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LA GUERRE DE COLOGNE

gélique, aussi bien que par ses nonces, qu'on ne connaissait presque plus en Allemagne, vouloir nous persuader que le Concile de Trente doit être obéi et que la paix de religion n'a plus aucune valeur. Il s'efforce, non sans succès, d'exciter les Catholiques contre nous. A Cologne, il a fait déposer l'archevêque par des chanoines rebelles, malgré les articles de la paix civile et religieuse et avec le concours de troupes étrangères, comme si Gebhard se fût rendu indigne du haut rang qu'il occupe dans l'Église par sa conversion et par son mariage. Chacun sait que les membres de la Confession d'Augsbourg ont protesté, dès le début, contre la Réserve ecclésiastique, et que jamais ils n'y ont eu égard. Pour s'en convaincre, il suffirait de citer l'exemple de tant d'archevêques et d'évèques qui se sont convertis, mariés, et n'en sont pas moins restés en possession de leurs évêchés. Il est bien évident, par conséquent, que le Pape et son parti ne cherchent qu'un prétexte, qu'une bonne occasion pour assouvir leur liaine contre ceux qui se sont détournés de sa pernicieuse et idolâtre doctrine^, et se sont convertis de tout leur cœur à l'infaillible parole de Dieu ; il veut détruire la liberté des Électeurs et princes ecclésiastiques; il espère, comme autrefois, faire encore tout plier sous son autorité. Les plaintes des nôtres sont tous les jours plus amères; la religion chrétienne est persécutée, et la ruine totale de la nation allemande est proche, si l'on n'emploie toute son énergie à déjouer les complots de la cour de Rome. Dans ce but, tous les membres de la Confession d'Augsbourg doivent se réunir, aviser ensemble aux mesures à prendre, soutenir l'Électeur de Cologne, entin obtenir de l'Empereur l'abolition de la Réserve ecclésiastique. Les serments tyranniques par lesquels les princes et Electeurs ecclésiastiques sont forcés de se lier envers le Pape doivent aussi être abolis, ou du moins modifiés, afin que le saint Évangile puisse se maintenir et se répandre. De plus, il faut obtenir que les sujets et vassaux établis sous les autorités papistes ne soient plus assujettis aux censures ecclésiastiques et contraints de s'expatrier, et qu'il soit permis aux villes libres d'établir la Confession d'Augsbourg, afin que tous citoyen allemand soit libre d'embrasser la vraie religion. Il ne faut pas mettre un moindre zèle à faire aboutir la réforme de la Chambre Impériale, réforme depuis si longtemps attendue. » Avec l'assentiment des Électeurs de Saxe et de Brandebourg, Louis convoquait à Muhlhausen pour le 26 octobre les conseillers politiques des princes et membres du Saint-Empire; il était urgent, selon lui, de mettre un terme à tous les malentendus, à toutes les discussions dont la religion était devenue le prétexte : tous ne devaient viser

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qu'un but unique : la ruiue et la défaite de l'ennemi de tous les Chrétiens, le Pape*. »

Que la conciliation pût rtre réellement obtenue à Mulhausen, beaucoup de membres d'Empire protestants en doutaient fortement. Le conseil de Worms écrivait à celui de Strasbourg le 2 octobre « qu'il savait de bon lieu et de personnes dignes de foi qui le lui avaient confié en grand secret, que les Electeurs de Saxe et du Brandebourg n'étaient nullement disposés à se laisser engager dans une « correspondance et action communes » contre les papistes. Ces princes étaient d'avis que les Gonfessionistes ne restaient pas dans la légalité; que leur prétention était contraire au texte de la paix de religion, et avouaient que le Pape de Rome, de temps immémorinl et de par un imprescriptible droit, était libre d'élire ou de destituer les hauts dignitaires de l'Église -.

L'assemblée de Muhlhausen n'eut pas lieu. Un événement ^ inattendu vint renverser tous les projets des palatins. L'Électeur Louis, qui en avait pris l'initiative et en était « le directeur », mourut subitement le 12 octobre 1383 3.

A dater de ce jour, la guerre de Cologne prit une fâcheuse tournure pour Gebhard. Jean-Casimir ne songea plus qu'à prendre possession du Palatinat, ei la situation de l'archevêque devint critique. ;< L'aveuglement inintelligent des chefs, la cupidité, la méfiance et la peur croissent tous les jours parmi nous, » écrivait vers la fin de 1383 le comte Jean de Nassau au prince d'Orange, « et chez nous l'énergie, la bravoure brillent si bien par leur absence qu'il semble que la fin du monde soit proche. » Jean-Casimir était parti précipitamment, et l'on s'apercevait maintenant qu'en dépit de tous les avertissements donnés, on avait réuni pour ladéfense de « la bonne cause », une foule d'éléments disparates dont il était impossible d'espérer la fusion et dont il n'y avait rien à attendre. Tout se passait de telle manière « que l'ennemi lui-même n'aurait pu souhaiter rien de mieux ». Gebhard cependant se maintenait encore en Westphalie où il avait établi « la religion », « mais il y avait, en ce pays, une si grande disette de serviteurs de Dieu vraiment capables et sans reproche dans leur conduite, qu'on ne savait qui mettre à la tête des églises et des écoles. « Tout se serait autrement passé, » ajoutait Jean de Nassau, « si Gebhard eût distribué les

* Voyez Leiimaxx, pp. rii0-3o2. Voyez celle leUre circulaire dans Scliriflen und Handlunfjen, fol. :23S-2i4.

- * Worms à Strasbourg, 2 oct. 1583. Schriften und Handlungen, fol. 260-

' * Francfort à Worms, 13 oct. io83. Scliriflen und IIandlun{jen, fol. 206.

