‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 77 sur 573 · IMPUISSANCE DES MEMBRES D EMPIRE CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE DES MEMBRES D EMPIRE CATHOLIQUES

celier de Saxe Krell, conspirait avec Henri et tous deux répétaient à l'envi que l'Empire ne pouvait demeurer plus longtemps sous la domination d'un souverain papiste. Un Jour, en présence de deux témoins, Krell s'était écrié, devant un intendant des finances saxon et un chef militaire, qu'il fallait à tout prix élire un autre Empereur et inaugurer un nouvel état de choses « ; à Torgau, il avait insisté pour qu'une armée de o à 6.000 cavaliers, de 8,000 fantassins et de vini;t-cinq pièces d'artillerie fût promptement mise à la disposition dHenri de Navarre, proposant d'en offrir le commandement au jeune prince calviniste Christian d'Anhalt. Tout devait être conduit dans le plus grand mystère. Les membres d'Empire protestants devaient supporter les frais de la campagne grâce à l'argent qu'Elisabeth d'Angleterre avait promis d'envoyer. On réclamerait l'assistance des Pays-Bas, on occuperait le plus possible les Espagnols, pour permettre à l'armée de franchir la frontière'-. Ce plan fut approuvé, mais on eut beaucoup de peine à trouver assez d'argent pour l'enrôlement des troupes, et ce ne fut qu'au mois d'août que le prince Christian parvint à passer en revue, à Hochheim, une armée composée de b.UOO cavaliers et de t>. 000 fantassins -K

Le 17 janvier l;J91,le docteur Jean Pistorius écrivait au duc Guillaume de Bavière « qu'il ne savait rien de positif sur la ligue des Protestants, mais qu'il était convaincu qu'ils songeaient à unir toutes leurs forces pour soutenir les intérêts d'Henri deNavarre ». « S'il faut le dire, » ajoutait -il, « je m'étonne que notre parti assiste avec tant de patience à ce qui se passe, et qu'on ne songe pas, de notre côté, à prendre des mesures efficaces, et à s'unir. Un grand complot se trame contre nous, et comme nous ne nous occupons pas de défendre notre cause, Dieu, pour punir nos fautes, ne nous protège plus comme autrefois, ce qui nous jette en de singuliers embarras, et nous prépare de grands revers ^. »

En effet, les pouvoirs catholiques, que les Protestants dépeignaient comme si redoutables, restaient timides, divisés, impuissants. En

' KiESLiNG, pp. 107-109.

* Helbig, p. 312.

' Ritter, Briefe und Acten, I. I. p. 23.

* Stie\-e, Die Politik Bayerns, t. I, p. 11, uotc 1.

»8 CE OLE LES PHOTESTANTS l'ENS.VlKNT DES l)l':tJIJi:RATlO.NS DE TOUGA.U

l'i'JO rrvê.|ue Ernest de Bamberg, « redoutant ses voisins ', » cessa delaire partie de la ligue défensive de Landsberg. L'année suivante, on n'eut j)as même le courage, à Munich, d'assembler les États pour j)réparer la réponse aux cahiers de doléances présenté à l'Empereur ])ar les Protestants en JoOO, dans la crainte de « [jrovoquer (juel- (ju'attaque du côté des adversaires - ». Ou s'imaginait que le repos cl la sécurité de l'Empire pourraient être assurés par un accommodement à l'amiable et par l'union des membres « pacihques » des deux religions. La Bavière eût voulu voir la ligue de Landsberg l'ortifiée par l'adhésion de quelques princes confcssionistes et de plusieurs villes luthériennes, ce qui eût lait taire les méfiances et les soupçons que propageaient ics malintentionnés pour compromettre les Catholiques. Pendant l'été de ioOl, Adolphe Wolf -de Gracht, surnommé Metternich, zélé catholique, élevé à Uome au collège allemand des Jésuites et doyen du chapitre de Spire, remit à Guillaume de Bavière, qui l'avait en grande estime, un mémoire sur la situation actuelle des Catholiques. Ce mémoire conseillait de travailler à détruire les préventions des Protestants par « des messages amicaux, des ambassades et des visites atïectueuses » ; ce commerce confiant suffirait, prétendait Metternich, pour détourner les adversaires de leurs mauvais desseins, les faire revenir de leurs préjugés contre l'Église Catholique, et peut-être pour en convertir quelquesuns. Mais afii'i que les membres de l'ancienne religion ne fussent j)lus l'un après l'autre opprimés par des princes turbulents, au mépris des ordres de rEm{jereur et des lois de l'Empire, les Catholiques, selon lui, devaient s'unir et se défendre, élire un chef, rasseml)ler une forte somme d'argent, nommer des capitaines chargés d'empêcher toute tentative d'enrôlement du côté de l'ennemi, et de faire jeter en prison, ou même de punir de mort les principaux fauteurs de trouble. Ces mêmes capitaines devaient aussi se porter promptementau secours des membres d'Empire surpris et dépouillés. Metternich ne désespérait pas de faire approuver ce sage projet par des Pi'otestants amis de la paix, auxquels on ferait comprendre que l'on ne s'unis.sait que par nécessité et qu'on n'avait autre chose en vue ({ue le maintien des lois de l'Empire et le châtiment des ambitieux <|ui tendaient de plus on plus à devenir les maîtres dansl'Einj)ire. Par de telles déclarations, il espérait faire apprécier et estimer la ligue catholique et triompher des méfiances protestantes 3.

>* Voyez sur lui la mono;jraphie de Metz.ver, Ernst von Menjersdorf, Fürstbischof von Bamberg. Bamberg, 1886.

« Stieve, Die Politik Bayerns, t. I, pp. 16, 17. 3 Stieve, Vie Politik Baijerns. t. I. pp. 1^-13.

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