‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 58 sur 573 · DISCORDES RELIGIEUSES A AIX · texte numérisé non relu

DISCORDES RELIGIEUSES A AIX

Guillaume de Bavière et au chapitre de Cologne; les titres de ce dernier à la reconnaissance des Catholiques sont incontestables.

A dater du moment où il fut avéré que GebhaivJ, en dépit de son changement de religion^ entendait toujours être considéré comme archevêque de Cologne, la presque unanimité des membres du chapitre rompit ouvertement avec lui. Au mois de décembre, le doyen, le duc Frédéric de Saxe-Lauenbourg, convoqua au landtag les comtes, chevaliers et villes de l'archevêché à Cologne, et les invita à examiner avec lui ce grave dilemme : Gebhard, bien que luthérien, pouvait-il être regardé, devait-il être obéi, comme le souverain du pays, ou bien avait-il perdu, avec sa foi, sou autorité et ses droits? Quelle conduite fallait-il tenir envers lui? La plupart des princes protestants avaient envoyé leurs délégués au landtag; ceux-ci hrent tous leurs efforts pour empêcher les Etats de prendre parti pour le chapitre, et mirent tout en œuvre, flatteries et menaces, pour le décider à pactiser avec Gebhard ^. Ils envoyèrent même une adresse à l'Empereur, pour le supplier de ne plus s'opposer à « l'entreprise très chrétienne » de l'archevêque, puisue celui-ci « n'avait fait qu'obéir à sa conscience, et qu'il n'était mû que par un zèle tout désintéressé pour la gloire de Dieu et pour la tolérance religieuse. Ils affirmaient en outre que Gebhard ne songeait en aucune façon à persécuter la religion catholique. Mais l'Empereur « ne se laissa pas prendre à toutes ces belles paroles ». Il écrivit au doyen pour le féliciter de sa courageuse attitude (16 janvier lo83), et pour l'exhorter à prendre avec énergie la défense de la religion catholique dans son diocèse. Les ambassadeurs du Pape et de l'Empereur, les délégués du slathouder, ceux d'Alexandre de Parme, et ceux du duc de Julicrs-Glèves, travaillèrent activement à faire voter une résolution déhnitive. Alexandre, par l'entremise du comte d'Arenberg, avait promis au chapitre des secours militaires.

Le chapitre résuma les faits devant l'assemblée : Gebhard avait enrôlé un nombre de fantassins et de cavaliers dépassant de beaucoup le chiffre qui lui avait été fixé par la loi; il avait fait occuper militairement la ville de Bonn, et s'était emparé de plusieurs autres cités : il avait confié à des soldats étrangers la garde de la forteresse de Kaisers vverth. Contrairement à la constitution de l'Électorat, au serment prêté à l'Empereur, il avait embrassé la nouvelle rehgion, laissant à ses sujets toute liberté d'apostasier à son exemple. De plus, il s'était marié, et prétendait néanmoins

* E>NEN. t. V, p. 06. Dcpèche du chapitre au Pape, 26 janvier IdSS.Vov. Thixseh, t. III, p. û88.

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conserver le titre et les i)iY-rop;atives d'un archevêque. Plus d'une fois le chapitre l'avait exhorté à se garder du poison de l'hérésie; mais tout avait été inutile. En un semblable cas, les Etats, conformément aux. anciennes constitutions, avaient le droit et le devoir do délier les sujets de leur serment d'obéissance, et de les placer provisoirement sous l'autorité du chapitre. D'ailleurs la paix de religion avait déclaré qu'un prince do l'Église qui abandonnait la religion catholique devait, aussitôt après son apostasie^ renoncer à son archevêché ou évêché, et qu'en ce cas c'était au chapitre à procéder à une élection nouvelle.

Les seigneurs, comtes, chevaliers et villes du pays rhénan déclarèrent adhérer aux conclusions du chapitre, et signitièrontle 2 février 'lo83 à l'archevêque que, s'il restait attaché aux doctrines nouvelles, « il devait s'attendre à les trouver toujours du côté des lois et de la constitution du pays ». Avec l'assentiment tacite des États, le chapitre chargea son doyen de recevoir lo serment de foi et d'hommage des villes, et de protéger par les armes, en cas de besoin, les droits de l'archevêché contre les attentats révolutionnaires de Gebhard *. L'ancien Électeur de Cologne, Salentin d'isenburg, prit avec chaleur parti pour le chapitre.

