‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 537 sur 573 · RELATIONS SUR LES DEMEURES DES DÉMONS · texte numérisé non relu

RELATIONS SUR LES DEMEURES DES DÉMONS

la persécution des sorcières, cette honteuse et terrible plaie de l'époque; nous voulons parler des Mémoires chrétiens sur la sorcellerie, publiés pour la première fois à Heidelberg, en 1385, sous le nom d'Augustin Lercheimer de Steinfelden, ouvrage réimprimé en 1587 à Heidelberg, à Bâle en 1397, à Spire en 1397, et jusqu'en 1622 à Francfort'. L'auteur, calviniste fervent, n"est autre que Hermann Wilcken, surnommé Witekind, professeur de Heidelberg^. Ce grand savant ne doute pas un instant que les entrailles de la terre, l'air et les eaux ne servent de demeures à des multitudes de démons et d'esprits malfaisants : « Les marins et les mineurs savent mieux que personne, par une expérience de tous les jours, - écrit-il, « que ces démons existent, car ils leur apparaissent sous des formes très diverses, et toujours pour leur nuire. Quelques savants ont l'art de s'attacher l'un de ces esprits, qui leur apporte ce qu'ils désirent, leur indique dans quel endroit ils pourront se procurer ceci ou cela, leur explique ce qui est écrit dans les livres, ce qui est quelquefois obscur, ce qu'aucun homme ne sait, et même ce qui a été écrit dans des livres maintenant détruits, déchirés ou brûlés, mais dont le diable se souvient, et dont il a pleine connaissance. » A l'engeance diabolique appartenaient aussi, au dire de A^'itekind, < certains ferrailleurs, spadassins, bravaches que le diable s'est engagé à soutenir et à protéger pour un temps, de sorte qu'ils échappent à tous les périls de la guerre; le fait avait été prouvé par ce qui était arrivé à certain soldat qui, sortant du champ de bataille, secouait de ses manches les balles qui s'y étaient amassées, comme on fait tomber des pois de leur cosse; aucune ne l'avait atteint; ce soldat appartenait au démon. Ceux-là aussi sont en sa puissance qui permettent aux mauvais anges de les servir dans leur, maison sous la forme de nains. En Saxe et sur les rives de la Baltique, on appelle ces sortes de démons domestiques des droUes; ils y sont bien connus et très nombreux, surtout en Suède et en Norvège. Ces démons i;'engagent dans les maisons comme palefreniers, soignent les chevaux, leur donnent à manger, les étrillent, les pansent, nettoient les écuries, conduisent les voitures, dirigent les navires; mais un beau jour, on apprend que le meurtre, l'incendie, un accident de voiture, une chute mortelle, un naufrage ont jeté la fan^ille ([u'ils servent dans une irrémédiable détresse ^ »

' Nous nous servons de l'édition de Bàle de 1598; nous parlerons plustird en détail de cet écrit.

* Voy. A. F. ViLMAR, Zeilschr. des Bergischen Geschichtsvereins, t. V, p. 228-230, et la nouvelle édition donnée par Charles Bin/ (Strasbourg, 1888). On y trouvera (p. 1-32) des documents soigneusement collationnés sur la personne et les écrits de Witekind.

3 Christlich Bedenken, p, 8, 7, 45-46, 52.

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