LES MAGICIENS ET LES ÉVOCATEURS DE DÉMONS
ses talents : ■< Je déterre les trésors cachés: j'oblige une belle à aimer qui je veux; je puis voyager sur un bouc, franchir l'espace à travers bois et clairières. Je sais le secret de toutes les serrures; je traverse aisément le mur le plus épais. Je puis créer un âne, un enfantj un chat; je puis crever les yeux et couper les oreilles à qui bon me semble sans être aperçu; avec mon doigt, je perce le fer. Par la magie, je puis faire pousser des cornes sur la t^.te de quelqu'un; je puis couiner la tête de celui qui se confie à moi, et de nouveau la remettre à sa place. Je puis, sans être vu, mettre le feu à une maison; soudain tout flambe et tout s'écroule. Je prédis l'avenir; je porte une maison sur ma main; je peux avaler toute une charretée de foin; il m'arrive souvent de cracher le feu'. »
Thurn von Tliurneissen dressant la liste dos sciences occultes cultivées de son temps n'en compte pas moins de vingt-quatre. « 11 en est une toute nouvelle et vraiment admirable », dit-il. ' Grâce à elle, on assiste aux batailles d'autrefois, on voit les villes, les pays, les anciens patriarches, les cités et les empereurs tels qu'ils étaient au temps passé, dans leurs parures et leurs habits ; pour le moment, cette science est tenue secrète; il n'appartient qu'aux grands d'y être initiés. »
Par la vertu d'un autre secret tout aussi admirable, on pouvait conserver près de soi l'âme de son ami lorsqu'il avait quitté ce monde, pourvu qu'au moment de sa mort on eiU soin de murmurer certaines paroles à son oreille; alors l'âme, dégagée du corps, servait son ami pendant un, deux ou trois ans, selon que le charme avait plus ou moins de durée.
Un autre secret, plus redoutable que tous les autres, animali magia, donnait pouvoir sur les bêtes sauvages ; on les ensorcelait au nom de Dieu à l'aide de saintes paroles; alors les fauves restaient immobiles, possédés qu'ils étaient par le démon, qui parlait par eux-.
On lit dans un sermon prêché en i603 : »< Les conjurateurs de démons, les sciences occultes, la magie, la sorcellerie, tout cela préoccupe de plus en plus les hommes; le monde semble être devenu fou, et sans aucun doute il faut reconnaître là un signe certain de l'approche du jugement dernier. En plusieurs villes, comme une foule de récits nous l'apprennent, il se rencontre des gens qui ont l'art de faire lever des tables en l'air; on entend alors parler les âmes des trépassés, qui révèlent ce qui était caché, et prédisent l'avenir ^ » <( Par la sorcellerie, on peut évoquer les esprits des
' Ayrer. t. IV, p. 2401-2402.
3 Ein Predif) über den nahe vor der Tliür stehenden Jüngsten Tag. par M. Henri Riess(160d), p. 5.