LA GURRRE DR COLOGNE
Après do longues hésitations, l'archevêque de Cologne s'('tait entin décidé à enti-eprcndre « l'œuvre chrétienne et toute divine, l'œuvre même de Dieu ». « Presque chaque jour ivre, sans avoir pris les mesures nécessaires, sans avoir rien combiné, rien prévu, il se jeta tête baissée dans la plus périlleuse aventure. En octobre 1582, pendant une entrevue qu'il eut à Gesecke avec l'archevêque protestant Henri de Brème, il prit avec ce prélat diverses mesures militaires ; puis, il donna l'ordre à ses conseillers de Westphalie de suivre de pointen point les instructions d'Henri, et, en cas de nécessité, de lui livrer les forts électoraux de la Westphalie. Mais Henri, inquiet pour ses [)ropres domaines, n'avait nulle envie de se compromettre. Il ne tenait pas, comme il l'écrivait à l'Électeur Auguste de Saxe, « à passer pour le directeur de toute cette affaire » ; il pensait bien plutôt à se mettre à couvert de l'orage 2.
Revenu ciiez lui au commencement do novembre, Gebhard, avant do passer ouvertement au Protestantisme, résolut de se rendre maître des places principales de l'archevêché, et en premier lieu de Bonn, persuadé qu'une fois en possession de cette ville il lui serait très facile do soumettre tout le reste du pays. Il fît donc d'actifs préparatifs de guerre, sous prétexte que les frontières occidentales de l'Empire étaient menacées parles armées étrangères, en particulier par les Espagnols et parles Français,et qu'il était de son devoir de les protéger. « La danse a déjà commencé, » écrivaitil le 19 novembre au comte Albert do Nassau; « je travaille maintenant à garnir de troupes mes maisons et mes cités, et je cherche à m'emparer, sous un prétexte ou sous un autre, de celles qui ne sont pas encore en mon pouvoir. Tout cela, naturellement, sous
' PlF.LER, p. rio.
* V. Bkzold, t. II, p. 53, W Cf), note 1.
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couleur d'autre chose, bien que les finauds se refusent parfois à tout croire. Maintenant que les grelots sont attachés au chat, en cas de besoin, je pourrais compter sur de véritables secours. Il ne me manque que de l'argent, et il ne m'en faudrait pas beaucoup pour me tirer d'embarras ^. » L'archevêque menaça Bonn; le Conseil, intimidé par un ordre prétendu du chapitre de Cologne, lui livra les clefs de la ville. Aussitôt, Gebhard fit occuper les fortifications par ses soldats et enlever du château de Brühl, propriété de l'archevêché, tous les vases d'or et d'argent, tous les objets précieux qui s'y trouvaient; il en hypothéqua une partie pour solder ses troupes, et subvenir aux dépenses de son fastueux train de maison.
« Son humeur était loin d'être égale et joyeuse. Souvent, assis à table au milieu de ses farouches capitaines, il restait immobile, pâle et muet, sans toucher à rien. D'autresfois il cherchait à calmer les angoisses de sa conscience par des libations si excessives qu'il tombait ivre-mort sur le plancher -. »
Cédant aux instances de ses amis protestants, il résolut de faire une déclaration publique au sujet de la religion. Après avoir écrit au duc Louis de Wurtemberg qu'il ne songeait pas à établir une réforme générale, mais seulement à concéder provisoirement la liberté de conscience, et qu'il ne procéderait que peu à peu à la « réforme « de l'évêché-', il publia, le 19 décembre, un édit tout rempli de promesses hypocrites. Le Dieu de toute bonté l'ayant conduit hors des ténèbres du papisme pour l'amener à la lumière et à la connaissance de la parole du salut, son plus ardent désir était de passer sa vie dans la paix d'une bonne conscience. Il voulait se montrer en tout digne de sa vocation, digne de sa charge, et confirmer ses fidèles sujets dans le libre et public exercice de la vraie et pure doctrine et dans la réception orthodoxe des sacrements. Il n'opprime--.it les convictions de personne; son désir était d'accorder le libre exercice des deux cu4tes dans l'Électorat, comme l'avait prescrit le traité d'Augsbourg. Il s'engageait à respecter les privilèges et les libertés du pays. Il ne mettait pas en question le droit d'élection
En.nen, t. V, pp. 52-53. « Les dés sont lancés, » écrivait-il deux jours plus tard au comte Jean de Nassau, « il n'y a plus à resenir là-dessus ». v. Bezold, 1. 11 p. 20.
