‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 71 sur 573 · CONTRE LES PRÉTENDUS COMPLOTS DES JÉSUITES · texte numérisé non relu

CONTRE LES PRÉTENDUS COMPLOTS DES JÉSUITES

nière Diète quelques ambassadeurs n'aient pas craint de dire tout haut que le traité d'Augsbourg devait être considéré comme nul depuis le Concile de Trente i. A notre avis, le Pape lui-même y regarderait cà deux fois avant d'en finir avec la paix de religion ; il faudrait pourcela qu'il fût parvenu à opprimer etdétruireentièrement le Calvinisme de France, car autrement il lui serait vraiment trop difficile, à l'heure actuelle, de prendre le taureau par les cornes. » Mais, au dire de Jean-Casimir, une foule de renseignements et négociations secrètes semblaient conseiller aux Evangéliques la plus grande vigilance; les bulles papales récemment publiés, les serments prêtés par de nouveaux évèques, tout était fait pour les décider à l'action. Le 12 août 158:2, pendant la Diète d'Augsbourg, l'Électeur Jean de Trêves s'était fait sacrer par le cardinal légat et deux au très évèques, fait où les Protestants voyaient une injure-. On faisait aussi courir le bruit que le Pape allait excommunier les Électeurs temporels et les dépouiller de leurs dignités et de leurs biens. Jean-Casimir se servait de cette fable comme d'un épouvantail pour affrayer Auguste. « Je fais peu de cas, » lui écrivait-il, « des rapports qui prétendent que ces excommunications sont déjà un fait accompli; mais ces bruits ont circulé à la cour de l'Empereur, et je tiens d'un papiste eminent que sans aucun doute le Pape a résolu de mettre hors de l'Église les Électeurs temporels. S'il retarde la publication du décret qui les dépouille, c'est, dit-on, par égard pour quelques vieux cardinaux, et parce que le Pape attend l'issue des événements de France. » Dans l'excommunication annuelle du jeudi saint, affichée l'année précédente dans l'archevêché de Trêves, les Luthériens, les Calvinistes et les Zwingliens avaient été nommés les premiers. « Lejouroùle Pape verra que les choses prennent une bonne tournure en France, rien ne l'arrêtera plus, il excommuniera tous les Gonfessionistes; il frappera leurs terres d'mterdit et trouvera facilement des gens prêts à servird'instrumentsà ses vengeances, sinon dans l'Empiredu moins à l'étranger, en Espagne, ou en Italie ; les membres d'Empire, ecclésiastiques et tous les papistes se mêleront volontiers au jeu ^. » « Des renseignements très dignes de foi » avaient déjà annoncé qu'à Augsbourg quelques membresd'Empire papistes avaientraisde côté

1 Ceci se rapportait à une question de l'ambassadeur de Juliers qui, pendant un vote relatif aux villes, à la Diète d'Au-sbourg (17 août 1382), avait demandé« si les villes étaient comprises dans la paix de religion intérimaire ». v. Bezold, t. I, p. 507, note 2.

ä Voy. V. Bezold, t. Il, pp. 296-301.

'■> V. Bezold, t. II, pp. 316-318.

78 CONTIli: LES PRÉTENDUS COMPLOTS PAPISTES. lo8o,

100,000 ducats pour la j^uerre, etdes personnes « dont letémoignage était des plus respectables » avaient vu de leurs propres yeux un mémoire signé des trois Électeurs ecclésiastiques où il était longuement parlé de la manière dont le traité de Passau pourrait être éludé et la paix de religion abolie K

« Tous ces discours, toutes ces nouvelles » avaient fait réfléchir l'Électeur de Saxe, et l'Électeur Jean-Georges de Brandebourg s'en montrait, comme lui, préoccupé. Enfin Auguste manda près de lui Ségur, l'ambassadeur d'Henri do Navarre, et se déclara prêt à soutenir le roi et les Calvinistes français, en union avecles autres princes protestants 2.

Le 18 janvier loBG, Auguste et Jean-Georges adressaient à l'Empereur un long mémoire « sur les dangers extrêmes que la ligue catholique faisait courir à la patrie bien-aimée ^ ».

Dans ce mémoire,les Jésuites étaient désignés comme les ligueurs les plus ardents et les plus dangereux. Un fait extraordinaire qui s'était passé à l^rague avait clairement démontré aux plus naïfs « (jue les disciples de Loyola méditaient le massacre général de tous les Confessionistes ».

Il s'agissait d'un « dessin » publié par les Jésuites de Prague en 16Ü0 et dédié à l'Empereur et à tous les chevaliers de la Toison d'or. On y voyait « la vigne du Seigneur » entourée de tous les chevaliers teutoniques. Au premier rang paraissait l'Empereur, le roi d'Espagne et les archiducs. Des bêtes féroces se jetaient sur eux pour les dévorer. Au-dessous de l'image quelques vers célébraient l'héroïsme des vaillants guerriers qui défendaient l'Église contreles hérétiques et les Turcs.

Le docteur Luc Oslander, chapelain du duc do Wurtemberg, s'était chargé d'expliquer le sens elfrayant de cette image dans son Avertissement aux chrétier.s sur les projets sanguinaires des Jésuites et sur leurs complots pervers. « Satan, » disait-il,« ne peut dissimuler plus longtemps les griffes aiguës de ses bien-aimés et fidèles serviteurs les Jésuites, et cette image nous fait comprendre toute l'horreur du complotqu'ils out formé. Les plus hauts potentatsde la Chrétienté ont résolu de surprendre les membres d'Empire confessionistes, de les exterminer et de détruire en tous lieux la doctrine évangélique. Si les Jésuites ont jamais le dé en main, voilà sans aucun doute comment ils en useraient avec nous, car ils ont juré la mort de quiconque refuse de recoanaîtr.! le Pape romain pour le

iDroysen, 2^, p. 349.

- Voy. SuGExiiELM, Frankreich' s Einfluss, t. 1, pp. 407408.

^ DiioYSEN, 2'', p. 349.

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