ISSUE DE LA GUERRE DE COLOGNE
il est indispensable d'accorder aux Catholiques la même liberté qu'aux Protestants *. »
Les « darigereux complots » auxquels les commissaires impériaux avaient fait allusion continuaient en effet de menacer l'Empire, bien qu'au moment où l'assemblée de Rothcnbourg se sépara, sans avoir rien décidé, la tentative de Gebhard pût être considérée comme à peu près avortée. Le 13 août 1583, Rodolphe avait fait prévenir le conseil de Francfort de prendre des mesures énergiques, parce que la ville était menacée d'un grave péril ; certainsaudacieux préparaient un coup de main; on voulait ^s'emparer de l'argent déposé à Francfort en prévision de la guerre turque'^. Peu de temps auparavant, le conseil avait exprimé les mêmes anxiétés à un délégué de l'Électeur de Mayence;le comte palatin avait dit, en présence de plusieurs personnes, ce qu'il viendrait au bon moment à Francfort et qu'il comptait}' régler le compte des marchands ». Acelale déléguédeMayence avait répondu que son maître l'Électeur avait reçu de son côté des lettres de menaces, l'avertissant qu'on ferait sauter son « siège de prêtre », qu'on incendierait Mayence, et que les prêtres en seraient seuls responsables. Ne s'étaient-ils pas toujours opposés aux Évangéliques? On découvrit en effet de la poudre en grande quantité dans la ville, car il se trouva des traîtres parmi les conjurés. On croyait que le comte palatin Georges Hans de Veldenz, « également redouté de tous les partis, prince dépravé et méprisé de tous, » était pour beaucoup dans le complot et se proposait de piller Francfort à son aise sous prétexte de défendre l'Évangile ^. » En 1583, Georges Hans avait menacé ses propres parents, avec lesquels il était brouillé depuis longtemps, de mettre le Palatinat à feu et à sang, et de se venger de telle sorte que jamais le pays n'aurait vu pareille violence». Georges 'conspirait à la fois avec les Espagnols et les Français; en cas d'extrême nécessité, il parlait môme de s'associer
* V. Aretin, Maximilian, pp. 275-276. Le 6 mai 1584, le chancelier de Trêves écrivait au nonce à propos des réclamations des Protestants à Rothenbourg: « Truchscssii flagitia nobiscum sese execrari simulant et eum auctoritate Cfcsaris et Ordinum omnino repellendum promittere videbantur, si Summi Pontificis auctoritate abrojjata, hujusmodi in futurum episcopatuum causao Cœsari et Ordinibus Imperii decideadai concederentur ». Mais cette proposition fut repoussée avec énerj^ie par les Catholiques. Voyez Theiher, t. III, p. 494. Les commissaires impériaux expliquèrent à l'assemblée que la paix de religion n'avait ni suspendu ni annulé la juridiction du Pape, surtout en pays catholique, puisque sans cela la paix n'eût pas été« pax concordiœ », mais « magis dissolutio, imo ipsa discordia pacis ». v. Bezold, t. II, p 203, notel. ** Sur l'assemblée de Rothenburg, voyez d'abord Hiru, t. II, pp. 490 et suiv., et aussi Nuntiaturberichte t. III, n» 1, p. G88.
* * Archives de Francfort. Kaiserschreiben, XV, fol. ii5. ■* * Relation du délégué de Mayence, 26 mars 1585.
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aux papistes, etdcleschoisirpourles instruments de ses vengeances; puisrpi'il ne possédait rien, il entendait que les comtes palatins, ses parents, fussent cornuK; lui réduits à la pire détresse '. Autrefois il avait tenté de s'emparer par la ruse et la violence de l'évèché de Spire ou de l'arclievêclié de Trêves, qu'il se proposait de donner à son (ils Georj,'es-üustavc:;; maintenant il espéraitfaire élire ce même fils coadjuteur de Gebhard. Le bohème Wenzel Zule^^er, zélé calviniste, et principal instigateur, sous Frédéric III, de la politique, belliqueuse des princes palatins, avait engagé Gebhard, en novembre 1583, à se servir deGeorges Hans. « Il désire, » lui avait-il écrit «aider son fils à acquérir une grande position. » Zulcger désignait «t^s hommes par l'entremise desquels le comte palatin et ïruchsess, unis au roi de Navarre et au prince de Gondé, pourraient entrer en relation avec les Églises de France et des Pays-Bas-'. Le 5 décembre, Gebhard pressait les Calvinistes français de lui envoyer au plus tôt un fort secours d'argent, si la chose leur était possible. « Si je parviens à me maintenir, » écrivait-il, « avant peu l'Antéchrist tombera mort sur le sol '' ■ »
« Mais il était trop tard. » Vers la fin de janvier loSi, Bonn, la place forte principale de l'archevêque, tombait au pouvoir de l'Électeur Ernest; en mars, l'armée de Gebhard, déjà bien diminuée, était taillée en pièces àTerburg surl'Yssel. Bientôt après ses troupes évacuaient le duché de Wcslphalie. Il comptait encore sur l'aide et la protection de Guillaumed'Orange; mais ce prince, même s'il l'eût voulu, n'eût pas été en état de venir à son secours. Après plus de vingt ans d'etforts, après avoir employé tous les moyens imaginables pour détacher la population des Pays-Bas de la toi catholique et armer les sujets contre leurs maîtres héréditaires, Orange, en mars 158i, était obligé d'avouer, dans une lettre confidentielle à son frère, « que la grande majorité de la population était restée fidèle à son roi ei à sa religion '■'' ».
« Abandonné de tout le monde, » Gebhard se tourna, en dernier
> V. Bkzold, t. II, pp. 170, 17S, 234, 23o.
- Voyez plus haut p. 3.
» V. Bkzold, t. II, pp. 199-200.
* V. Bezold, t. II, p. 181.
' « La puissance du Roj'd'Espaigne est telle en ce pais que sans y faire passer ny Espaiçnol, ny Italien, en moins d'un an. sans aulcune armée il peult exterminer la religion presque de tout le pais et, peu de temps après, de toul le reste de nos voisins.Z,e nombre da peuple ij-u'ilfavoriseet qui est sa relùjion surpasse infiniment quasi partout, qui fera tout ce que luy sera commandé par l'Espaignol, comme il se voit journellement; car si l'ennemi vient à gaigner quelque ville ou part de pais sur nous. le peuple faict entièrement et servilement tout ce qu'il veult, et aussitosl. » Groe>- de Prlsstlrer, t. VIII, p. 358.