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lieu où il compte les passer en revue; il ose faire garder par ses soldats les passages et les routes; il va jusqu'à entraver la circulation des navires marchands sur le Rhin. Le cardinal-légat, André d'Autriche, lui a vainement demande, ainsi qu'à lÉlecteur palatin, un laisser-passer;et non seulement ilneluiapaspermisde continuer son voyage, mais il retient en prison plusieurs personnes de sa suite. Nous lui ordonnons de les mettre immédiatement en liberté, de ne plus encourager à l'avenir les armements qui se font en sa faveur, de cesser de fomenter dans l'Empire de funestes querelles, de ne plus menacer les membres d'Empire pacifiques, ses voisins; enfin de ne plus avoir l'audace d'occuper ou d'intercepter les routes ou les fleuves. »
Mais pour Jean-Casimir les ordres, les édits de l'Empereur ne signifiaient absolument rien, car il se considérait comme « l'instrument de Dieu, le champion du Christ, destiné par lui à procurer sa gloire ». Au moyen de la guerre, il voulait fonder la paix. D'un absolu désintéressement, ilavaitété calomnié par« l'engeance maudite del'Antechrist de Rome »;on l'accusait de chercher son intérêt et son propre avantage, tandis qu'il n'agissait que pour la liberté de la patrie allemande '.
Il ne tarda pas à donner des preuves de ce parfait désintéressement dans un traité secret, conclu le 12 avril avec Gebhard. Parce traité, Gebhard s'engageait à lui céder, à lui et à ses descendants, l'archevêché de Cologne, avec toutes les villes, bourgs, châteaux, douanes, routes, casuels, prébendes, revenus y attenant, avec droit pour lui d'administrer tous ces biens, et d'en user selon son bon plaisir jusqu'à ce qu'il se considérât comme entièrement dédommagé de toutes les pertes qu'il avait subies. Le 15 avril, Gebhard lui avait remis tous ses pouvoirs, lui avait donné le droit de lever les secours consentis par les membres d'Empire protestants, et même de prélever en cas de besoin de nouvelles sommes sur ses revenus i)ersonnels -.
Aprèsque Jean-Casimir eut pris ainsi toutes sessûretés, et« lorsque la grandeur future de la Maison Palatine, zélatrice de la vraie religion, ennemie de toutes les sectes, ne fut plus pour lui chose douteuse )>, il se mit en marche, à la tête d'environ sept mille hommes. Le duc Guillaume de Bavière apprit par l'un de ses agents que le docteur Beuterich, le plus influent des conseillers
• Euirelien de Casimir avec le conseiller de Mayence Pierre Breuer, cité dans une relation de celui-ci datée du 19 juillet 1583; voy. la correspondiince citée plus haut p. 42, note 1 (fol. Ti).
- V. Bjezold, t. 11, pp. Ü4-9Ö, n° 118.
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du Palatin, avait confié à un très intime ami, dans le plus f^rand secret, que le vrai dessein de son maître était de chasser de TÉlectorat non seulement l'ancien archevêque, mais encore l'archevêque nouvellement élu afin de se mettre en leur placée Jean -Casimir écrivait lui-même dans ses Mémoires (octobre lo82) : « Si l'archevêque ne peut se soutenir à Cologne, il faudra bien qu'il me résigne rarchevêché; j'y aviserai 2. »
Avant de se mettre en marche vers le Rhin, il lança un manifeste dans le genre de celui qu'avait autrefois public Albert de Brandebourg-Gulmbach au début de « la guerre évangélique ^ ». S'il avait pris les armes, assurait-il, ce n'était pas pour son propre intérêt ou avantage, mais purement pour la gloire de Dieu, pour le maintien de la paix publique et de la paix de religion, et pour la défense de la liberté allemande. Son humeur paciîîque était coimue de tous, à l'intérieur comme à l'extérieur ; mais i! s'était vu contraint d'opposer une résistance énergique à la tyrannie et aux attentats sanglants du Pape. Au mépris de la majesté impériale, de la véritable religion et des libertés de l'Empire, le Pape, violant la paix d'Augsbourg, avait osé excommunier l'archevêque Gebhard après l'avoir dépouillé de tous ses titres et dignités; il préparait un bain de sang à tous les Evangéliques. L'Empereur, abusé par les nonces, vivait dans la fausse persuasion qu'un membre d'Empire ecclésiastique, quand il passait à la religion évangélique, devait rentrer dans la vie privée, et cette erreur expliquait sa conduite; mais on ne devait pas le suivre dans cette voie. Pour la paix et la liberté de la nation allemande, il était indispensable que la Réserve ecclésiastique, décrétée en haine de la Confession d'Augsbourg, fut abolie, et que l'affranchissement du culte protestant fût enfin proclamé. Les membres catholiques, par le glaive et le feu, par la proscription, le déni de justice, par leurs votes dans les assemblées d'Empire, par l'adoption de lois arbitraires dans les évêchés et les villes libres, s'acharnaient contre les Confessionistes de la manière la plus odieuse, et nourrissaient contre eux une haine implacable. Tous leurs attentats, tous leurs actes n'avaient qu'un unique objet: affaiblir les Evangéliques et préparer leur ruine ; le Pape secondait leurs efforts de tout son pou-
» V. Bezold, p. 148, n» 193.
