LE DIABLE ET LES THEOLOGIENS
une enquête ; il apprit du prince Georges-Ernest de Henneberg que Satan était apparu « sous la forme d'une jeune fille, belle dévisage, vêtue dune robe verte, et ayant au bout des doigts de longues griffes' ». Huit ans plus tard, un prédicant disait en chaire : « Il y a quelques années, un seigneur de haute naissance, que le respect m'empêche de nommer, m'a confié qu'ayant été obligé, pour établir le saint évangile, de balayer toute lordure papiste et d'abolir le culte des idoles, le démon exaspéré était venu plusieurs fois le trouver sous un aspect hideux. Un jour qu'il était assis à table, Satan était entré dans la chambre, semblable à un chien furieux, ou plutôt à un loup, et n'avait fait qu'une bouchée de tout ce qui était servi. Une autre fois, empruntant tout l'extérieur de son domestique, mais beaucoup plus grand que celui-ci, il avait jeté le prince par terre et l'avait accablé de coups; un autre jour, caché dans la peau dun énorme chat noir, il avait pris pour lui parler une voix humaine, lui avait griffé la figure, et avait laissé derrière lui une telle puanteur que tout le château en avait été empesté. Ce chat satanique avait égorgé un petit enfant, puis, transformé en géant hideux, il s'était mis à pousser de tels hurlements que le prince et quelques-uns de ses amis s'étaient trouves mal d'épouvante. « Tout cela, " insistait le prédicant, > je l'ai moi-même entendu raconter à ce seigneur, ces faits se sont passés en l'espace de trois ou quatre ans. » « C'est ainsi que l'ennemi de Dieu, limmortel homicide ose s'en prendre à ceux-là mêmes qui sont placés le plus haut dans la vie. et le prince ajouta qu'il n'était pas le seul de son rang auquel fussent arrivées ces choses, et d'autres tout aussi effrayantes. » Un seigneur papiste étant sur le point de recevoir la communion, le diable, déguisé en chasseur, avait essayé de poser une hostie de poix brûlante sur ses lèvres-.
Chacun savait que le chancelier Krell, après sa disgrâce, avait été plusieurs fois visité par le diable, dans sa prison, sous la forme d'un oiseau noir; les gardiens avaient entendu sa voix, mais sans pouvoir comprendre de quelle langue il se servait ^
Un « terrible exemple, bien fait pour montrer aux chrétiens jusqu'où l'on peut tomber quand on ne résiste pas aux avances du démon, et qu'au contraire on est assez téméraire pour se lier envers lui par un pacte », est rapporté par « une gazette effrayante »
' Voy. notre 3'' volume, oli. vi.
* Voy. le sermon cité p. 472, note 4. Ferner (Panoplia 13) publie « l'aveu » de quelques sorcières. Dans les assemblées des sorcières, un démon, pour se moquer du sacrifice de la Messe, oHre un sacrifice au prince des dénions, en général sous une potence, distribue aux sorcières des hosties de poix brûlante, et leur fait boire dans un calice du soufre qui brûle leurs entrailles comme le feu de l'enfer.
2 Voy. notre 5'' volume.