‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 80 sur 573 · MORT DE JEAN-CASIMIR. ESPERANCES DES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

MORT DE JEAN-CASIMIR. ESPERANCES DES CATHOLIQUES

d'cnseiijner aux fidèles la doctrine de Luther. « Les Calvinistes, )> disait-il, «. persuadent à quantité de gens d'une manière scandaleuse que Dieu a créé un grand nombre d'àmes dans le dessein de les damner; qu'il ne veut pas le salut de tous ceux qui entendent sa parole et la reçoivent; que le Christ n'est pas mort pour tous les hommes ; que les prédestinés, même s'ils tombent dans des fautes grossières, ne perdent pas pour cela la grâce et le Saint-Esprit. En chaire,» ajoutait-il, « cette doctrine impie est exposée tout au long aux fidèles avec un zèle inconsidéré; il en est bien plus question que de la doctrine de Luther, ou de l'enseignement d'autres doctes et saints personnages. Une telle manière de faire est dangereuse, et nuit aux âmes simples. Le peuple ignorant et naïf prend le change, et se détache peu à peu de la pure doctrine. » « On me traite de calviniste, parce que j'ai dit qu'il fallait aller assidûment à l'église et ne mépriser aucun prédicant pour des raisons frivoles, puisque nous ne savons jamais à quel moment il plaira au Seigneur d'illuminer nos cœurs par son Saint-Esprit; or qu'ai-je dit là, sinon les propres paroles de Luther? » Pandocheus avait coutume d'appeler Luther « saint Luther », et aussi « le nouvel Élie » ; et néanmoins les Luthériens étaient assez intolérants pour le traiter d'apostat et d'impie. Rieger, prédicant de Nordhausen, persuada au Conseil, dans une suite de lettres violentes, que Pandocheus était un blasphémateur, un « Gham-Lulhérieii » ; que le diable le faisait parler et s'était incarné en lui. « Pendant quatre années consécutives, » écrivait Paudocheus en 1596, « Rieger, dans ses prédications, m'a martyrisé sans relâche, et vraiment jusqu'à la mort. » « Quiconque ose parler de moi avec un peu de bienveillance s'expose à s'entendre dire qu'il a déjà un pied dans l'enfer; même les enfants des rues m'injurient, quand je passe, et m'appellent calviniste *. » Les théologiens d'Helmstadt prirent parti pour Pandocheus : «0 pauvres âmes affiigées de Nordhausen, » écrivaient-ils en 1594, « quel en • nemi de la grâce et de votre salut avez-vous reçu parmi vous? Le démon rivalise de zèle avec Rieger pour vous perdre -I »

A Liegnitz, le surintendant Léonard Kreuzheim fut exilé à la suite d'une dispute soutenue contre lui pendant quatre jours par les théologiens de l'Électorat. Ces derniers rapportèrent au duc que l'accusé « se vautrait dans la même fange que les Calvinistes » ; que de plus il était attaché aux papistes; qu'il avait avoué avoir correspondu avec plusieurs de leurs docteurs, et qu'en parlant d'eux il ne se servait pas du mot de papiste, mais de celui de catholique,

'Pandocheus, Consensus, {>rcfacca<, Apologie, préface A, 3-4. * Pandocheus, Apologie, X*.

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appelant aussi les Jésuites : « ces messieurs de la compaf,'nic de Jésus, l)ieu que les Jésuites » lussent de la compagnie de Satan ^.

Le duc administrateur Frédéric-Guillaume de Saxe, l'un des princes de ce temps les plus dignes de respect, à cause de l'ardeur et de la sincérité de son patriotisme, s'était mis loyalement du parti de l'Empereur et des fidèles amis do l'Empire; aussi condamnait-il avec fermeté« toutes les intrigues et conspirations étrangères ». Par là il s'était posé en ennemi déclaré delà politique palatine. L'Union protestante, dont il avait été tant de fois question, ne s'organisa point : Jean-Casimir, 'qui en avait été l'aîné et le plus zélé promoteur, mourut le 16 janvier lo92; au mois de septembrede la même année, le landgrave Guillaume de Hesse, l'un de ses plus ardents partisans, le suivit dans la tombe.

Les dernières années de Jean-Casimir s'étaient écoulées dans la plus amère tristesse : il était mal avec sa femme, la princesse luthérienne Elisabeth, qu'il accusait de lui être infidèle, et qui vivait dans une sorte de réclusion forcée. Lorsqu'elle mourut, en 1390, on soupçonna fortement son mari de l'avoir fait empoisonner -. La Huguerye, qui rapporte ce bruit, et qui, pendant de longues années, avait été le confident intime de Casimir, rapproche ces soupçons d'ambitieux projets de mariage depuis longtemps caressés par Jean-Casimir. « Après la mort de la princesse, » écrit-il, « le comte tomba dans une si noire mélancolie qu'il en mourut ^. »

Sa mort plongea les Calvinistes dans la consternation. « L'oint du Seigneur, notre unique consolation ici-bas, n'est plus! »s'écriait douloureusement le prédicat Jean Strack en commençant Toraison funèbre du prince; puis il invite en vers toute la nature à pleurer le héros :

Montagnes, vallées, gazons et feuillages,

Aucune rosée ne vous rafraîchira plus.

Avant que vous n'ayez pleuré avec moi

Le bouclier, l'épée, l'arc admirable, du Tout-Puissant.

Le sang généreux du héros chrétien Casimir

Qui toute sa vie aima les combats du Seigneur!

Nous avons perdu deux G :

' EiiRH\riT)r,Presbyteroloffie oder evanr/elische Kirchen-nnd Predigerjesc hichte des Fürstenthum's Liégnilz (Liegnilz, 1789), pp. 'J^-llü. -« ... non sans grand soupçon do poison, m 3 La Huguekye, t. 111, pp. 3i'8-329; t. Il, p. 330.

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