* V. Bezold, t. I, p. 557.
3 Voyez notre troisième vol. pp. 711,719 etsuiv.Le médecin Elisée Röslin avait tiré l'horoscope du prince ; là il lui rappelait qu'étant, par sa mère, de la famille du margrave, il était naturel qu'il tînt beaucoup de lui. Il prédisait un soulèvement prochain de l'Autriche, de la Styric et de la Carinthie et concluait par cet appel : a Ouvrez les yeux, fermez le poins:, prenez la lance en main. » v. Bezold, t. II, pp. 129-130. Voyez HâBERLL\, t. XIII, p. 158, note 66. Zeitschrift des berçfischen Geschichtsvereins, t. XII, p. 86.
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voir; il envoyait en Allemagne ses nonces, ennemis de toute paix; il encourageait le> progrès des Jésuites, cette perfide engeance, ces ennemis de rAIlcmagne. Le Pape était le véritable Antéchrist, à lui seul devaient être attribués tous les fléaux qui, depuis tant de siècles, désolaient la Chrétienté; lui seul, par ses fureurs, ses guerres, ses conciles impies, était cause de tous les maux dont gémissaient les chrétiens. Les Électeurs ecclésiastiqucset les princes devaient, pour secouer le joug de Rome et s'afrranchir enfin de sa tyrannie, s'unir avec les autres membres d'Empire et désormais ne plus obéir (ju'à un seul chef, l'Empereur. Ce serait là agir vraiment dans l'intérêt de la patrie, de la liberté et de la concorde générale. Considérant le noblo but d'une si belle entreprise, chacun l'approuverait de ne pas s'en laisser détourner. S'il prenait les armes c'était uni(juement pour défendre l'Empereur, lésé dans ses droits *.
C'est ainsi que la guerre de religion était ouvertement proclamée. On chargea les troupes indisciplinées, à demi sauvages, qui envahirent l'archevêché vers la lin d'août, de mettre à exécution le plan de Jean-Casimir. Un poète palatin s'éciiait :
« Réveillez-vous, Allemands,
Réveillez-vous, soyez attentifs à mes paroles,
Vous tous qui détestez l'iniquité et les calamités publiques^
Songez aux maux qui vous menacent!
Réveille-toi, Empereur romain,
Montre-toi digue de tes ancêtres!
C'est de ta couronne qu'il s'agit.
Vous tous, princes et Electeurs,
Ne vous laissez pas aveugler par de fausses apparences,
Agissez pendant que le fer est chaud,
Hàtcz-vous, agissez sans retard,
Grâce à vous la gloire de la noble Allemagne ne périra jamais 2. »
« Jean Casimir, » disait l'archiduchesse Marie d'Autriche, « sème toutes sortes de maux dans la Chrétienté; on le prendrait pour le messager du démon, mais je suis très certaine qu'il recevra bientôt sa récompense 3. »
Le comte palatin « se trompa dans ses calculs w. Les forces de l'archevêque Ernest étaient de beaucoup supérieures aux siennes : Guillaume de Bavière ne s'était pas contenté de fournir à son frère d'importantes sommes d'argent; il lui avait envoyé un renfort de
1 Ausschreiben, etc. ['J^3. Voy. en le titre complet dans HäBERLi.N, t. XIII, p. 358, note.
- Zeitschrift des bergischcn Geselùchttverein, t, XII, p, xcvi, 3 Hlrter, t. I. p. 22o.
