‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 549 sur 573 · RELATIONS SUR LE MAGICIEN THURN DE TIIURNEISSEN · texte numérisé non relu

RELATIONS SUR LE MAGICIEN THURN DE TIIURNEISSEN

cambrés, et tout auprès une confortable voiture. Mais personne ne savait de quelle matière cette voiture était faite, et qui l'avait conduite là. Le cocher s'approcha des chevaux avec crainte et tremblement, comprenant fort bien que ce n'étaient pas là des chevaux créés par la nature, mais des démons. Il les brida, les attela et vint dire à son maître que ses ordres étaient exécutés, que tout était prêt. Thurneissen tarda quelque peu à venir, prolongeant le repas avec ses amis; puis il prit congé de ses hôtes, s'assit dans le diabolique attelage, et cria au cocher : « File maintenant, au nom des cent mille diables ! » A ce moment, en présence des assistants, les chevaux et la voiture s'ébranlèrent et s'élevèrent dans les airs. Douze heures après^ Thurneissen, parti de Bâle, arrivait à Halle, en Saxe. — Un bourgeois considéré de Bâle avait appris « de source certaine » que Thurneissen ayant acheté une maison qu'il avait payée argent comptant, cet argent s'était changé en charbon; l'ancien propriétaire l'avait envoyé à FÉlecteur, et Thurneissen, de peur d'être convaincu de magie et condamné pour vol à la peine capitale, avait payé sa dette une seconde fois en thalers bien sonnants, donnant en outre une forte gratification au vendeur, et faisant à rÉlecteur toutes sortes de promesses pour obtenir de lui qu'il tînt la chose secrète, afin que le bruit de Tenchantement diabolique ne se répandît pas. On donnait encore pour vraies bien d'autres merveilleuses histoires. Thurneissen ayant fait ajouter à sa maison de Bâle une petite tourelle où il venait observer les astres, on affirmait que cette tourelle était destinée au démon, qui y passait les nuits, et s'entretenait ainsi plus commodément avec son disciple. On disait aussi que ce n'était pas seulement dans la tourelle qu'habitait le diable, qu'il se tenait souvent sur le toit de la maison, sous la forme d'un hibou, et que Thurneissen lui avait ordonné de se poster là pour surveiller la conduite de sa femme. Dès sa jeunesse, le grand magicien, lorsqu'il étudiait l'alchimie, passait, racontaiton, des jours entiers à boire et à manger avec ses compagnons de plaisir; mais la nuit, il se livrait à de grandes et savantes expériences, assisté par des démons qui, aux yeux de tous, semblaient des hommes. " On ne se contente pas de répandre ces fables absurdes, » écrivait Thurneissen, «. quelques-uns vont jusqu'à dire qu'ils ont vu de leurs yeux le diable sur mon toit. D'autres, qui font à Bùle les importants et se donnent pour les premiers de la ville, ont refl"ronterie de dire qu'ils ont aperçu le diable dans ma maison, derrière le poêle; que lorsque je suis assis à ma table de travail, des démons me dictent ce que j'écris, et parlent par ma plume. » «D'autres ont vu chez moi un miroir où le diable demeure; ils disent qu'il s'est constitué gardien de tout ce qui m'appartient.

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