CHAPITRE XII
SITUATION RELIGIEUSE DANS l'ÉLECTORAT PALATIN. — INIMITIÉ CROIS- SANTE ENTRE LUTHÉRIENS ET CALVINISTES. — EXÉCUTION DU CHAN- CELIER KRELL. löOl.
Ce n'avait été que contraint par son tuteur que, tout enfant, l'Électeur palatin Frédéric IV avait embrassé le Calvinisme^ ; mais, plus tard, il avait découvert que Calvin avait seul prêché la doctrine du salut, et à l'exemple de Jean-Casimir et de son grand-père Frédéric III, il avait résolu « de doter son pays, son peuple, et, si cela était possible, la Chrétienté tout entière, de la doctrine seule orthodoxe « du réformateur français » -. Mais il rencontra la même résistance que ses prédécesseurs chez les luthériens du Haut-Palatinat,qui ne tardèrent pas à se révolter. Neumark fut soumise par les armes en 1592; un prédicant calviniste lui fut imposé. Amberg se souleva de même, et « ce ne fut qu'à grand'peine que les autorités civiles et ecclésiastiques purent échapper à la fureur populaire-^. » AHambach aussi les bourgeois et les paysans révoltés s'attroupèrent, concertèrent leur vengeance, et les représentants de l'autorité eurent à subir d'indignes traitements. A Tirschenreuth, le lieutenant-général Valentin Windsheim avait menacé les habitants, s'ils s'obstinaient à repousser[la doctrine de Calvin, « devenir les convertir à la tête d'une armée de lansquenets » ; pour prévenir ce dessein, « ils je firent périr lamentablement ». Précipité sur le sol du haut du toit de sa maison, accablé de coups, criblé de blessures, on le traîna çà et là sur la place du marché; enfin on l'acheva d'un coup de massue, sans quenul lui eût témoigné la moindre pitié. Mais cet acte barbare n'assouvit pas encore la vengeance populaire. Des fanatiques sautèrent à pieds joints sur son cadavre; les femmes mêmes Remblaient prendre un extrême plaisir à ces actes lâches et féroces. Des abomi-
' Voy. plus haut, p. 62.
2 Ce sont les propres paroles de Frédéric citées dans la lettre d'Henri Vespermann. Voy. p. 146, note 4.
3 Dès 1585, pour empêcher « le poison calviniste d'infecter la contrée », on avait, à plusieurs endroits, étahli des postes de surveillance dans la ville. Voy. Scune- GRAF, Glossen über ein Zinnsbuch der Slad Ainberç] vom i585, p. 4.