POUR LA DÉFENSE DES JÉSUITES
représentant du Christ et pour un Dieu terrestre. Ceux qui s'abstiennent de leur culte idolâtre sont condamnés dans leur esprit, et leur homicide complot doit être exécuté au lieu môme où la Confession d'Augsbourg a été écrite et présentée à l'Empereur Cliarles-Quint. » Tout ceci avait été révélé par des lettres confidentielles échangées entre Jésuites, et qu'on avait saisies. Deux discours, « dont on pouvait, au besoin, montrer les originaux, et dont très certainement les Jésuites avaient eu connaissance, » prouvaient aussi la culpabilité des Prres. Là tous les moines, tous les prêtres, étaient invités à courir sus aux Évangéliques. Comme troisième preuve de « la perversité sanguinaire des Jésuites », Oslander al'firmait qu'on avait vu quelques-uns de leurs Pères à la tête d'une procession de gens armés et que des Jésuites déguisés en gentilshommes et partant des chaînes d'or au cou, avaient traversé l'Allemagne en poste afin de n'être pas reconnus et de mieux dissimuler leurs perfides desseins. » Ces preuves suffisaient.
« Oui, » poursuivait Oslander, « si les Jésuites pouvaient noyer l'Allemagne dans le sang, ils le feraient avec joie, car de tout leur pouvoir ils travaillent à nous perdre. )) Et plus loin : « Les Jésuites sont les enfants de Satan, les messagers du diable, les dignes émissaires du Pape; ils préparent un bain de sang à tous les pieux chrétiens, ils veulent provoquer en Allemagne, et partout où le culte cvangéliquc est établi, des massacres cfïroyables. »
Oslander s'adressait ensuite aux membres d'Empire catholiques : « Quiconque protège les Jésuites et leurs amis, » leur disait-il : « quiconque aide et fortifie le royaume du Pape, court à l'enfer, non pas au trot, mais à bride abattue; car il approuve des crimes odieux, et il est aussi coupable que s'il conduisait un tyran armé dans la maison d'un honnête citoyen, afin de donner toute liberté à ce tyran de déshonorer les enfants d'un innocent ^ ».
Lorsque Guillaume de Bavière se plaignit au duc de Wurtemberg ies propos calomniateurs de son chapelain, de la haine et des méfiances qu'il entretenait parmi les membres d'Empire, le duc lui fit répondre « que les avertissements d'Osiander étaient justifiés ït nécessaires ^ » .
« Oslander essaye de persuader à toute l'Allemagne, » écrivait e Jésuite Georges Scherer au duc Guillaume, <( que nous ne sommes
' L. OsiAxoER, ]Varnan(/, {, '6, 7, 11, 14, 17, •2i.
^ Sattler, t. V, p. 9j. Yoy. Stieve, Die Politik Ba'jerns, t. I, pp. 150-13 I.
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oecupés joui" et nuit que de complots, d'intrigues sanglantes; que nous sommes des perturbateurs de la paix, des séditieux, des assassins, des êtres féroces et monstrueux. Il ose même jeter le soupçon sur les souverains catholiques: il s'elibrce de faire accroire aux Gonfessionistes que nos princes veulentorganiser une ligue nouvelle, ({ue cesontdes êtres déloyaux et parjures, qu'ils s'apprêtent à fouler auxpieds la paixde religion, àsurprendreles princes luthériens, aies égorger, aies exterminer.il exorte ensuite tous les hauts personnages de son parti à prévenir les dangers qu'il imagine, à ne pas s'endormir, à prendre leurs mesures à temps. Or, quel est le but de tout ceci, dans l'état actuel des choses, au milieu de nos tristes discordes, si ce n'est d'exciter la haine, de provoquer la persécution des innocents et la métiance entre les gouvernants? Que tel soit réellement leur dessein, la haute intelligence de Votre Grâce peut facilement le reconnaître. Les princes chrétiens n'ont pas besoin de mes conseils pour savoir parfaitement ce qu'ils ont à faire et ce qu'ils ont à éviter. Quant à nous autres Jésuites, il ne nous a pas paru convenable de garder le silence en présence de tant d'iulames insinuations et de si odieuses calomnies; nous nous sommes décidés à défendre notre innocence et notre honneur par la réfutation raisonnée, approfondie de ces mensonges ; non pas qu'il s'agisse ici de nos personnes, car nous prendrions aisément notre parti de ces injures et de procédés encore plus injustes avec une patience toute chrétienne. Si nous nous défendons, c'est afin que le Saint-Évangile que nous prêchons en tous lieux dans toute son intégrité ne reçoive de ces indignités aucune éclaboussure, et que la diffusion de la parole divine et de la sainte doctrine ne soit ni entravée ni retardée dans l'esprit des crédules, de ceux qui ajoutent volontiers foi à tous les contes que débitent contre nous ceux qui nous veulent tant de mal. » Scherer aurait dédié au duc son livre, intitulé : v L'innocence des Jésuites défendue contre les morsures venimeuses de l'araigne Oslander ^. » Tout d'abord il somme Oslander d'apporter quelque
' Ingolstadt, 1386. Scherer dit, au sujet de cette gravure, qu'elle ne se rapportait qu'àdes guet-apens et à des attaques de brigands : « Si tu avais bien ;regarde l'image donttudis tant d'horreurs, tu aurais compris que les Jésuites de Prague n'ont jamais voulu peindre la majesté imperiale, les princes, les grands personnages dans le sens que tu dis etcommes'ils avaient été chercherdans leurs tanières et leurs cavernes les animaux férocespour les attaquer a Timproviste ; mais simplement que des animaux féroces étant sortis de leurs lanières et de leurs demeures pour attaquer la vigne du Seigneur, la dévaster et la détruire, les princes, comme de bons gardiens, comme les pasteurs et les patrons delà vigne, s'étaient unis courageusement pour les chasser. Qu'y a-t-il là de séditieux? Ou'y a-t-il de criminel? N'est-il plus permis de se défendre? Le droit naturel et écrit ne le permettent pas ? Pourquoi l'Empereur, les rois, les princes et les seigneurs auraient-ils le droit, l'autorité et la puissance en