Lettre d'un conseiller de Mayence, datée de Bonn, le 27 décembre 1582. Voy. PiELER, p. 56. Sur la vie de désordre de Gebhard à Bonn, voy. v. Bezold, t. II, p. 52, note i .Dolina dit dans ses mémoires à propos de son séjour à Bonn : « J'ai trouvé toute chose dans une singulière décadence, et particulièrement la crainte de Dieu, et le zèle pour la divine vérité >:. v. Bezold, t. Il, p. oU. 3 E.NNE.N, t. V, p. 63.
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du chapitre; duns le cas de sa démission ou de sa mort, le droit d'élire un nouvel archcvêipie lui demeurerait acquis certainement *.
Peu do temps auparavant, le 17 décembre, Grégoire XIII, dans une lettre toute paternelle, avait rappelé à Gebhard ses anciens et solennels engagements, l'exliortant à fuir tout ce qui pourrait l'entraîner à rompre avecle Saint-Siège; le suppliant de bien rélléchir à l'abîme de maux dans lequel son imprudence pouvait précipiter l'Empire -'. l/archevecjue avait répondu qu'il avait acquis la certitude, par une étude approfondie, que l'Église romaine avait erré depuis des siècles et s'était grandement écartée delà foi de l'antique Église apostolique; que cette découverte l'avait porté à scruter la parole de Dieu, et, qu'enfin il s'était converti à la pure doctrine. Quant à son serment, il lui avait été imposé,il ne l'obligeait à rien; en changeant de religion, il avait obéi à un engagement autrement sacré, à celui qu'il avait prêté à Dieu le jour de son baptême. I.e serment exigé par la cour de Rome blessait la morale en interdisant le mariage des prêtres; ce serment n'obligeait aucunement les consciences, il était contraire à la doctrine des Pères et au droit canon; de tout temps il avait soulevé de nombreuses protestation^. Le Pape devait accueillir avec bonté ses explications, fermer l'oreille aux conseils des flatteurs et, en adoptant la réforme nécessaire, rendre à l'Eglise romaine son antique prestige et son ancienne autorité^.
La déclaration de Gebhard causa une émotion profonde en Allemagne et à l'étranger. Si le plan du prince de l'Église, traître à tous ses devoirs, eût réussi, les conséquences de sa faute eussent été incalculables. « De l'issue de cette grave affaire, » écrivait Minutio Minucci dès le mois de janvier lo8"3 au cardinal secrétaire d'État, (( dépend, de l'avis de tous, le maintien ou la ruine totale de la religion catholique en Allemagne * ». A la cour papale, on comprit de suite la portée de l'affaire, et l'on agit avec beaucoup de fermeté, de sagesse et de prudence. Lorsqu'il ne fut plus possible de douter de l'apostasie de l'archevêque, Rome rompit tout commerce avec lui, et le Pape réussit à diriger la politique impériale dans la droite voie. C'est à cette fermeté de la cour romaine que l'Église doit d'avoir conservé l'archevêché de Cologne ». Il n'est que juste d'attribuer eu second lieu ce grand résultat à l'initiative du duc
' Publié pour la première fois à Bonn les 2ö cl 20 décembre 15S2. v. Bezold, t. II, p. 34.
3 Voy. TmiMii, t.UI, p. 2::;0. Voy. pp. 321-32X ** Voy. Nunliatarberichle,lll, t. I, LUI.
•• Lettre circulaire de GebhaTd, Appendice, n° 1), pp. 08-73.
* Nuntiaturberichte, t. I, 376.
» NuntiatufbericlUe, HL.I, LXIV et suiv.