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LE DIABLE ET HENNING BRABANT

juges, présidés par le bourgmestre Haverland, burent tellement pendant la torture de Brabant^ que tous étaient complètement ivres. Le traître, le complice du diable, fut condamné à mourir dune mort terrible. La veille de l'exécution^ le 16 septembre 1604, un prédicant luthérien fît un long sermon où il expliqua, en premier lieu, comment Fautorité chrétienne doit se comporter envers les criminels et les malfaiteurs; en second lieu, comment les dévots chrétiens doivent envisager de tels châtiments, et en méditer la leçon à l'intime de leur cœur. Le 17 septembre, Brabant, déjà meurtri par la torture,, fut conduit au lieu du supplice^, sur la place du marché. On commença par lui couper deux doigts de la main droite; puis on appliqua des fers rouges sur ses bras et sur sa poitrine; complètement déshabillé; étendu sur un étal de boucher, « on le dépouilla de sa qualité d'homme. >> Afin quil pût supporter sans défaillance toutes ces tortures, on lui administra un cordial. Ensuite, lentement;, le bourreau lui brisa la poitrine avec un marteau de fer, ouvrit son corps, en arracha le cœur, et le lui jeta au visage. Jusqu'à son dernier soupir, Brabant protesta de son innocence, sécriant qu'au jour du jugement il s'élèverait contre ses bourreaux. Son corps fut coupé en cinq morceaux qu'on suspendit aux portes de la ville. On confisqua les biens de ses cinq enfants mineurs, qui vécurent et moururent dans la plus affreuse misère '. ft Un tel châtiment est juste, > conclut la relation qui raconte l'exécution de Brabant, « lorsqu'il est infligé aux complices du diable, aux rebelles, aux fauteurs de trouilles qui conspirent contre l'autorité spirituelle ou temporelle. » « Que chacun se garde des pièges du démon. Vivez tous dans la crainte et Telfroi de le voir apparaître, car s'il égare des personnages d'un rang élevé, comme était ce Brabant, combien ne séduira-t-il pas plus aisément, par ses artifices, des personnes de petite condition ? Ne savons-nous pas qu'il apparaît continuellement aux sorcières, et qu'il faut les condamner au bûcher par milliers ? Combien parmi elles ont dit, pendant la torture, bien qu'elles eussent donné entrée aux démons et fussent en commerce criminel avec eux, quelles aimeraient mieux être emportées toutes vives en enfer que d'endurer de pareils tour-

' Pour plus de détails sur les pièces du procès, voy. F. K. von Stuoubeck, Henning Brabant, Bürger Hauptmann der Stadt Braunschweig, und sein, Zeilgenossen, ein Beilrag zur Geschichte des deutschen Sladt xind Justizwesens im Anfange des siebenzehnten Jahrhunderts, Brunswick, 1829. André Lonner, qui assistait à l'exécution au milieu d'une foule immense de spectateurs, exprima le désir, dans un discours prononcé en présence « des honorables et savants professeurs de l'Université de Giessen«, que les jésuites fussent punis comme venait de l'être Brabant, puisque, comme Brabant et tous les sorciers, ils étaient possédés du diable, et pouvaient être considérés comme des malfaiteurs publics. Voy. notre 5'^ volume, p. 604.

476 IMPIES EMPORTÉS TOUT VIVANTS EN ENFEPi PAR LE DEMON

ments? Beaucoup d"entre elles, d'après les procès-verbaux dressés après leur supplice, ont été exaucées. D'autres criminels ont eu le même sort, ainsi qu'on te la fait savoir, cher lecteur chrétien, par des relations authentiques '. >

Ces « relations authentiques » sur les enlèvements d'hommes vivants paraissaient en i;rand nombre^ surtout à dater de la seconde moitié du seizième siècle. « On peut compter par centaines, > au dire d'un prédicant (1559), « les personnes de tout âge et de tout sexe qui ont ainsi disparu-. » Vers Tan 4550, Henri Wirry. de Soleure, rimait « Tétrange, prodigieuse et très véridique histoire » d'un prêtre et de sa servante; cette dernière, sous les yeux de son maître, avait été emportée par le diable^ L'année suivante, « une gazette nouvelle et effrayante » paraissait à Leipsick, racontant la disparition dune femme que le démon avait emmenée au delà de la frontière; on Tavait vu étrangler la malheureuse dans les airs, puis il avait laissé tomber son cadavre sur la terre. Satan avait montré plus de fureur encore* envers une autre femme; Jean Hermann, prédicant du Mecklembourg, rédigea la relation de cet événement, et le prédicant Érasme Winter loffrit en exemple à ses auditeurs ^ Le 24 juin 1568, non loin de Brandebourg, pendant une noce, une femme qui avait proféré de grossiers jurons avait été enlevée par le diable sous les yeux du curé et du bourgmestre assis auprès d'elle à table. Le démon avait jeté dans quatre rues de la ville un lambeau de son corps: quant aux entrailles, il les avait apportées sur la table du bourgmestre, l'avertissant que, puisqu'il ne voulait renoncer ni à l'usure, ni au blasphème et qu'il refusait de châtier ces vices chez ses administrés, il aurait bientôt le même sort que cette femme®. A Vienne, on croyait fermement, comme on le voit par un sermon du jésuite Georges Scherer (1570), qu'un boulanger, pour avoir blasphémé pendant la procession du Saint Sacrement, avait été enlevé par le diable; Satan l'avait laissé tomber sur un noyer, et le fracas avait été tel qu'on avait cru un moment à un tremblement de terrée Deux « très véridiques et effrayantes ga-

^ Erschrokliohe Zeitung, ivas sich, mit dem Teufels verbündeten und Vendlher Henning Brabant zu Braunschtceig zugetragen, etc., Lauingen, 1606.

- Voy. le passage cité dans la note 3 de la p. 470.

3 Weller, Annalen, t. I, p. 227.

* Weller, Zeitungen, h" 195. On lit dans le registre mortuaire de la paroisse de Kuhlbach : « Anno 1564, la nuil des saints Fabien et Sébastien, le mauvais esprit a pris possession, au Plassenburg. de plusieurs personnes, et les agrièvement blessées. 11 a étranglé deux d'entre elles, le cuisinier et le fourrier du margrave Georges Frédéric » (Spiers, Archivische Nebenarbeiten, i. I, p. 62).

5 \^\s,c.ü,JahrbiXcher des Vereins für ynecklenburyische Geschichte, t. XXII, p. 207.

•* Winter, Encaenia, p. 182.

"Scherer, Postule, Predigt am ersten Sonntag in der Fasten,

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