CARACTÈRE DE L'ÉLECTEUR PALATLX FRÉDÉRIC IV
L'archiduc Mathias, comme il en avait été chargé par l'Empereur son frère, ouvrit la Diète de Ratisbonne le 20 décembre 1597. Électeurs, princes et comtes s'étaient tous fait représenter; pas un seul ne vint en personne. Rodolphe, dès sa première déclaration, lit exprimer à l'assemblée toute sa reconnaissance pour les huit mois romains votés eu lo9i et pour divers secours populaires spontanément offerts par quelques cercles. Il se plaignit seulement que l'argent promis par les princes ou n'eût pas été donné, ou ne l'eût pas été en temps opportun, et que les secours populaires n'aient été garantis que pour quelques mois. Du côté des Turcs, on pouvait craindre non seulement de nouvelles incursions dans les terres autrichiennes, mais encore l'envahissement de la Silésie et du Brandebourg; il était impossible de songera combattre avant d'avoir réuni des forces suffisantes. Aussi l'Empereur s'efforça it-il de persuader aux membres d'Empire que leur devoir était de piomettrc ou le pfennig pour tous pendant cinq ans consécutifs, ou trente mois romains pour le même nombre d'années, et de plus, en cas de pressant péril, un secours populaire de 1200 hommes de pied et de 4000 cavaliers ^
Mais personne n'était disposé à s'imposer de pareils sacrifices. Du côté des Catholiques, l'archevêque de Salzbourg, Wolf Dietrich, de Raittenau, prélat de mœurs corrompues, passionné pour le faste et les plaisirs, se montra particulièrement récalcitrant et égoïste. Pour sa concubine, la belle Salomé Alt et ses enfants, aussi bien que pour les palais somptueux qu'il faisait construire, il avait un impérieux besoin d'argent 2. « L'Empire, » demandait-il, « est-il réellement en si pressant danger qu'il soit nécessaire d'entreprendre une guerre si
* Senkenberg, t. XXI, pp. 186-187. Stieve, Die Politik Bayenrs, t. II, pp. 363. 364.
ä ** Voy. Mayr Deisi.nger, WolJ Dietrich v.Baitlenau, pp. 11,37 et suiv., 93 et suiv., 183.
DIÈTE DE RATISBOXiNE. 1S98. ^39
onéreuse? Sommes-nous si près de tomber sous le joug des Turcs? Ce que nous donnerons suffira t-il? Ne fauJra-t-il pas recommencer? » Il ne voulut jamais voter plus de huit mois romains, et, suivant l'exemple donné par les membres protestants aux Diètes précédentes, il déclara qu'il ne se regarderait pas comme lié par les votes de la majorité si celle-ci se montrait plus généreuse. Pour excuser sa conduite, il écrivait à Maximilien de Bavière, qui venait de prendre en main le gouvernement après l'abdication de son père (octobre 1597) : « La misère est telle dans nos pauvres montagnes, les mines sont dans un si déplorable état qu'en pareille circonstance je n'oserais vraiment promettre une somme importante. On ne saurait me reprocher de ne pas vouloir m'engager à ce que je sais ne pouvoir tenir. » « Votre Grâce peut m'en croire, » lui répondit le duc, « ces secours si considérables, venant s'ajouter à d'autres nombreuses et très lourdes charges, sont aussi pour moi bien diflicilcs à promettre. Mais le péril est imminent, et c'est ce qui me décide, car le salut de notre commune patrie est en jeu *. » \.e duc chargea ses délégués d'olfrir de sa part à l'Empereur quarante mois romains, et combattit avec énergie le principe si opposé à la constitution qui laissait aux membres d'Empire la liberté de ne tenir aucun compte de ce que la majorité des voix aurait décidé^ quand il s'agirait do subsides à fournir dans un cas de pressant danger 2,
Les délégués de Bavière déclarèrent, au cours des délibérations, « que leur maître verrait avec peine que, dans un péril si pressant, les votes de la majorité n'eussent pas force deloi pour tout le monde. D'après le droit ecclésiastii]ue et le droit civil, une telle manière d'agir ét;iit absolument injustifiable. Dans les choses de la conscience, chacun était libre de suivre son sentiment; mais il en était tout autrement dans les questions d'argent. Si les votes de la majorité n'obligeaient pas tous les membres d'une assemblée, il deviendrait bientôt impossible d'élire un Pape, un empereur, un roi, ni de rien décider sur aucune affaire; on en viendrait bien vite à refuser de se soumettre à la majorité dans les questions de droit comme dans les questions d'impôt. Qu'arriverait-il si, dans les assemblées des Etats, l'exemple des Diètes était suivi? Il était criminel d'ébran-
1 WoLF, Maximilian /, t. II, pp. 139 et suiv., 150, notes. Stieve, t. II, pp. 383, 386. 410, note 2, 411, note 1, et pp. 262-263 sur les motifs que l'archevêque pouvait invoquer dès 151)6 pour prendre vis-à-vis de l'Empereur une attitude hostile relativement à l'impôt turc. ** Voy. aussi M.vyr Deisinger, Wolf Dietrich v. Raittenau, pp. 67 et suiv.
