‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 74 sur 573 · LA BAVIÈRE ET LA LIGUK CATHOLIQUE. I · texte numérisé non relu

LA BAVIÈRE ET LA LIGUK CATHOLIQUE. I

« Si les Calvinistes sont un jour nos maîtres, ils no toléreront ni de loin ni de près aucun catholique, et Dieu sait, alors, quel sera le sort des Luthériens, car les Calvinistes parleront de paix, de mansuétude, de liberté de conscience, tant qu'ils seront les plus faibles, mais dès qu'ils se croiront les plus forts, ils ne vous donneront plus d'autre liberté que celle de vous convertir à leur doctrine, ou bien de vous expatrier, avec vos femmes et vos enfants. Heureux, en ce temps-là, qui pourra sauver sa peau et sa vie ^ ! »

« En présence de toutes les ligues, de tous les attentats protestants, )) disait le duc Guillaume de Bavière, «les membres dErapire catholiques restent impuissants et désunis. » Il eût voulu voir les princes les plus en état de se défendre s'entendre du moins sur les mesures à prendre, au cas où l'un d'eux serait attacjué ou opprimé, contrairement aux articles de la paix de religion.

« Il faut bien nous persuader, » écrivait-il, « que nos adversaires no s'arrêteront pas en chemin, et (ju'avecle temps ils s'enhardiront jusqu'à tomber sur les Catholiques au moment où\ ceux-ci ne s'y attendront point ». « Chacun de nous est à même de voir et de constater, » disait-il encore en août io85 aux Electeurs ecclésiastiques réunis à Coblentz, « les complots pervers au moyen desquels les Confessiouistes veulent, par tous les moyens imaginables, fouler aux pieds et anéantir la paix de religion, dans le but de ruiner, de perdre complètement les membres d'Empire catholiques. Ce qui vient de se passer à Strasbourg, à Halberstadt, à Minden, ne le prouve que trop. Cependant, il ne parait pas prudent d'organiser une ligue en ce moment et de fournir ainsi prétexte à de nouveaux attentats. Il semblerait plus sage de raviver, de fortifier l'ancienne ligue défensive de Landsberg, déjà connue de nos adversaires. Si les trois Électeurs ecclésiastiques consentaient à en faire partie, nous aurions gagné une position sûre, sans éveiller les méfia n ces -. »

La ligue défensive de Landsberg n'avait jamais joué un rôle bien important dans la politique générale de l'Empire; mais à cette date « elle n'était vraiment plus qu'une ombre ». En loSi, l'archiduc Ferdinand, qui régnait alors sur le Tyrol, s'en était retiré; Nuremberg avait suivi son exemple, et ce n'avait été qu'à grand'peine que

' ScHEiuîR, Iieliung,i)p. 2G, 31, 33, 40-47. ' Vo}\ Aheti.v, Majcimilian, -pp. ^88-289.

^* LA HAVIKHE El' LA LKiL'K CATIIOLIuLT:. 1588.

Guillaume avait empcclie l'archevêque de Salzbourg d'en faire au taut^. Les Électeurs ecclésiastiques, paralysés par la peur, refusaien de prendi-e « un enf^ragr-ment quelconque ».inT-me aprrs (jue l'arche vêqucdeMayence.au commencement de lo8(), eut acquis la certitude à l'assemblée de Worms, que le grand objectif du Palatinat et de soi parti était, comme autrefois et plus que Jamais, l'oppression et li ruine des princes eatlioli((ues, et en premier lieu des archevêques e des évêques -. Dans un mémoire adressé à l'Empereur, l'Électeu: avait si^qialé les dangereuses « pratiques » que le ,parti calviniste conduilpar .lean-Gasimir. avait osé poursuivre à Worms durant tout( lasession. Non seulement les palatins avaient refusé de s'inclinei devant le vote de la majorité, mais encore ils avaient tenu dei assemblées privées où tous les votes 'contre les Catholiques avaien été préparés. Aussi les propositions présentées par les plénipoten tiaires de l'Empereur avaient-elles été repoussées. Les Palatin avaient soutenu que la Réserve ecclésiastique n'avait jamais ét( consentie par eux, qu'elle devait être abrogée, et que dans le cai où elle serait intégralement maintenue^, ils ne donneraient v pas ur liard » à l'Empire. Déconcerté, incertain, privé de tout appui, l'Em pereur avait alors demandé au duc Guillaume comment de tel: abus et de si grands périls pourraient être remédiés, « puisqu'i voyait bien que le Palatinat ne visait à rien moins qu'à Toppressior des membres d'Empire catholiques, à l'introduction des erreur: calvinistes, à la suppression de toute obéissance, de tout bor ordre et loi, et, en premier lieu, au mépris de son autorité. »Le du( avait alors parlé du seul moyen efficace de défense, c'est-à-dire d( la ligue de Landsberg, mais Rodolphe avait rejeté bien loin cette idée.« Il faut de toute nécessité, » avait dit Guillaume, «qu'une épé( empêche une autre épée de sortir du fourreau. Si les Protestant: voient leurs adversaires décidés à se défendre et préparés pour h lutte, ils ne seront plus si pressés de se mettre en campagne; mai; dans la situation actuelle, notre clergé restant sans nul moyen d< défense, et les laïques zélés étant en très petit nombre, un jour vien dra infailliblement où les Protestants se jetteront sur nous ». A ceh le vice-chancelier impérial Viehaüser répondit « qu'à la vérité, dans l'état actuel des choses, les membres de l'ancienne religion feraien bien de prendre une résolution énergique; mais que Rodolphe n'autoriserait jamais la ligue défensive de tous les Catholiques ». « Li plus triste discorde règne en ce moment au conseil de l'Empe-