Une chose inquiétait fort les princes protestants sur l'appui desquels Gebhard croyait pouvoir compter : l'archevêque, en changeant de religion, avait-il adhéré au Luthéranisme ou bien au Calvinisme? Jean-Casimir voulait que, sans aucun détour, il se déclarât pour le Calvinisme et, dans le cas où il n'y voudrait pas consentir, se promettait de lui refuser toute assistance. « Jamais,» s'écriait-il, « je ne monterai à cheval pour le service de la Confession d'Augsbourg, car il faudrait, selon moi, la réviser dans toute l'Allemagne -. » Vis-à-vis des Calvinistes, Gebhard, dans plusieurs entretiens intimes, s'était exprimé de manière à faire croire que toutes ses sympathies étaient pour la religion de Calvin. « Mais, il faut bien avouer, »disait le conseiller La Hugueryeà Jean-Casimir,« que l'archevêque ne peut, sur ce point, s'affirmer nettement; il a trop besoin des secours des princes luthériens. Aussi Votre Grâce pourrait-elle, en attendant, se contenter d'une promesse secrète, signée et scellée de sa main, et par laquelle il s'engagerait, aussitôt après la victoire, à établir dans tout le pays la religion de son choix. Plu-

* En.ne.\, t. V, pp. 71 et smv.

* a ... que tost après son établissement, il ferait une dédaralion de pareille confession qu'il désirait, comme plusieurs autres ont fait et font tous les jours v. La Hlgleuve, t. II, p. 244.

APOSTASIE DE i/aRCIIEVÈQUE DE COLOGNE. 1Ö83.

sieurs prédicants calvinistes, accourus en toute hâte des Pays-Bas, suppliaient Jean de Nassau d'obtenir de Gebhard l'établissement de la « vraie et pure doctrine, à l'exclusion de la doctrine luthérienne et ubiquiste»; c'était, à leur avis, le seul moyen d'empêcher que la guerre religieuse ne suivît prompteraent la guerre laïque. Le ministre Jean Fontanus conseillait d'envoyer à Cologne de bons prédicants flamands: « l'archevêque doit bien se garder, » disait-il, « d'imiter Salomon, et d'établir un royaume divisé contre lui-même dans lequel subsisteraient côte à côte l'Église de Dieu et l'Église de Satan ^ »

Tandis que Gebhard promettait aux Calvinistes « sur le salut de son âme » qu'avant peu ils auraient une Église à Cologne 2, dans ses lettres confidentielles aux princes luthériens, il se donnait pour l'adversaire déclaré « du Zwinglianisme ou Calvinisme, religion opposée do tout point à la parole de Dieu » ; « mais il lui était impossible, » écrivait-il à Louis de Wurtemberg, « d'expulser les Calvinistes avant que l'abomination papiste n'ait été premièrement abolie 'K » Il se plaignait au comte palatin Philippe-Louis de Neubourg, « des ruses et des pièges de Satan » qui, par le moyen de gens turbulents et ennemis de la paix, faisait courir le bruit qu'il inclinait vers le Calvinisme, et songeait à l'établir dans l'archevêché '^ ».

Jean-Casimir, à l'exemple de son père Frédéric 111, avait toujours à la bouche la Confession d'Augsbourg, et prétendait trouver la doctrine calviniste dans la véritable interprétation de cette Confession. Aussi ne se scandalisa-t-il nullement de voir Gebhard, dans un nouvel édit de religion daté du 10 janvier lo83, déclarer qu'il adoptait pour tout l'EIectorat « la prédication publique et l'usage des sacrements, d'ai)rès lesens desÉcritures prophélicjues et apostoliques, et telles que les avait définis la Confession d'Augsbourg, fondée sur les livres saints et sur l'interprétation chrétienne. » Dans ce même édit, il aflirmait n'avoir eu en vue que la gloire de Dieu dans la décision qu'il avait cru devoir prendre : son intérêt personnel, son honneur, sa réputation, sa fortune ne le touchaient point ^.

» Groen de Prinsterer, t. VIII, pp. 172, 193, 240-241.