* Voy. Stieve, t. II, p. 411, note 3, contre l'assertion de Ranke, prétendant que le duc avait soutenu le droit de la majorité plutôt par des motifs religieu.x que par des motifs politiques.
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1er ainsi les fondements mêmes de l'Empire, et de ne pas respecter la constitution. C'était rendre impossible toute action commune; c'était livrer l'Allemagne aux Turcs. Dans le cas où quelque membre se croirait imposé au-delà de ses forces, il restait toujours libre de recourir aux moyens traditionnels que lui reconnaissait la constitution ». Les ambassadeurs d'Autriche tinrent le même langage. Parmi membres les protestants, la Saxe et le Palalinat-Neubourg se rangèrent au même avis *. Ce ne fut qu'en février 1598 que l'archevêque de Salzbourg donna enfin à ses ambassadeurs l'ordre de se conformer aux votes de la majorité.
Après des discussions qui ne durèrent pas moins de trois mois, l'assemblée consentit un secours de soixante mois romains, environ 4.650.000 florins, payables en trois ans, sans préjudice |des sommes en retard, s'élcvant environ à 2.32(3.000 florins. Le recez autorisait les gouvernants, dans la mesure des sommes consenties, à lever un nouvel impôt sur leurs sujets, « ecclésiastiques ou laïques, exempts ou non exempts, aflranchis ou non affranchis; sur les chapitres des grands évèchés, les villes et les bourgeois ayant droit de cité, les hôpitaux dotés de grands biens, et cela sous peine des châtiments d'usage ». Ce même recez menaçait du ban ou d'amendes considérables les membres d'Empire réfractaires ou en retard. La Chambre Impériale était chargée de veiller à la prompte exécution des peines édictées.
Mais, du côté protestant, les princes de Deux-Ponts, de Brunswick, d'Ansbach, de Lauenbourg, de Bade, de Hesse, d'An hait, et les comtes de Wetteravie déclarèrent, l'Électeur palatin à leur tête, que, dans les questions d'impôt comme dans les questions religieuses, ils ne se soumettraient pas aux décisions de la majorité, et ne se laisseraient pas lier par un recez allant au delà des off"res qu'ils avaient faites. Selon leur propre inspiration et leurs ressources, ils entendaient donner ce qu'ils jugeraient convenable de donner. La plupart consentaient bien à promettre quarante mois romains, mais à la condition que tous les griefs relatifs à la religion seraient premièrement redressés 2.
Relativement à ces griefs, « d'importantes et viriles résolutions » furent prises, pendant la Diète, dans l'hôtellerie palatine; mais les ambassadeurs de Saxe, du Palatinat-Neubourg, de Veldenz, de Mecklembourg, de Poméranie et du Wurtemberg refusèrent constara-
« Stieve, t. II, pp. 39i-395.
