‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 544 sur 573 · LE LIVRE ÜE FAUST DE · texte numérisé non relu

LE LIVRE ÜE FAUST DE

de Rome, » dit-il, « sont gros et replets: je les ai trouvés bien à ]juint pour être bouillis ou rôtis dans la cuisine de l'enfer. » Après le récit, rempli d'indécences, de son séjour dans un harem de Constantinople, son biographe le montre s'élevant dans les airs en présence de beaucoup de personnes, revêtu des ornements pontificaux du Pape '.

« Conmie depuis nombre d'années, » dit l'éditeur dans la préface du livre, « une légende considérable s'est formée en Allemagne touchant le docteur Jean Faust, le magicien célèbre, l'homme capable de franchir en peu d'heures d'immenses espaces, le héros de tant d'aventures; comme partout, dans les réunions et les sociétés, il est l'objet des entretiens, il excite au plus haut point la curiosité, j'ai cru bien faire en publiant ce livre qui m'a été communiqué par un ami. Je lai cru propre à servir d avertissement à tous les chrétiens, par un effrayant exemple de la perfidie du démon, homicide exécrable des corps et des âmes -. .

' « Faust ne larda pas à devenir le liéros favori des légendes, et l'imagination du peuple allemand nélait jamais lasse d'entendre parler de lui. La question religieuse, qui occupait alors tous les esprits, pén>tra peu à peu dans cette légende : Faust est le renégat du luthéranisme, le vendu au diable, le damné sans espoir, riiomme voué à l'anatiiéme et à l'éternelli' perdition ; son orgueil et son horrible destinée doivent servir d'avertissement à tous les bons cliréliens. »Wittenberg, dans les livres populaires, est la seconde patrie de ce njage antiluthélien ; seulement ce n'est pas à NN'iltenberg qu'il a appris le magie, mais en des villes où la doctrine luthérienne est inconnue ou bannie. D'après l'un de ces livres, il a fait ses études à Cracovie; d'après les autres, à Ingolstadt. « La stricte orthodoxie luthérienne et antipapiste du premier éditeur du livre populaire de 11)87, son désir évident de servir la cause qui lui est chère en exploitant la légende de Faust, n'apparaît nulle part plus clairement que dans le récit du séjour de Faust et de son compagnon à Rome et à Constantinople. Le paganisme et la papauté sont pour lui l'objet d'une haine égale. L'islamisme et l'Eglise catholique se ressemblent tellement aux yeux du narrateur que les rôles du prophète et du i'ape se confondent continuellement. Le même personnage peut très bien s'en charger, jouer le mage impie ou le diable en personne. Quand Méphistophélés parait devant le sultan sous les traits de Mahomet, il est vêtu comme le Pape. Faust, sortant du harem où il a passé six jours et six nuits, jouant le rôle du prophète et feignant de n'avoir en vue que la propagation de l'islamisme, est également revêtu des ornements pontificaux. Dans les deu.\ circonstances, le sultan se montre très édifié » (FiscHEii.p. 99, 114-115). Oscar Schade remarque que si l'élément catholique eût eu quelque paît à la formation de la légende, Marie et les saints n'eussent pas manqué d'intervenir en faveur du pauvre pcclieur. Marie, comme dans toutes les légendes où il est question d'un pacte conclu avec le diable, eût eu compassion de lui, eût intercédé pour lui auprès de son Fils {Weimart}- JalLrbucli,\.. V, p. 242).

* Voy. la liste des nombreuses éditions du livre dans Gckdeke, Grundriss, t. II, p. 564-568; K. E^gel, Züiuiiunenllellumj der Faudsclirifteii vom XVI' lahrhundert bisMitte /S6'^, Oldenburg, 1885, et aussi, du même éditeur, Nachrichten über drei höchst seltene Faustbücher (1589-1597), et le livre de Wagner (1596), Zeitschrift für vergleichende Litteralurgeschichte, t. I. p. 329-33-3. Le Faust de 1589 contient six histoires qui ne se trouvent pas dans celui de 1587; entre autres (chap. lv) celle du moine qui s'etlorce de convertir le docteur Faust (Voy. F. R. Zarncke, Die btbliuyraphie des Fauslbuchs, Bericht über die Verhandl. der Gesellsch der Wis. zu

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