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1000 cavaliers et de 4000 fantassins. « J'espère, >•> lui avait-il écrit, « que ce sont de braves gens, et non des soudards comme les gens de Casimir ^ ». « Le pays eut iiorriblement à souffrir pendant cette campagne; des deux côtés on ne fit point de quartier : mais, en fait de vol et de pillage, les soldats de Casimir l'emportèrent de beaucoup sur tous les autres. » Sans suivre aucun plan déterminé, le Palatin parcourait la campagne, pillant et ravageant partout où il portait ses pas. Les églises et les couvents surtout furent saccagés, et souvent incendiés.« Les pauvres gens des campagnes, traqués comme des bêtes fauves, se sauvaient tout nus; nous nous tairons sur les actes d'impudeur sauvages qui se commirent pendant cette funeste campagne. » Gebhard se rendit au camp de Jean-Casimir à Luisdorf et de là il lança un manifeste où il exaltait « son en reprise toute divine et chrétienne ». Il ne s'était proposé qu'un unique but : l'extermination de l'engeance des prêtres et la ruine du Pape, ce représentant, non de Dieu, mais du diable, cet oppresseur des consciences, cet homicide d'àmes. Parce qu'il avait refusa d'adorer le Pape, voulant servir Dieu seul, on l'avait dépouillé de ses dignités, malgré la volonté de Dieu, l'honneur et le droit. Dans le diocèse de Cologne, on avait préféré l'erreur à la parole divine, c'est pourquoi le Seigneur, afin de châtier ce pays, lui avait envoyé les Jésuites,qui y avaient rétabli les abominables idolâtries inventées par le Pape » -. La principale occupation de Gebhard, c'était de rédiger des lettres de ce genre; le reste du temps se passait à table, et dans l'orgie. « Rarement on le trouvait en pleine possession de son bon sens; il buvait du matin au soir •^. Jean-Casimir lui-même était obligé de reconnaître (ju'il préférait la volupté et les plaisirs à toute pensée sérieuse *. »
(Juant aux plans de Jean-Casimir, ils étaient, au début de la campagne, « singulièrement vastes ». « Mais ses beaux rêves semblaient s'en aller en fumée, comme tant de châteaux, de villages et de fermes incendiés par son ordre ». Il n'avait pas douté de la victoire; il s'était flatté de terminer promptement et heureusement la guerre de Cologne. Après la paix et la conclusion d'une alliance avec les États généraux, il s'était proposé de conduire son
' V. Aretin, Maximilian, pp. 262-271, note 19.
* Enne.\, t. V, pp. 128 et suiv. Jusqu'en 1578 Gebhard avait défendu les Jésuites contre les calomnies des Calvinistes. — Bi.vxco, t. I, p. 223.
^ « Ouamdiu in hac arce Luisdorfensi morabatur,raro sobrius Tisus est. Consur^ gebal mane ad sectandam ebrietatem,potandum(iueusque ad vesperas.oAb Isselt, p. 341.
* ExxEX, t. V, p. 30. Voyez les quatre chansons satiriques composées sur Gebhard et Agnès dans la Zeitschrift des berçjischen Geschichtvereins, t. XII, pp. 77-86.
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année dans les Pays-Bas, et d'unir les forces de rAllcmagne, de la France et de l'Angleterre pour une action commune et l'extirpation radicale de la religion catholique. « Ce sont là de saints et louables désirs, >> écrivait de Bonn l'ambassadeur d'Angleterre à la reine Elisabeth; « mais, à mon avis, des désirs i rr(''ali sables ; je crains fort (ju'ils ne s'en aillent en fumée ^ »
« Notre marche ressemble de plus en plus à celle de l'écrevisse, » lit-on dans une dépêche écrite le 21 septembre 1580 au camp de l'Électeur palatin, aux environs de Mühlheim : « Truchsess est avec nous : il ne fait rien qui vaille; il est saoul presque tous les jours après son dîner, et quand il a cuvé son vin, ne fait que tracasser les gens, et n'est d'aucun secours à Casimir; à cause de son incurie, on ne peut, en ce moment, se servir de son artillerie. Casimir est un peu déconcerté, voyant que les choses ne marchent pas. » a Les paysans du Juliers commencent à se soulever; quand ils peuvent se saisir d'un des nôtres, ils le tuent comme un chien. Déjà un assez grand nombre d'entre eux a péri de cette manière. Je ne puis trop en vouloir aux paysans, car on en use plus mal avec eux que je ne l'ai jamais vu faire encore en pays ennemi. » La mésintelligence ne tarda pas à.^e mettre entre les Allemands et les Français: « Hier soir et ce matin encore un certain nombre de soldats de l'un et l'autre parti se sont battus, et plusieurs ont étés tués. » « Les Français, » lit-on dans une autre dépêche,« ont vraiment le diable au corps, et sont très mécontents -. » « La campagne de Casimir, » écrivait à Cassel un conseiller du landgrave Guillaume, «a étési pitoyablement conduite qu'elle sera un jour pour tous un sujet de sarcasmes et de railleries ^. »
Persuadé que la campagne entreprise par son frère aurait une heureuse issue, l'Électeur palatin Louis avait invité les Électeurs protestants, les princes et membres d'Empire de sa religion à se réunir àMulhausen, <'n Thuringe. Sa lettre de convocation portait: « A une époque où la lumière évangélique brille d'un si vif éclat, le Pape a osé déposer et excommunier l'archevêque de Cologne. Il semble, par l'insolent mépris qu'il témoigne à la religion évan-
• « A godly -wishe, but aa impossible acte, to my capacity ; al! which in my opinion wil! résolve into smoke. » Wiugut : Queen Eli:abei/i, t. II. p. 2^. Voyez GnoE.N VAX Prinsteker, t. VIII, p. 274.
' Voyez V. Bf.zoi.d, t. II, jjp. 164-166.
ä V. Bezold, t. II, p. 160.