LA GUERRE DE COLOGNE. 1Ö
Lorsque la paix d'Augsbourg avait été conclue, les membres d'Empire, après de longues discussions au sujet de la Réserve ecclésiastique, avaient uni par accepter la déclaration du roi Ferdinand et, loin de protester pendant la lecture du recez, ils avaient donné de plus grands remerciements à l'Empereur pour sa sollicitude toute paternelle que les membres catholiques eux-mêmes; ils l'avaient signé, et s'étaient engagés à l'observer de point en point. A toutes les Diètes, dans toutes les occasions solennelles, ils lui avaient donné une sanction nouvelle, et la Chambre impériale avait été invitée à baser ses jugements sur lui. Après tant d'années écoulées, il n'était vraiment plus possible de revenir à d'anciennes objections. Auguste, pour sa part, désirait du fond du cœur que la Réserve n'eût jamais été insérée dans le traité de paix, ou qu'on l'eût entendue autrement que ne l'entendaient les Catholiques; mais, à voir les choses sans passion, on était obligé d'avouer que l'interprétation catholique était conforme à la lettre du traité. La campagne entreprise par Gebhard était d'autant plus odieuse aux papistes que l'archevêque s'était empressé de se marier. Les Evangéliques devaient aussi réfléchir à la désunion de leur parti, et comprendre qu'étant très divisés d'opinions et d'intérêts il pourait très bien se faire que, pendant la guerre, de fâcheuses querelles ne se produisissent. Aucun des princes ne voudrait être mis au second plan; personne ne se laisserait conduire, et ainsi, comme l'expérience ne l'avait que trop souvent démontré, on n'aurait à attendre que déceptions et que revers. Pour tous ces motifs, il fallait à tout prix éviter la guerre; un accommodement à l'amiable était bien plus à souhaiter, et l'Empereur s'y montrait tout disposé, il fallait décider Gebhard à accepter une indemnité en échange de sa renonciation volontaire à l'Electorat, puis obtenir de l'archevêque actuel la garantie du libre exercice du culte protestant'. « Quant à moi, je ne lèverai jamais la main pour approuver la révolte et l'ettusion du sang! » écrivait un peu plus tard Auguste à l'Électeur palatin-.
Animé de tout autres sentiments, l'Électeur Louis, depuis le mois de mars, entretenait une correspondance active avec les archevêques de Maycnce et de Trêves; il les encourageait à déjouer les « ruses et les intrigues du Pape,» et, « pourla gloire de Dieuet.le bien général de la bien-aimée patrie allemande, à entrer en lice sansnulle crainte )),de peur que le Pape et sa troupe anti-allemandene réussissent à humilier l'Allemagne, 'îomme ils le souhaitaient si passionné-
' Voy. Blueh, Sammlung, 93-116.
* E.\XE.N, t. V, p. 110.
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ment. Prenant ensuiteleton delà menace, il leur faisait, pressentir ce à quoi ils devaient s'attendre dans le cas, peu probable, selon lui, où ils songeraient à agir contre les intérêts du Saint-Empire et se laisseraient entraîner dans le parti hostile à l'Électeur Gebhard. » Ainsi qu'ils le savaient fort bien, le peuple nourrissait une haine profonde pour le haut clergé; il fallait se garder d'irriter ses ressentiments et craindre de pousser les comtes ruinés et déconsidérés de la contrée à conspirer contre la vraie noblesse. » Les deux archevêques, le 3 avril, avaient supplié Louis de les aider à chasser de leurs territoires les troupes françaises et espagnoles qui y exerçaient les plus allreux ravages, et de travailler avec eux à apaiser la querelle de Cologne. A la même époque, l'Empereur avait prié l'Électeur Louis de dissuader son frère Jean-Casimir de ses projets et préparatifs de guerre. De tout ceci, on croyait pouvoir conclure à Heidelberg « que les prêtres et leurs amis avaient le lièvre au cœur ». « Si l'on prend vraiment les choses au sérieux, » lit-on dans une lettre d'Heidelberg adressée au conseil de Spire, « il est à espérer que les choses prendront une bonne tournure et que la propagation du saint Évangile et la liberté allemande auront enfin de solides assises ^ » Les comtes palatins Jean-Casimir et Jean engageaient, le 3 mai, le conseil de Francfort à repousser les avances de l'Empereur, à ne voir dans toutes ses belles paroles que pure tromperie, puisque l'Empereur n'avait d'autre but que d'abuser les membres d'Empire bien disposés pour l'archevêque', jusqu'au moment oîi la partie adverseauraitobtenu ce qu'ellesouhaitait. » Non seulement la ville devait fournir les secourspromis à Gebhard, mais encore, à l'exemple de Strasbourg, lui accorder un secours supplémentaire, et s'efforcer d'en obtenir un semblable des autres villes -.
A la même date, Jean de Nassau cherchait à gagner Orange et les États généraux. « On ne peut nier, » écrivait-il à son frère, « que l'archevêque n'ait commis de grandes fautes. Il n'est pas encore suffisamment éclairé sur la vraie doctrine ; son instruction est incomplète; il n'égale pas encore les Électeurs et les princes luthériens en zèle et en ferveur. 11 s'est trop engagé vis-à-vis de la Confession d'Augsbourg ^. Il n'a pas su préparer avec intelligence sa difficile entreprise; il n'entend bien ni l'art de gouverner, ni les choses de la guerre ; il n'a point de capitaines expérimentés ; dans son entourage, on trouve peu de gens capables, et beaucoup de
* * Correspondenren und Sclürkungen in Reic/issac/ieH, lôSS-l.'iSS, fol. 17-20. » * Schriften und Handlungen, fol." 121, 123-125. * Schriften und Ilandlumjen, l'ol. SC.