< V. Bkzold, t. II, p, 2;i0, n» 2',H **. Hmx, t. II, pp. 145. 190. 2 Ainsi s'exprime l'archovcque de Mayoncc Wolf'g-ang-, v. Dalborg, dans la lettn de Bosseu citée plus haut.

PERPr.EXITÉS DE i/ëMPEREUR. 1o8G. 85

reur, » écrivait Guillaume le 5 décembre 1386 à l'archevêque de Salzbourg; « les conseillers se jalousent et se détestent les uns les autres ; quelques-uns ne sont pas ennemis des nouveautés religieuses; les mieux inientionnés sont paralysés par la peur i. »

Au château impérial de Prague, même lorsque les intérêts politiques les plus graves étaient en jeu^ la plupart du temps a on laissait les choses aller comme elles pouvaient; en revanche on guerroyait forten paroles m. On était d'ailleurs si dénué de toute ressource que souvent on n'avait môme pas de quoi envoyer un courrier, et Rodolphe témoigna à la maison Fugger, d'Augsbourg, la plus vive reconnaissance, lorsqu'elle eut proposé à la cour impériale d'envoyer à Madrid ou à Rome, par ses courriers de commerce, les dépêches du cabinet impérial 2.

« La question brûlante, » mandaitde Prague l'ambassadeur toscan Urbain en 1586, « c'est l'élection prochaine du roi romain. Jamais l'union du chef et des membres ne fut plus nécessaire, et cependant elle est bien loin d'être faite. Les archiducs se disputent entre eux sur la succession à l'Empire. Chacun se pose en prétendant. L'Empereur hésite. Tous demandent et personne ne sait si et quand cette élection sera possible, car Rodolphe garde sur ce point le plus profond silence. » Continuellement occupé de son mariage avec l'infante d'Espagne, l'Empereur entretenait à ce sujet avec Philippe H une correspondance active, mais ne communiquait à aucun de ses ministres le contenu des lettres reçues ou expédiées, et faisait rédiger ses réponses par ses secrétaires intimes : « Les Protestants, comme on l'assure, ont les yeux fixés sur le roi de Danemark ; cependant personne ne croit qu'ils réussiront à faire élire un hérétique. » « La résistance des Catholiques, les querelles du parti protestant, où tant de sectes sont en lutte, empêcheront tout. )>,(.(. Les Protestants consentiront peut-être à l'avènement d'un souverain catholique, mais à la condition quece soit quelque pauvre sire, bien nul, bien incapable, afin que l'Empire meure d'une fièvre lente, et qu'ainsi le temps nécessaire leur soit accordé pour se fortifier et croître de jour en jour en pouvoir et en influence 3. »

« Jean-Casimiravait un tout autre plan. Il ne voulaità aucun prix entendre parler d'élection avant la mort de l'Empereur, car il espérait que, pendant un interrègne, le roi calviniste Henri de Navarre

' Voy. Aretin, Maximilian, pp. 410, 415.* Oa attribuait au vice-chancelier Viehauser, dans la société romaine, une « profonde antipathie pour les choses et les personnages de Rome ». Voy. v. Bezold, Rudolf II und die heili/je Liga, p. 36ïi, note 1 .

* Voy. Kubaner, t. II, p. 28.

^ Le 28 octobre 1Ö86. nüD>ER, t. II, pp. 2c-26.

86 pomtiqlt: palatine. l.'iSG.

serait appelé à siiccédrr à Rodolphe *. La chute de la maison d'Autriche était son idée fixe. « Si l'Empire. » disait-il en 'I086, « échappait à la dynastie des Habsbourg, les deux royaumes de Bohème et de Hongrie se sépareraient aussi 2, »

