POSSEDES ET EXORCISMES
qu'il défendait tantôt le papisme et tantôt le calvinisme; mais à aucun prix il ne voulait être luthérien, et ne cessait dinsulter la doctrine de Luther. « 11 avait dit à un prédicant luthérien qui s'efforçait de l'exorciser : « Curé, si je m'en vais dïci, je viendrai loger chez toi ! » Mais le prédicant lui avait tenu tête avec courage, et lui avait répondu : « Démon, je suis la créature de Dieu, je suis son œuvre et sa propriété; tu n'as aucun pouvoir sur moi; va-t'en trouver le Pape de Rome, celui-là est ta créature, et tu peux en être fier f » Le démon avait riposté : « Tu dis vrai, le Pape est ma créature, mais j'en ai encore une autre, dont je suis également lier, c'est Gottlieb, de Prague. » On avait pris aussitôt des informations à Prague pour savoir s'il y avait en cette ville quelque personnage de marque du nom de Gottlieb, et Ton avait appris que le supérieur des jésuites s'appelait ainsi. Un ministre calviniste avait absous et communié le possédé, mais son état avait empiré au lieu de s'améliorer; le démon avait fait encore plus de tapage et poussé plus de cris qu'auparavant. On lui avait demandé s'il voulait se laisser exorciser par un jésuite ou par un capucin. Il avait répondu : « Un démon ne chasse pas un autre démon ! » Il avait fini par demander à être transporté à Meissen, car c'était là, disait-il, que la véritable Eglise avait son siège. On le conduisit à Pirna où l'exorcisme eut lieu, et le démon fut chassé. » Blum donne tous les détails de ce grand événement, où lui-même avait pris une part personnelle. La dispute avait duré sept jours entiers; le démon avait parlé de la grâce dans le sens réformé. Enfin on l'avait vu s'échapper sous la forme d'un grain d'orge enflammé, puis se dissoudre en fumée. Le jeune homme, tout heureux de sa délivrance, était retourné à Prague où il demeurait habituellement, et s'en était allé rendre grâces à Dieu dans l'église des capucins. Là, un moine était venu à lui d'un air de défi; mais soudain une statue de saint était tombée sur la tête de ce moine qui était mort sur le coup. Peut-être le démon exorcisé avait-il voulu attenter à la vie du jeune étudiant; il avait manqué son coup, et le moine avait subi la peine destinée à un autre. Blum tenait ce fait » miraculeux » de l'étudiant lui-même '. Au sujet d'un exorcisme qui eut lieu à Vienne en 1583, le
' Historische Erzählung, p. 1 et suiv. Voy. Bhj.m, p. 4-6. «Ce n'est pas dans le cœur des étudiants bohémiens qu'est le siège du démon... Non, non, c'est dans leur membre viril, sauf votre respect. Quand l'étudiant veut uriner, il souffre un cruel martyre, et ressent ce qu'éprouve une femme pendant les douleurs de l'enfantement, etc., etc. » « Et c'est un prodige qu'il y a lieu de prendre en considération. Je dis la vérité in Christo, je ne mens point, ma conscience m'en rend témoignage. » « Dès qu'il fut entré en Misnie, le diable perdit en partie son pouvoir sur les possédés. »