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LA GUERRE DE COLOGNE

brouillons. Il s'est trop appuyé sur les grands potentats et, dès le début, a paru faire trop dépendre le succès de sa cause de la guerre et de ses rigueurs. Mais il faut lui savoir gré d'une chose : il a le papisme en abomination, et s'est nettement prononcé à ce sujet. Souvenons-nous que toute la Westphalie est sous sa dominationqu'il possède des places fortes sur le Rhin et, à Bonn, une belle artillerie ; que cinq cents français au moins sont à sa solde, que Jean- Casimir est sur le point de se déclarer ouvertement pour lui, et va très prochainement se mettre encampagne. Quant aux Électeurs et princes protestants, ils ontdéclaré verbalement et par écrit, à l'Empereur et au chapitre, par l'organe de leurs délégués, « qu'il serait honteux à eux d'abandonner Gebhard, et qu'ils ne le pourraient faire sans déshonneur ». « On peut dire encore, en faveur de Gebhard, que le chapitre a usé de violence envers lui, que les troupes espagnoles ont été appelées dans l'arclievôché, et enlin que le Pape l'a excommunié nous faisant bien connaître par cet exemple comment il se propose d'agir dans l'avenir envers les Électeurs et membres d'Empire (lui viendraient à nous, et qu'il déposerait de même, par la loi de son bon plaisir. » I.e point le plus important, c'était d'obtenir des secours des Pays-Bas. Dès le début, Gebhard avait compté sur l'appui de Jean-Casimir et du prince d'Orange; il eût voulu voir les intérêts des Etats généraux et les siens se fondre en une seule et même cause. Aussi conseillait-il à Guillaume de l'informer au plus tôt des secours qu'il pensait pouvoir lui fournir, soit en argent, soit en hommes, en navires, munitions ou services quelconques, et de lui faire dire s'il n'y avait rien à espérer du côté de Liège, car c'eût été selon lui« chose très désirable que de pouvoir tenir l'adversaire éloigné du pays de Cologne et de la Westj)halie * ».

Mais le plus ardent champion de Gebhard, c'était le roi calviniste Henri de Navarre. Henri appelait sa cause « sainte et noble »• car il se flattait, grâce à elle, de liguer toutes les puissances protestantes contre la Maison d'Autriche et le roi d'Espagne, et peut-être d'obtenir pour lui-môme la couronne impériale. Au mois de juillet, il avait envoyé en ambassade aux souverains protestants le président de son conseil secret, Jacques de Ségur-Pardeillan, et le jurisconsulte JofTroi de Calignon. Tous deux s'étaient d'abord rendus près d'Elisabeth d'Angleterre, à laquelle ils avaient exposé la situation de la part de leur maître : tandis que les princes protestants d'Allemagne cherchaient à se mettre d'accord pour empêcher qu'un prince de la Maison d'Autriche ne parvînt à l'Empire, la con-

' Voy. les Scriftstùcke vom Mai-Jani 15S3, dans Groen van Priksterer. t. Yll], pp. 191-;214.

4f, LA (;üKRRK OK COLOr.NK. Io83.

version de l'arohevè(|ue Gebliard était veinie au l)ori inoinent faire pencher de leur côté le nombre des voix au collège électoral. La reine était suppliée, pour la défense de la bonne cause, de déposer en lieu sûr, en Allemagne, une somme de 200.000 thalers. Henri, de son côté, enverrait dans le même but une somme considérable et quantité de précieux joyaux. La ligue des puissances protestantes serait alors plus forte que celle des Catholiques. Mais, pour combattre avec succès la Maison d'Autriche et « le monstrueux Antéchrist romain », pour conduire à la victoire « TEgiisc orthodoxe », Henri regardait comme indispensable d'obtenir premièrement l'union des églises luthériennes et réformées.

Elisabeth, par les lettres qu'elle remit aux ambassadeurs français, recommandât vivement cette union aux princes allemands et au roi de Danemark. Elle leur faisait en même temps des offres brillantes, dans le cas où ils consentiraient à entrer dans les vues d'Henri |de Navarre.

