LE DIABLE ET L'ARCHANGE GABRIEL
vent\ Les choses se passèrent bien différemment pour un pauvre petit innocent, âgé de cinq ans à peine. D'après une gazette « lamentable et effrayante » imprimée à Görlitz en 1579; l'enfant était mort consumé par le feu infernal-.
Au dire de toutes ces « gazettes » , le diable s'occupait particulièrement des nouveaux théologiens acharnés les uns contre les autres, qui, suivant l'exemple donné par Luther, voyaient dans chacun de leurs adversaires un suppôt de Satan, un possédé que le démon avait en sa puissance spirituellement ou corporellement. Lorsque mourut, en 4552, le théologien André Oslander,, ses ennemis firent courir le bruil que le diable, après lui avoir tordu le cou, avait mis son corps en lambeaux ^ Le peuple fut aussi renseigné sur ce qui était arrivé auparavant au théologien Garlstadt*. En 1592, un document officiel déclarait, au sujet du prédicant de cour David Steinbach (lequel, comme ami du chancelier Krell, avait été jeté en prison), que, de son propre aveu, Steinbach avait recouvré sa liberté grâce à l'assistance du malin esprit, qui Tavait fait passer par trois portes verouillées. Le diable était souvent venu le visiter la nuit dans sa prison; il s'était baigné dans sa cuvette, il avait feuilleté ses livres. Dans la cour du château, on était certain de l'avoir souvent vu et entendu '. — Le surintendant général de la Marche, André Musculus, était continuellement tourmenté dans son corps par le diable '^, et le célèbre prédicant de la cour de Saxe, Matthias Hoe, racontait que le démon, dans son cabinet de travail, avait souvent soufflé sa lumière, faisant grand tapage et lui jetant des livres à la tète. Chez le surintendant Bugenhagen, il semble que le démon eut moins à cœur de persécuter le maître que la maîtresse de la maison. Mais Bugenhagen avait pour le chasser un moyen, sinon propre, du moins très efficace, et que le prédicant d'Amberg, Sébastien Fröschel, crut utile d'indiquer à ses paroissiens (1563)'.-
A plusieurs reprises, le démon était aussi venu visiter les princes et les grands fonctionnaires de l'État.
Le maréchal Claus Berner racontait, en 1551, au duc Albert de Prusse que, pendant un festin, Satan s'était montré sous une forme visible au margrave Albert de Brandebourg-Culmbach, à l'Électeur Maurice et au duc Auguste de Saxe. A ce sujet, le duc Albert ouvrit
' WuLFius, Lectiones, relation de Coler, t. II, p. 1021-1022.
* Weller, Zeitungen, n» 514.
^ Erläutertes Preusseu, t. II, p. 69-71.
» Voyez ce que dit à ce sujet dans ses sermons, publiés en 1391, Sébastien Artomedes, curé et assesseur consistorial à Königsberg (Schengk, p. 34-35).
= Voy. notre 5= volume, p. 105-110.
'' Spieker, Musculus, t. II, p. 13.
■^ Dans le sermon publié sous ce titre : WU wir uns gegen den Teufel halten mögen (Schenck, p. 23),