‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 90 sur 573 · ÉTAT POLITIQUE ET REF.IGIEUX DE L ÉLECTÛRAT DE SAXE · texte numérisé non relu

ÉTAT POLITIQUE ET REF.IGIEUX DE L ÉLECTÛRAT DE SAXE

nations analogues se commirent à Xabourg en juin lo92. Sébastien BreitschedJ, curateur calviniste des procès ecclésiastiques, avait fait emprisonner un prédicant lanjue luthérien: il avait eu l'imprudence de dire tout baui que « sans la présence de quelques justes il aurait, depuis longtemps, lait mettre le feu à la ville ». Exaspérés par cette menace, un grand nombre de luthériens se liguèrent et résolurent de « bénir Breitscheid à leur mode, en levant leurs boyaux à deux mains sur sa tête ». Ils assaillirent sa maison, brisèrent tout ce qui s'y trouvait, « et la perquisitionnèrent avec une telle furie qu'un cœur de pierre en eut été ému ». Enfin, après quatre heures de recherche inutile, ils finirent par découvrir le malheureux Breitscheid caché sous les briques du toit^ ils le traînèrent dans la rue, l'accablèrent de coups et lui brisèrent les membres. On le croyait mort, et déjà ses ennemis faisaient mine dese retirer, lorsqu'il lit un léger mouvement de tête. Aussitôt ses impitoyables bourreaux « se ruèrent sur lui, et le frappèrent de si rudes coups qu'on ne peut décrire le supplice qu'il eut à endurer ». L'un d'eux compta jusqu'à trois cents plaies sur son corps ; on ne voulut pas même lui accorder une place au cimetière. On conduisit son cadavre à deux lieues de la ville, et là, t^ il fut enfoui comme une vile brute m. Ces fanatiques avaient juié la mort de tous les prédicants calvinistes ; mais ceux-ci parvinrent à leur échapper par la fuite. A Chain, le pasteur fut assommé par ses paroissiens un jour qu'il était à la promenade '.

De si exécrables forfaits, commis non par une poignée de misérables, mais à l'applaudissement de tous, montre à quel degré de dépravation, de férocité, les luttes religieuses et les ignobles injures échangées entre prédicants avaient conduit ce peuple, égaré par l<t haine -. k Les Calvinistes, »écrivait Albert d'Helbach, chapelain du comte luthérien de Simmern, « ne cessent d'appeller les nôtres caunibales, vampires, mangeurs de Dieu, cyclopes, pélagiens, gardeurs de cochons, chiens. Épicuriens, etc. ^ ».

Une enquête commencée en lo06 met en pleine lumière « l'effrayante ignorance de tous les habitants du pays en matière de foi. Prédicants et fidèles sont au même niveau ». « Il y ade grandes lacunes dans l'instruction religieuse, » lit-on dans le rapport présenté au prince par les enquêteurs, « et quelques-unes de vraiment

' WiTTM.oiN, pp. 91-94. Verliandl. des historischen Vereins der Oberpfalz und Regensburg, t. XXII, j)p. llo-llT. Scuüegraf, Glosse, p. 4.

- WiTTiiASN, pp. 94-99.

' Ileus trepidans, p.61 . Lorsque, dans les églises, le pasteur luthérien prononçait lesparoles de l'icslilution de la Cènc^ '• les Calvinistes présents cr&chaieLt par Itjre, au grand scandale des assistants u. Wriïii.v.N.N, p, 98.

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effroyables. Très peu de personnes, di.\ seulement à Hirschau, sont en élat de réciter couramment le Pater. Les articles du symbole sont très mal sus^, la plupart du temps, on nous fait des réponses dans le genre de celles-ci : Ponce- Pilate a souffert, le Saint-Esprit est né; la Vierge Marie a souffert pour nous, etc. La plus grande partie du peuple a complètement oublié la doctrine du baptême et celle de l'Eucharistie. Même à la question. « Qu est-ce que Jésus- Christ ? », on ne sait souvent que répondre, ou bien l'on répond tout de travers. La plupart des prédicants n'ont pas de Bible, mais seulement quelques petits traités de Luther. Us passent presque tout le jour dans les auberges. Comme tous les biens de l'Église et les revenus ecclésiastiques sont confisqués ou dilapidés, très peu ont de quoi soutenir, même chétivement, leur vie. Presque tous sont obligés de chercher une occupation en dehors de leur ministère. Ils se font cordonniers, tailleurs, barbiers, tisserands; quelques-uns se chargent des annonces mortuaires, d'autres des annonces de mariage, d'autres encore vont faire de la musique dans les auberges des environs. » La Gène était distribuée de huit façons différentes. On avait presque entièrement cessé d'assister aux offices. L'Électeur ayant demandé aux conseillers ecclésiasti(}ues et au chapelain d'Araberg comment les bourgmestres et les conseillers pourraient être ramenés à la pratique religieuse, on lui répondit : « Ceux de notre religion, par leurs emportements, leurs rancunes, la haine qu'ils ont les uns contre les autres ont causé de grands scandales. La bourgeoisie est excitée par les prédicants querelleurs et ennemis de la paix; elle nous déteste plus que si nous étions des démons. Elle nous traite de Juifs baptisés, de Turcs incirconcis. Nous sommes l'objet d'une telle méfiance de la part du Conseil et de la commune, on nous a rendus si odieux qu'en vérité nous pouvons dire, en pleurant et en gémissant, que nous sommes traités en maudits et comme les boucs émissaires du peuple ^. >)

Aussi le grand succès qu'obtint, dans le Haut-Palatinat, le hvre publié par Philippe Nicolai à Francfort en 1597 s'explique-t-il aisémont. Ce livre est intitulé: Court mémoire sur le Dieu et la religion des Calvinistes.

Nicolai, « serviteur de la parole àUna, enWestphalie, » avait composé ce mémoire sous forme de questionnaire, « pour servir à l'instruction des laïques et de tous les cœurs pieux ». La première idée lui en avait été fournie par la lecture d'un ouvrage calviniste intitulé : « Pseùdo-Ckristus ». Le Christ des Luthériens y était

1 Wittmann, pp. 103- 10a.

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