‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 59 sur 573 · LA GUERRE É\ ANGÉLIQUE DE GERHARD DE COLOGNE · texte numérisé non relu

LA GUERRE É\ ANGÉLIQUE DE GERHARD DE COLOGNE

Dès le 2 janvier, il avait réclamé « pour le succès de sa divine entreprise » l'assistance de Strasbourg; à Strasbourg aussi il était loyen du chapitre ; il pria le conseil d'inviter les villes libres et es cantons calvinistes de Suisse à se joindre à lui pour la défense je la bonne cause ^. Le landgrave Guillaume de Hesse fut informé :|ue l'archevêque était décidé à n'accepter les secours que lui offrait c duc d'Alençon que lorsqu'il serait certain d'être abandonné des Électeurs et princes protestants ^.

Guillaume ne se faisait aucune illusion sur l'affaire de Cologne. ( Quant à la déclaration de l'archevêque, » écrivait-il le 9 janvier, i en admettant qu'elle soit sincère et qu'il veuille réellement ser- ^'ir la vraie religion, il aurait pu sans inconvénient attendre encore ieux ans avant d'agir. De si grands intérêts ne se traitent pas à :a légère; un pareil dessein veut être mûri. Pour bien danser, il "aut autre chose qu'une paire de souliers, comme dit le vieux proverbe 3. » A son frère Louis, qui était venu le solliciter en faveur io l'archevêque, Guillaume répondit par un refus très net: « A ^uoi bon, » lui dit-il, « violer la paix de religion au profit de ce [iebhard ? Malheureusement la division est telle parmi nous que si nous commencions quelque campagne ensemble, nous serions vraisemblablement plus souvent aux prises les uns avec les autres qu'avec notre ennemi *. »

Aux Etats du duché do Westphalie, pays qui relevait de l'électoral de Cologne, les délégués de dix-sept villes déclarèrent, le" 11 mars 1Ö83, « vouloir persévérer dans la religion catholique, et se tenir éloignés de toute nouveauté et changement ». A Arnsberg même, quatre ou cinq voix seulement se prononcèrent en faveur de la religion nouvelle. « A peine si quelques gentilshommes, dont plusieurs étaient tellement ivres qu'ils pouvaient difficilement se tenir debout, jurèrent à Truchsess qu'ils le soutiendraient loyalement et (ju'ils étaient prêts à exposer corps et biens pour sa cause ». A force de ruses, d'intrigues et de menaces, et malgré l'opposition des anciens du conseil, un recez fut adopté. (15 mars) Gebhard y était

/ * * Schriften und Handlungen in Sachen des Cölner Erzbischofs Gebhard. Archives de Francfort.

* V. Bezold, t. II, p. 46.

' Voy. Groen VAX Prlnsteher, t. VIII, p. 16ü. « II est vraiment lamentable que tarn pulchrae fabellae tarn pra3cox datus fucrit actor ».

* Zeilchriß des Vereins fnr hessische Geschichte und Landeskunde, t. III, p. 257. V. Bezolu, t. II, i>. oi, nolc 1.

GEBIIAHD THUCHSESS KT SA « DIVINK ENTRErUlSE ». 1583.

félicité dft s'être laissé diriger par Dieu dans la voie droite « et de setre armé pour mettre un terme à l'odieuse oppression des consciences ». Les États prêtèrent serment et promirent de lu obéir et de lui fournir les secours nécessaires pourvu qu'ils fussent assurés (jue les Catholiques, eux aussi, conserveraient la liberté de leur culte *.

Néanmoins, à dater de ce jour, une ère de violente persécution commença pour les Catholiques. Les prêtres et les religieux qui refusèrent d'embrasser la foi nouvelle furent expulsés. Des prédicants venus de l'étranger prircntpossession des églises. Les pillages et la profanation des éi^lises ne furent plus considérés que comme « le signecertain du réveil de la ferveur religieuse ».«Toutle comté d'Arnsbcrg, » écrivait le conseiller de l'archevêque, Gérard Kleinsorgen, « fut plus (]ue jamais envahi par les gens de guerre, et les pauvres paysans souffrirent pendant de longs mois d'incalculables maux, car ils devaient en toute cnose se plier à la volonté de Truchsess. Cependant, malgré la violence de la persécution, la plupart des catholiques demeurèrent inébranlables dans leur foi-. » « Les brisements d'images, » rapporte un autre contemporain, (( des excès de boisson vraiment dignes de la brute, tels sont les hauts faits quotidiens de Truchsess et de ses grossiers compagnons^ ». Le prédicant Ulrich Melber écrivait avec douleur : « La conduite de Gebhard et de ses soldats dans les églises et dans les couvents, la façon dont les pauvres gens sont opprimés dépassent les forfaits des Turcs, et tous les Évangéliques devraient en rougir *, »

Le couvent de Wedinghausen, entre autres, fut entièrement pillé, l'église fut envahie par les soldats; tout ce qu'elle renfermaitde précieux fut brisé. Gebhard, lui-même conseillait à un religieux « défaire choix d'une belle femme, afin de se bien réjouir, puis de passer à la Confession d'Augsbourg- ^ ». Le recteur de l'école de Werl, resté ferme dans sa foi, fut jeté dans un cacbotet maltraité par les soldats. Werl tout entier était catholique; le jour de Pâques 1583, douze ou treize cents personnes s'étaient approchées de la sainte table; cela n'empêcha pas Gebhard, en dépit de la liberté de conscience tant promise, d'y interdire le culte catholique. Partout il persécutait sans pitié. « Les lansquenets et les cavaliers de Truchsess, » écrivaient les habitants du bailliage de Bilstein, « ont chassé les bourgeois de leurs maisons et propriétés ; ils ont fracturé les coffres

' Kleinsorgen, pp. 41-54.

' HaBERLL\, t. XIII, pp. 174 et suiv.

^ Kleinsorgen, p. 103.

* * Dépêche d'Endcmann, magister d' Arnsberg, 17 juillet lo83.

" Dépêche du i7 août 1583.

Page 1