jean apportent de l'argent à pleines mains à ces charlatans cupides, croyant ne pouvoir jamais assez faire pour les honorer et les récompenser. N'est-il pas lamentable de voir d'honnêtes gens donner libéralement leur argent au diable, tandis qu'ils le refusent au Dieu vivant? Ces prétendus exorcistes évangéliques parent en vain leur marchandise : ils veulent nous faire accroire qu'ils n'emploient que des moyens chrétiens, qu'ils n'ont recours qu'à la parole de Dieu, aux hymnes de l'Église, à la. prière. Ce n'est pas là une bonne excuse, car, s'il en était ainsi, un papiste impie pourrait défendre, par les mêmes raisons, sa messe idolâtre, en disant qu'elle n'est composée que de saintes paroles^. » « En Misnie, >- disait un prédicant en 1563. < j'ai vu un jour, dans un village, jusqu'à dix-sept prétendus possédés des deux sexes; trois conjurateurs ivrognes et cupides prétendaient pouvoir les guérir, bien que leurs mœurs dissolues fussent connues de tout le monde«; il< gagnaient beaucoup
' Weller. Zeitungen, n* 233, trois éditions. nd., ibid., n» 236.
'' Voy. le sermon sur la bannière du démon de L. B. Kor.nuanx (Erfurt, lb61), p. 3.
* CLE.MEX, Einführung der Reformation zu Lemgo (Lemgo, 1846), p. 28. Bannteufel, p. 8, 12, 19, 34 (voy. Theatrum diaboL, t. I, i». 136 et suiv.). Von Höllenzuängen, p. 5-6.
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d'argent; on les comblait de présents. Cespauvres malades espéraientils mettre le diable en fuite par le ministère du diable? De nos jours, jeunes gens et vieillards croient plus au démon qu'à Dieu et à son saint Évangile. » En 1335, à Schremberg, toute la ville fut mise en émoi par un exorcisme sensationnel. Il s'agissait de délivrer dun démon une noble dame, Cunégonde de Pilgram. « Le diable, poussé à bout par le pasteur, » dit la relation qui raconte cet événement^ « a tellement hurlé que les assistants n'ont pas eu le courage de rester dans l'église. Le diable entraînait à plus d'une aune de distance la tête de la possédée, si bien qu"il semblait que cette tête n'appartînt plus à son corps. Il s'est montré à tous les regards, semblable de corps et de visage aux représentations qu'on en fait ordinairement. Il a insulté et blasphémé Dieu, les miracles de Dieu, la Passion du Fils de Dieu, et enfin il a dit : « Vous avez toujours votre Dieu à la bouche, vous dites qu'il est tout-puissant ! Eh bien, admirez son pouvoir! Vous ne pouvez venir à bout de moi ! Je suis plus fort que Dieu ! » Sans parler d'autres blasphèmes plus horribles encore ' . »
On renseignait aussi le public sur certains cas de possession où les exorcistes protestants et catholiques luttaient à qui parviendrait à chasser le diable. Une gazette « effrayante et très véridique », imprimée à Ingolstadt en 1384, racontait qu'à Spalt, « un tout jeune prédicant luthérien avait fait de vains efforts pour chasser le Malin du corps d'une bourgeoise de la ville. Le démon s'était raillé de lui, il avait fait mille tours et singeries, et n'avait cédé qu'à l'exorcisme catholique. » Les auteurs de cette relation ajoutent : « Plusieurs témoins de cette scène ont assuré qu'ils avaient vu sortir un merle noir de la bouche de la possédée; mais nous n'ajoutons pas foi à leurs paroles, car aucun de nous n'a vu l'oiseau, et nous ne voulons affirmer que ce qu'en bonne conscience et comme prêtres nous pourrions attester par un serment solennel -. »
Nicolas Blum, prédicant de Dohna, dans son Récit historique {i 606), affirme, au contraire, la totale impuissance des Catholiques et des Calvinistes dans la question de l'exorcisme. Il raconte les terribles épreuves d'un étudiant bohémien de grande famille, « que le diable avait emporté à travers les airs et cruellement torturé, tellement qu'il lui avait arraché la langue, et que le jeune homme était devenu sourd et muet » : « Ce démon, » dit Blum, « avait cela de particulier
• Weber, Aus vier Jahrhuiiderten, nouvelle série, t. II, p. 304-312. En 1566, Georges Silberschlag, pasteur protestant de l'église des marchands, à Erfurt, chassa le diable du corps de la femme d'un boulanger (Jaraczeioski, Zur Gesch. der Hea-enprocesse in Erfurt und Umgegend, p. 27).
2 Voy. la relation imprimée par Freytag, t. II, p. 361-374.