2 Senkenberg, t. XXI, pp. 188 et suiv. Sattler, t. V, pp. 208 et suiv. Wolf, Maximilian, t. II, p. 149.
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ment de prendre part à ces réunions '. Le duc de Wurtemberg avait recommandé à ses ambassadeurs de se tenir toujours du coté des membres delaConfession d'Augsbourg dans toutes les questions intéressant la religion, et de prendre bien garde à ne pactiser en quoi que ce soit avec le Palatinat et les Calvinistes.« Ce sont les ennemis jurés des l^uthériens, » disait-il, (( et la paix de religion ne les reconnaît pas -. » (( Le Wurtemberg et lePalatinat-Neubourg, » mandait le chancelier de l'Electorat de Saxe avant même que la Diète ne lût ouverte, « disent très haut qu'ils ont résolu de ne se mêler en rien aux intrigues de l'Électeur palatin et de ses alliés. »
« La conduite des Calvinistes, » écrivait de Ratisbonne un conseiller de l'Electorat de Saxe, « doit être prise en sérieuse considération. Notre conscience nous oblige, en vue de la postérité, à réfléchir mûrement sur ce que nous avons à faire. On voit enfin bien clairement qu'il faut se décider à agir car dans leurs conciliabules séditieux quelques esprits inquiets vont vraiment trop loin, et les conséquences de ces assemblées peuvent devenir graves, il serait donc sage de prévenir le mal à temps; en vérité l'action du démon calviniste est évidente en tout ceci ^. » Les ambassadeurs de l'Electorat de Saxe refusèrent de signer le cahier de doléances présenté à Rodûlphe^en lo94, disantquc l'Empereur y était traitéavec mépris, directement attaqué, et qu'il semblait rédigé au nom de tous les membres d'Empire au lieu qu'il ne provenait que du Palatinat.« On accuse à tort l'Empereur, » disaient-ils ; e il n'est pas en son pouvoir d'agir autrement qu'il ne le fait. On lui cherche injustement querelle. Les griefs des Palatins ne sont fondés ni sur le droit, ni sur les faits, et se rapportent en grande partie à la personne même de l'Empereur, auquel nous devons tous obéissance, auquel nous [avons prêté serment. Pour tant de débats irritants, nous n'avons reçu aucune instruction, et ne voulons avoir rien à faire avec ceux qui les soulèvent. Ils se vantent d'être Confessionistes, ils se disent des nôtres, ils ont toujours la paix de religion à la bouche; mais en réalité tous leurs efforts tendent au renversement de la paix et à l'établissement de l'entière liberté de la religion ^. »
Le duc Ulrich de Mecklerabourg-Gustrow partageait ces manières de voir. Il avait réclamé l'avis de David Chytrüus et de la faculté théologique de Rostock au sujet du cahier de doléances présenté
• Ritter, Briefe und Aden, t. I, p. 106.
2 Sattler, t. V, pp. 20ö et suiv. Se.nke.nberg, t XXI, p. 3lS, note. p. 489.
3 Senkexberg, t. XXI, pp. 319-320.
^ Arum.vel's, Comment, de comifiis. p. 4'20. Sexkexberg, t. XXI, pp. 357, 360. Voy. Stieve, Die Politik Bayerns, l. 11, pp. 376-377.
par les Catholiques à Ratisbonne en 1594. Sur plus d'un point, Chyträusavail donné raison auxGatholiques. « Avant tout, » avait-il dit, « il importe que la paix de religion soit respectée; Jious devons éviter de nous lancer dans des aventures périlleuses, lesquelles, au l'ond, n'ont d'autre but que d'accroître notre pouvoir et nos biens. Les membres d'Empire catholiques se plaignent, [non sans raison, en bien des cas, que les noires les oppriment, en dépit du traité de paix. 11 est certain que ce que Gebhard a osé l'aire à Cologne et ce que d'autres ont récemment tenté dans l'évêché de Strasbourg est absolument contraire au traité. Ils ont prétendu l'aire de leur cause personnelle la cause de tous les membres d'Empire, comme si elle intéressait la religion de tous. H est également certain que c'est contrairement à la paix de religion quêtant de sectes nouvelles, en particulier celles de Zwingle et de CalviU;, se sont glissées parmi nous. )) La faculté théologique de Rostock exprima la même opinion avec plus de force encore ^.
Se dirigeant d'après ces avis, le duc Ulrich déclara, avant même que la Dirte ne s'ouvrît, qu'il serait contraire au devoir d'admettre les Calvinistes à bénéficier de la paix de religion; que les Calvinistes persécutaient les Luthériens à l'égal des Catholiques et que, de plus, il était impossibled'approuver les attaques violentes dont la Réserve ecclésiastique était l'objet, puisqu'elle faisait partie intégrante de la paix de religion-.