ä LeUre du 16 décembre 1582. Voy. v. Bezold, t. II, pp. 32-33. Voy. les assurances données par Geljhard au duc Louis. E.n.nen, t. V, p. 39.

ä Rapport adressé par Donha à Jean Casimir. Bonn, 25 déc. 1582. v. Bezold, l. m. pp. 37.38.

♦ V. Aretin, Ma.cimilien, p. 269, note 16.

'■> Lettre circulaire de Gebhard. Appendice w 15, pp. 90-94, Alten and Neues aus dem Schatz theologischer Wissenschaften, llOl, pp. 472. Voy. llauERLi.N, t. Xill, p. 48, nole.

34 APOSTASIE DE l'aRCIIRVKQUE DE COLOf.XE. lo83.

Eli même temps, il pro(lij,'uait l'argieiit, et donnait de splendides fêtes dans son palais de Bonn. Rien que pour son usage particulier, il employait 2G0 chevaux. Il abandonnait le soin de régir ses sujets au comte Adolphe de Ncucnai, nommé gouverneur de l'Électorat et général en chef de son armée, le 2 février 1583. A la même date, Gobhard célébrait ses noces avec la comtesse Agnès ; aussitôt après le festin des noces, craignant que Bonn ne fût attaquée par le comte d'Aremberg, il quilta'précipitamment la ville Ml alla chercher« plus de sécurité »d'abord àDillenbourg, ensuite à Arnsberg. Il avait emporté avec lui une partie des archives et du trésor de l'Électorat; l'autre partie fut confiée au comte de Neuenar, qui la mit en sûreté dans l'un de ses châteaux.

Gebhard écrivit d'Arnsberg, le 10 février, au duc de Wurtemberg « qu'il voyait bien que Satan s'opposait pour tout de bon à son entreprise toute divine, maisqu'il était convaincu que Dieu défendrait son honneur contre les puissances infernales - ». Dans un message expédié à l'Empereur le 19 mars, il lui parlait de son zèle pour la gloire de Dieu, zèle qui lui avait fait un devoir de veiller à la sécurité de ses terresetde sesgens.Sils'étaitmariéc'étaituniquementpar respect pour les desseins de Dieu sur son àme. La loi sur la Réserve ecclésiasrtique, sanctionnée par Rodolphe dans le traité d'Augsbourg, luiavait été imposée par les Catholiques; Gebhard ne se regardait pas comme obligépar cette loi, que les membres delà Confessiond'Augsbourg n'avaientjamais. disait-il. approuvéeni confirmée. Ledevoir de Rodolphe était d'ordonner au chapitre rebelle, surtout à son doyen, de ne plus mettre obstacle à son entreprise très chrétienne non plus qu'à songouvernement, mais, au contraire, de revenir franchement à lui en promettant de s'abstenir à l'avenir de toute rébellion criminelle. Dans le cas où le chapitre persisterait dans sa résistance, Gebhard déclarait que sa dignité et sa conscience le forceraient à recourir à des moyens moins pacifiques, et qu'il n'hésiterait pas à demander aide et secours aux membres de la Confession d'Augsbourg 3.

* Le mariage fut célébré par Pantaleon Candidas, surintendant de Deux-Ponts. Voy. les pièces relatives à ce mariage dans Moser, Patriotisches Archiv., t. XII, pp. 189-lyi. Voy. V. lÎEZoLDi t. II, pi>. 74, n" 92, note 2. Le courtisan Pierre Hess écrivait: « Sponsa in copulatione et prandio tanquam re bene gesta fuit satis lasciva ». Sa sœur, an contraire, avait pleuré. Enne.n, t. V, p. 83. *' Voy. aussi Nuntiaturberichte, t. III, p. 411.

* Ennex, t. V, pp. 83-84.

^ Lettre-circulaire de Gebhard, etc. Ap]>endice n" 31, pp. 201-211. Le jugement porté par Moser sur Gebliard est d'une justesse frappante : « Cet hVpoCrite licencieux trompa autant que cela était en son pouvoir, Dieu, le Pape, l'Empereur, l'Empire, ses amis, ses parents, et lui-même plus que tout le monde. » Patriotisches Archiv., t. XII, p. 115.

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