Les agents d'Henri IV, traversant les Pays-Bas, se rendirentensuite chez les princes luthériens, et s'efforcèrent de leur persuader que, non seulement en Allemagne, mais en France, Luther était considéré comme le véritable fondateur de la doctrine évangélique; que les Protestants français le regardaient comme le premier et le plus digne successeur des Apôtres, qu'ainsi le nom de luthériens leur convenait aussi bien qu'à leurs frères d'Allemagne, au lieu que les désignations de Calvinistes, de Zvvingliens, étaient fâcheuses, en ce sens qu'elles semblaient poser une barrière infranchissable entre les lils d'une même mère. Sijusqu'à présentla concordance entre les confessions protestantes n'avait pu être obtenue, il'ne fallait pas pour cela désespérer de l'avenir. Les princes allemands devaient faire tous leurs efforts pour réunir le plus tôt possible toutes les églises évangéliques en un synode général, où la concorde et l'unité religieuses pourraient être rétablies. Mais quand bien même il serait Impossible d'y réussir, les membres d'Empire luthériens n'auraient pas le droit de s'opposer plus longtemps à une alliance politique avec les réformés. En premier lieu, ils devaient réfléchir à la gravité de la situation actuelle : l'affaire de Cologne importait à l'intérêt général du Protestantisme; ensuite, personnellement, ils pourraient en retirer do grands avantages. Philippe dEspagne n'avait qu'un tils unique, faible et maladif; l'union de sa dynastie avec la branche allemande des Habsbourg était à prévoir; nul doute que la fille ainée de Philippe n'épousât prochainement l'Empereur, ou l'un des frères de l'Empereur. Or ce que serait l'alliance de l'Espagne avec l'Allemagne pour les membres d'Empire évangéliques et

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pour la lil>ert('' de la patrie, on pouvait aisément se l'imaginer en se rappelant ce qui s'était passé du temps de Charles-Quint. Mais si les membres d'Empire persévéraient dans leur attitude hostile et ne voulaient entendre parler d'aucim rapprochement avec les réformés de l'étranger, plus encore qu'autrefois ils seraient incapables de vaincre, et do l'emporter'sur les deux branches unies des Habsbourg. Si, au contraire, ils entraient dans les vues de Gebliard et s'opposaient à Ernest de Bavière et aux membres d'Empire catholiques, le Protestantisme serait par tout vainqueur, car ayant majorité dans le collège électoral, les Évangéliques seraient en mesure, non seulement de détruire l'alliance de l'Empire avec la monarchie espagnole par l'élection immédiate d'un roi romain issu d'une autre maison, mais encore il leur deviendrait facile de placer la couronne impériale sur la tète d'un prince favorable à leur religion ^.

Voilà pourquoi le roi de Navarre appelait « sainte et noble » la cause de Gebhard. Voilà pourquoi il la regardait comme la question la plus importante qui se fût présentée depuis des siècles dans la Chrétienté. « Aucune, » écrivait-il à Jean-Casimir, « n'est d'une plus haute portée au point do vue de l'abolition du papisme. »

Tandis que Gebhard et ses farouches soldats « travaillaient en Westphalie à la propagation du saint Évangile », Jean-Casimir se hâtait d'enrôler des troupes, impntientd'aidcr ((d'une main prompte et hardie au triomphe de la cause sainte, à la ruine de l'Antéchrist de Rome, à la dispersion de sa horde impie'^ )>. A plusieurs reprises, l'Empereuravait lancédesédits contrelui. «Auméprisde nos ordres, et violant les lois de l'Empire », avait-il dit, « le comte palatin a rassemblé des troupes ; il a désigné publiquement, prè.s de Worms, un

* DuPLESSis-MoRNAY, t. 11, pp. 272, 284, 289. Dépûches d'Henri au roi de Suède, au roi de Danemark, etc., eu juillet 1583. Berger de Xivrey, t. I, pp. .531, o'V.i, 540, 557. Voyez, pp. o02-o64, ce qu'il écrivait le 31 juillet à l'Empereur, auquel il désirait prouver, « omni çenere ofticiorum atque ob.sequiorum, •> combien il lui était attaché. Scgur devait avant toute chose révéler à l'Empereur toute l'abomination papiste. Voy. l'instruction d'Henri (15 juillet 1583) dans l'Incendiant Calvinisticani pp. 178-189. SuGEXHETM, Fronkreich's Einßiiss, t. I, pp. 385 et suiv. ** V"oy. v. Bezold. Rudolf II, and die heilige Liga, pp. 353, 365 et suiv. Sur l'écrit intitulé Incendiant Calv, voy. Lossen, dans les comptes-rendus des séances de l'Acad. de Munich, classe de phil.et d'hist. 1894, cahier J. pp. 140 et suiv. L'auteur s'efforce d'y prouver que l'écrit doit être attribué au conseiller de Bavière Erasme Fend.

5 Dépèche du 18 juillet 1583 et du 12 mars iü9o. Berger de Xivuey, t. I,pp. o4i-

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