Peu de jours avant la signature du recez, les Palatins remirent à l'archiduc Mathias !a réponse à la réfutation catholique de leurs griefs, et la réfutation des plaintes que les Catholiques avaient, de leur côté, portées contre les Évangéliques. « Les Catholiques prétendent,» lisait-on dans ce mémoire, « que les sectes qui se sont établies dans l'Empire sous la protection du traité d'Augsbourg sont l'unique cause des méfiances qui nous divisent; cette affirmation n'a pour but que de diviser plus encore les protestants. Et néanmoins nous n'avons tous qu'une même chose à cœur : la défense et le maintien de la Confession d'Augsbourg, condamnée et attaquée par le Pape comme hérétique, et violemment injuriée dans maint écrit, au mépris des membres d'Empire Évangéliques. Les Catholiques assurent que le Palatinat a altéré la Confession d'Augsbourg : cette accusation est sans fondement, puisque le prince Électeur n'a fait que combler quelques lacunes dont sa conscience l'avait averti, comme il y était autorisé par la parole de Dieu, par la paix de reli-
1 Krabbe, Chylräus. pp. 43o, 437.
äSriEVE, t. II, p. 377.
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gion et par la haute situation qu'il occupe dans l'Empire. Les membres protestants, dans le mémoire présenté on 159i, ont, ù la vérité, appelé le Pape « la prostituée deBaby'one, l'enfant de perdition qui s'est élevé contre Dieu et se fait adorer comme Dieu même»mais quoi d'étonnant à ce que l'évêque de Rome soit traité sans égards et durement dans nos cliaires, puisqu'il est bien, en léalité, l'Anteclirist et le suppôt du diable ? N'est-il pas étrange que les Catholiques se plaignent de ce langage? Les Pap.^'s n'ontils pas attiré sur l'Empire plus de calamités, de ruines et d'humiliations que le plus barbai'C ennemi? Même de pieux évêques ont regardé le Pape comme le précurseur de l'Antéchrist. De plus, le Pape n'est pas membre d'Empire, il n'a rien à voir dans la paix [de religion. On ne peut lui savoir gré des prétendus sacrifices qu'il s'impose pour la défense de la Chrétienté, puisque tous les ans il tire beaucoup plus d'argent de l'Allemagne qu'il ne lui en donne, et que si le Turc, de nos jours, a ime si redoutable puissance, le Papeen est en grande partie la cause. L'histoire démontre que dès le temps de Frédéric Barberousse, Roaie a favorisé les Turcs. A l'époque actuelle, Grégoire Xlll, pour étendre sa domination sur tous les Chrétiens, domination qui a toujours été son idée fixe, a inventé un nouveau calendrier, lequel, au dire de plusieurs excellents .mathématiciens, tst aussi inutile qu'inexact. C'estdonc avec raison que les Ëvangéliqucs l'accusent de confondre et de mêler les temps avec une témérité impie i. »
« Beaucoup de membres de l'assemblée s'en iront d'ici mécontents, » écrivait le conseiller bavarois Gailkircher peu de temps avant la clôture de la Diète ; (f et ce qui doit donner à réfléchir, c'est que plusieurs d'entre eux se refusent à donner j'argcnt voté par la majorité. En outre, j'ai observé ici une telle méiiance entre les princes, une telle désunion des esprits, quon ne peut espérer voir cette assemblée porter quelques bons fruits -. »
Les Palatins et leurs partisans avaient obstinément soutenu que les décisions de la majorité n'obligeaient les membres d'Empire ni dans lesquestions d'impôt, ni dans n'importe quel débat relatif à la paix d'Augsbourg ou à la religion. Si ce principe eût été admis, le seul lien qui unissait ensors entre elles les différentes parties de la confédération germanique eût été à jamais rompu. Déjà, à Ratisbonne, plusieurs princes catholiques avaient déclaré que, dans le cas où, sur l'impôt turc, on n'arriverait pas à une décision com-
« Lehmann, pp. 2:58-251. Voy. Stieve, t. II, pp. 370-380. Frankfurter Reichstatjsacten, t. 87, foll. 2ÜG-2Ö7.
- Stieve, Die PoUlilc Bayerns, t. II, p. ISo.
muiie, ils ne pourraient s'engager à fournir aucun subside ». Les charges de l'Empire, » lit-on dans un mémoire rédigé à Mayence à cette date, « ne peuvent cependant pas être uniquement supportées par les membres obéissants, tandis que les récalcitrants se croiront autorisés à garder leur argent pour le dépenser à Dieu sait quelles choses, et pour quelles intrigues * ! Si une fois la résistance aux décisionsde la majorité était admise, immanquablement la même résistance se produirait et aux assemblées des^États, descercles, et enfin, comme le duc de Bavière l'a suffisamment démontré, dans les Diètes électives. C'en serait fait de l'Empire 2. »
Pour conjurer ce suprême péril, les Catholiques et les membres luthériens restés fidèles à l'Empire soutenaient que les décisions de la majorité devaient obliger tous les membres de la Diète, et cela non pour des motifs religieux, mais pour des raisons politiques. L'administrateur luthérien de Saxe tremblait déjà que la nécessité de défendre la constitution les armes à la main ne s'imposât bientôt aux membres obéissants, et il n'était pas seul à penser ainsi^.