Tandis que l'Empereur, sans soutien, indécis et faible, se sentait, ainsi que les Catholiques, absolument incapable de réagir, Jean- Casimir ne cessait de parler des maux dont Rodolphe menaçait la patrie. A l'entendre, l'Empereur, malgré les serments prêtés le jour de son sacre, introduisait des procès, s'immisçait illégalement dans les questions religieuses, excitait, par l'envoi de .ses commissions, les habitants des villes contre leurs autorités, et cherchait à s'assujettir les cités, auxquelles il avait ordonné, surtout aux catholiques, de n'admettre dans leurs conseils que des papistes. Il donnait aussi lesévèchés à des hommes de son parti, et conspirait avec les Polonais pour créer des embarras aux Electeurs au moyen des Jésuites. Il prêtait main forte en tous lieux à la tyrannie du roi d'Espagne; il manquait au premier de ses devoirs, qui eûtété de restituer à l'Empire tout ce que l'Autriche lui avait pris et lui prenait encore tous les jours. Quant aux Electeurs ecclésiastiques, ils pactisaient avec les Guise, ils étaient disposés à leur adjuger la couronnera la condition d'arranger plus tard leurs affaires avec l'aide des Français^ sans compter tous les complots secrets dont il était impossible de rien savoir. Les prêtres conspiraient aussi avec l'Autriche et faisaient tous leurs efforts pour que la prochaine élection ne fût pas libre; pour tous ces motifs, Jean-Casimir appelait de tous ses vœux un interregne.il rappelait, de plus, que les Électeurs ecclésiastiques et les évèques étaient marqués duKsigne de la Bête», qu'ils avaient reçu l'onction papale et avaient accepté, ainsi que l'Empereur, le nouveau calendrier. « Que de maux,» s'écriait-il, « Mayence n'a-tclle pas attirés sur la chevalerie de TEiclisfeld sous prétexte de religion ! Qu'est devenue la noblesse de Wurzbourg, où sont Hütten et Grumbach ! Qu'on songe à tous les nids que les Jésuites se sont faits dans l'Empire, à l'empressement que montrent les nobles pour envover leurs enfants dans leurs collèges ! Les Jésuites trahissent l'Allemagne. « Le Pape a fondé pour eux, à Fulde, une école spéciale, qu'il entretient à ses frais. » e A l'étranger, les Jésuites inventent mille fables, en Alloraagae, ils répandent partout des images et des brochures: tout leur désir est d'avilir les Protestants. Les membres

' « Il faudrait, » dit-il dans ses mémoires. « un interrègne, et ensuite un roi de Navarre. »

- Voy. V. Bezold, t. II, p. 'S'2'i. Voy. plus haut, p. 8.

l'OLITKjUP, PALATINE. l.')8G. 87

catholiques prennent parti pour eux, comme !e duc de Bavière vient do le faire. Il est donc évident qu'il faut à tout prix avoir un autre chef ou favoriser un interrègne. » Le Palatin se promettait de s'entendre à ce sujet avec la Hesse et le Brandebourg, et, par leurs secours, il espérait pouvoir iulluencer la Saxe •.

' Voy. V. Rezoi.i), t. II, pp. 323-327.— IläussEn, ragehiirh ,\>\\. 390 fl suiv., 400, 407, 4lJ9.

CHAPITRK VI

« GUERRE CIIRKTIR.NNE » EN FRANCE. — NÉGOCIATIONS POUR LA FORMA- TION d'lNK ligue PROTESTANTE. — SITUATION DES CATHOLIQUES ET LEUR IMPUISSANCE. lo8G-lo91.

Au mois de février loSO, l'Électeur Auguste de Saxe mourut. Christian I^", qui lui succéda, « était un seigneur très épris de Ja chasse et du vin: pour tout ce qui concernait le gouvernement et la religion, il s'en remettait à son conseiller intime Nicolas Krell, grand partisan de Jean-Casimir, et très porté pour le Calvinisme ». A dater du jour où Krell prit en mains les affaires, v les intrigues palatines-lVançaises trouvèrent pour se développer un excellent terrain ».

En octobre 158(), les princes protestants envoyèrent des ambassadeurs à Henri III, roi de France, pour le supplier de rétablir dans son royaume les édits favorables aux Huguenots. Henri leur fit très mauvais accueil, ce qui les attira d'autant plus au parti du roi de Navarre. Le 24 décembre, le margrave Joachim-Frédéric, administrateur de Magdebourg, lit auprès de l'Électeur de Saxe les plus vives instances pour le décider à la guerre. «L'affaire de France, » lui disait-il, « pourrait avoir en Allemagne le plus heureux contrecoup, et nous mettre en état, chez nous aussi, de tenir tête aux papistes. » « Après le mépris témoigné à nos ambassadeurs, le moment semble venu, » écrivait-il, « de venir au secours des Calvinistes français ; la chose presse, elle est urgente. Les nôtres, à dire le vrai, ne courent pas grand danger^ les papistes ne se mettront pas si vite en train, et leurs plans n'ont encore rien de précis; mais il faut nous souvenir que lorsqu'une fois les Électeurs et princes actuels, si zélés pour la paix, auront cessé de vivre, leurs successeurs montreront plus d'ardeur; pour l'exécution de leur mauvais dessein, ils se serviront du poison et de l'épée. Déjà ils semblent décidés à ne plus tolérer les Évangéliques dans les grands évêchés; aux Diètes, ils commencent à nous contester le siège et la

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