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emplois dans sa chancellerie comme dans l'armée avec plus de discernement, et s'il eût su mettre un peu d'ordre dans son gouvernement et dans le train de sa maison *. »

Avant que Jean-Casimir ne se mît en marche, les délégués de Mayence, de Trêves, de Saxe et du Brandebourg réunis à Francfort avaient invité Gebhard à déposer les armes, à renoncer à l'archevêché de Cologne, et lui avaient promis qu'à ces conditions une pension lui serait servie sur le produit des douanes et sur les revenus de l'archevêché. Mais Gebhard, encore maître de la Westphalie, avait rejeté avec hauteur ces propositions, disant qu'il ne consentirait jamais à une renonciation qui serait (c injurieuse (( à Dieu )). Dieu lui avait ordonné d'humilier la puissance romaine, et rien ne serait capable de le détourner de son but ~. Voyant que les voies de la douceur ne réussissaient point, Guillaume de Bavière pressa l'Empereur de prononcer enfin le ban d'Empire contre le perturbateur de la paix, et de veillera la prompte exécution de sa sentence. A ce môme moment, à la cour impériale, on avait déjà l'ait des avances aux Électeurs protestants touchant de nouvelles tentatives de conciliation religieuse; une conl'ércnce devait s'ouvrir àRothenbourg sur la Tauber. Mayence, Trêves, la Saxe, le Brandebourg, l'archiduc Ferdinand et le duc Louis de Wurtemberg avaient été invités à s'y rendre, mais non le Palatinat ni la Bavière.

A l'ouverture de cette assemblée, les commissaires de l'Empereur déclarèrent en son nom que tous scselïorts pour décider l'archevêque Gebhard à unerenonciaton volontaire de l'archevêché en échange de dédommagements convenables, avaient échoué. Vainement il avait essayé d'empêcher la reprise des hostilités; à Francfort, les négociations des Électeurs à cet effet avaient été infructueuses; les partis continuaient à lever des troupes; de tous côtés, s'ourdissaient dans l'Empire de dangereux complots. Si, au lieu de l'aider à faire respecter les lois, on continuait à soutenir les rebelles qui les violaient audacieusement tous les jours au mépris de l'autorité souveraine, tout ordre, toute justice allaient infailliblcmentpérir. 11 n'était bruit partout que de ligues, de conspirations, d'émeutes, de désastres. Il fallait à tout prix maintenir avec fermeté ce qui avait été résolu; le nom, l'honneur, la réputation de l'Empire devaient être respectés ; les étrangers, jaloux de semer la discorde et la guerre en Allemagne, ne devaient plus être encouragés à des expéditions de vol et de pillage sur le sol de l'Empire. L'Allemagne ne devait pas

' Voyez Groen van Prinsterer, t. VJII, pp. 275-283. - Voyez Ennex, t. V, pp. IIC, lil, 142.

ISSUK DK LA niERRK DK r.ni.OONK. 1584.

devenir un sujet de risée pour la Chrétienté. Les délégués des membres dEuipircdevaicnt cliercher, avec les commissaires de l'Empereur, le moyen de l'aire cesser les préparatifs de guerre contre rardievûcliédeColojJrncet prendre des mesures énergiques pour que les lois de l'Empire relatives à la paix publique, à la paix de religion et aux enrôlements militaires fussent strictement respectées; on aviserait ensuite au moyen de réconcilier les partis religieux, afin que la concorde put être partout rétablie. Les représentants des Électeurs de Saxe et de Brandebourg et ceux du duc de Wurtemberg refusèrent d'entrer dans toutes ces questions, et prétendirent qu'ils n'avaient reçu de pouvoirs et d'instructions que pour la continuation des pourparlers de Francfort. Les délégués de Mayence, de Trêves et de l'archiduc Ferdinand, dirent-ils, ont proposé à l'Empereur d'ordonner à Truchsses, l'auteur de tout le mal, de déposer les armes, de restituer à l'archevêque nouvellement élu tout ce qu'il lui avait enlevé, en le menaçant du ban d'Empire en cas de désobéissance. A leur avis, ce plan offrait de graves inconvénients; il valait mieux employer les voies de la douceur que de s'exposer à prolonger la guerre*. L'ambassadeur de Saxe, Erich Volkmar de Berlepsch, dit au docteur Wimpheling, chancelier de l'Électeur de Trêves, que, selon lui, le meilleur moyen d'arriver à la paix serait de mander à Rothcnbourg l'ancien et le nouvel archevêque, de les entendre tous deux et de les mettre d'accord. « A quoi bon les faire comparaître devant nous, » répondit le chancelier, « puisque nous connaissons les faits, et qu'on ne saurait les mettre en doute? Les deux adversaires n'ont-ils pas été entendus à plusieurs reprises? Gebhard Truchsess n'est-il pas allé jusqu'à se glorifier de ses actes ? 11 est incontestable que le même pouvoir qui l'a élu et confirmé a le droit, après mûr examen, de lui ôter la dignité dont il ne le reconnaît plus digne. L'autorité et le droit de juridiction du Pape sur le clergé catholique n'ont jamais été ni restreints ni contestés par la paix de religion; au contraire, ils ont plutôt été confirmés, comme le dit expressément la lettre du traité, stipulant que les droits d'élection, de confirmation, etc., demeurent acquis à ceux auxquels ils ont appartenu de tout temps. Pas plus aujourd'hui qu'autrefois ou ne nous décidera, nous autres Catholiques, à nous séparer de nos chefs légitimes, et nous ne laisserons jamais entamer en la moindre chose les droits imprescriptibles du Saint- Siège. Si l'on veut agir avec droiture et selon l'antique loyauté allemande, si l'on veut poser les fondements d'une concorde durable,

» V. Bezold, t. III, pp. 2Ü3-204.

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