La mort de l'Électeur Jean-Georges (1598) et l'avènement de Joachim-Frédéric de Brandebourg ne contribuèrent pas peu à fortifier le parti révolutionnaire dans l'Empire. A peine élu, le nouvel Électeur s'unit au Palatinat, au duché de Deux-Ponis, aux princes d'Ansbach, de Bade-Durlach, de liesse et d'Anhalt pour envoyer à l'Empereur une protestation contre le recez de Ratisbonne; lui et ses adhérents déclaraient qu'ils ne donneraient rien pour la guerre turque en dehors des sommes votées à Ratisbonne, et dans les conditions alors indiquées. Il leur était impossible, , assuraient-ils, d'admettre qu'on voulût les contraindre, pour obéir à la m.ajorité, à accepter des charges au-delà de leurs ressources, tout eu leur ôtant tout espoir de voir jamais leurs griefs redressés ^.
Älais avant d'avoir reçu cette protestation, l'Empereur avait intimé à tous les membres d'Empire l'ordre d'avoir à se conformer au recez, et il avait chargé le fisc d'intenter immédiatement une action près la Chambre impériale contre les retardataires. Cités devant le
* ^Rapport de Mayence, 21 mars 1598. Yoy. la feuille citùe plus haut, p. 132, noie 3. Voy, Stieve, p. 432.
ä Stieve dit excellemment à ce Sujet (t. II, pp. koO-io't) : « Les Palatins et leurs amis combattaient la majorité dans l'intérêt de leurs griefs, qu'ils espéraient ainsi faire redresser plus aisément; mais au fond la question n'était pas seulement pour eux un moyen, elle était le but, et le but principal. Elle était la conséquence dernière et nécessaire de l'eftbrt territorial pour parvenir à la complète indépendance de l'Empereur, et de l'Empire », p. 433.
3 Stieve, t. II, p. 435.
* Senkenberg, t. XXI, pp., 440-444. Ritter, Gesch. der Union, t. I, p. 86, note 4. Ritter, Briefe und Aden, t. I, p. m, u» 1. Voy. Stieve, t. II, p. 434 (19).
LK PRIXCK l'LPXTKUR F'REDKRlC IV.
souverain tribunal, lo Brandebourg, Ansbach, Hesse-Cassel et Deux- Ponts déposèrent une protestation, à Spire, contre les réclamations du fiscal *.
Le principal agent des conspirations, des intrigues qui troublaient l'Allemagne, c'était de l'avis de tous les membres d'Empire restés fidèles à la constitution, l'Électeur palatin, et leur ressentiment contre ce prince était d'autantplus amer queFrédéricétait « un seigneur vraiment indigne de gouverner ».d'un esprit faible et borné, lejouet et la dupe des intrigants qui travaillaient sous son nom à la ruine del'Empire, aussi bienen Allemagne qu'à l'étranger '^ ».
Presque toutes les (jualités qui rendent un prince propre au gouvernement faisaient défaut à FrédéricIV. Une prenait pas le moindre intérêt aux atîaircs. Son secrétaire Kolbingerécrivaiten 15î)4à Fabian de Dohna : « Même ceux qui ont toute lacontiance du prince se plaignent tous les jours de ses habitudes exécrables; à certains moments, il profère d'horribles blasphèmes, et les plus grossières injures-* ». Frédéric traitait sa femme, dont tous avaient pu apprécier le noble caractère, avec une inqualifiable dureté''. Lorsqu'en iTiOo lapes^te fit dans tout le Palatinatd'épouvantables ravages, il ne s'informa pas une seulefois du nombre des victimes, ne paraissant prendreaucun intérêt aux soutl'rances de ses sujets •'. Son journal et son livre de dépenses nous permettent de pénétrer dans sa vie, etd'étudier à fond soncaractère et ses mœurs. Là, les divertissements de la cour, les bals, les mascarades, les chasses, lespromenades quiavaientlieu presque tous les jours, sont minutieusement consignés, non moins que les excès de table et les pertes au jeu. Pendant que les plus graves intérêts de l'Empire se discutaient à la Diète, l'Électeur écrivait dans son journal (avril loOS) : « Le 2, nous avons eu mascarade et nous avons pris des habits de paysan; le 3, nous avons dansé; le i. nous avons été à Mosbach; le o, nous avons joué toute la journée; le 6, nous avons été à Binau, chez Hans Landschaden ; le 7, à Heidelberg; le 8, à la chasse à courre; le 9, il y a eu courses do bague; le 10, chasse au renard, etc. *"'. » A force de boire avec excès, il était,
«RiTTEH, Gesch., t. I, pp. 8G-87.
- Ainsi s'exprimait sur le compte de F"rédéric, d'après une relation de Tambas* sadear de Mayence, Henri Vcspermann, le 22 fcvr. 1698, l'adminislraleur de Saxe. Ce jugement était parfaitement juste.
' Ritter, Gesch. der Union, 1. 1, p. 48, note 2,
* Ritter, t. I, p. 48, note 4.
^ Ritter, t. I, p. 48, note 4.
' Wille, Tajebiich, pp. 234 et suiv.
nf) LE PRINCE ELFXTEUR FREDERIC IV.
dèslo93,«sujet à de fréqueiitsaccèsd'épilepsie* ».Hans de Schwein ichen qui, en coaipagnie du duc Frédéric de Leignitz, était venu passer quelques semaines à la cour palatine en 1593, écrivait au sujet de ce séjour : « Nous avons passé tout notre temps dans la plus complète oisiveté, dans une délicieuse vie de plaisir; environ trois semaines se sont écoulées à bien boire, à bien manger et à danser. Le comte est vraiment un étrange seigneur! il ne s'entend bien qu'à se griser-. » Même au moment des plus importantes négociations p(»litiques, Frédéric ne parvenait pas à dominer celle passion 3.
« Le pays est appauvri, épuisé par les impôts et les taxes de toute sorte, » écrivait avec douleur le conseiller électoral Léonard Schug ; « le trésor est vide, les propriétés sont vendues. Cependant l'Électeur joue aux dés comme si lui et ses sujets étaient les plus riches du monde; il dépense avec la dernière insouciance un argent fou pour ses amusements et pour son fastueux train de maison *. »On lit dans le journal et le livre de dépenses de Frédéric : « Le 9 août lo99, perdu au jeu 55 florins d'or ; le 16, li florins d'or; de plus,60 florins d'or; le 18, 85 florins d'or; le 19, dix florins d'or. Le 12, donné aux musiciens, dix florins d'or; le IG, perdu 39 florins d'or; le 17, perdu 49 florins d'or; donné aux musiciens, 15 florins; le 18, perdu 40 florins d'or; le 19, pour cinq violons, 50 florins; le 20, donné aux musiciens d'Altorf, 79 florins ; aux musiciens de Rotenberg, 10 florins d'or, etc. » Et au mois d'octobre : « Le 4, pour une image en cire, 533 florins; pour un tableau, 400 florins; le o, pour un joyau, 300 florins; pour une fleur à mettre dans les cheveux, 180 florins; pour une cassette à bijoux, 20i5 florins; le 12, pour une héronière, 111 florins; le 18, auxlrompettesqui ontjouéàla noce d'Ebrard de Dalberg, 20 florins d'or ; aux mineurs qui ont chanté, 15 florins; le même jour, perdu au jeu, 150 florins ; le 20, pour une chaîne d'or,69 florins; le21,pour des faucons, etc. ,170 florins. Perdu au jeu 133 florins, etc. » Le l^'' et le 2 novembre, les perles de jeu s'élèvent àll)OOHorlnsenviron^ Les danseursde ballets et les violons français sont toujours magnifiquement récompensés. C'est ainsi que l'Électeur note : « Le 13 juillet 1599, donné pour le luthier français Book, dix thalers royaux; le 15, de nouveau 10 thalers; le 16, 10 tha. 1ers.» Pendant ces jours, dix couronnes d'or sont dépensées au jeu
* Stieve, Die Politik Bayerns, t. I, p. 19Ü, note. - ScHWEixiCHEx, Begehenheilen, t. III, p. 55.
3 Ritter, Gesch. der X'nion, t. 1, p. 5ü. Brieje und Acten, t. I, p. 518, note!.
* Relationdu conseiller de MaijenceUEym Wesperm.vn.v, daas le document cité plus haut, p. 132, note 3.
-■> Wille, pp. 2(55-286.