EXÉCUTION DU CHANCELIER KRELL
Dieu. Mais vous, qui avex fait tant de rnal à votre patrie, vous qui l'avez troublée, Sa Grâce entend et ordonne qu'avant deux jours vous avez expié votre crime sur l'échafaud. afin (juetous les sujets de Sa Grâce soient éclairés par votre exemple. Vous vous immolerez donc à Dieu pour cette fin, puisque Isaïe et Jérémie appellent l'exécution de ceux qui nuisent a leur pays le sacrifice du Seigneur. « Ne touchez point à l'oint du Seigneur. » est-il écrit, « ne laites aucun mal à mes prophètes, car quiconque les touche me toucheà la prunelle deTceil.» Or vous avez touché Dieu à la prunelle de l'œil; vous avez fait beaucoup de mal à ses prophètes, un mal inexprimable ; vous avez été cause que la Bible de Luther a été l'alsitiée. Oh ! avec quelle astuce détestable on aagil Comme on a péché contre Dieu, contre la conscience! Avec quelle perverse intention d'introduire secrètement dans l'Électorat toutes les subtilités empoisonnées de Calvin ! C'est là une scélératesse inouïe, dont il est impossible de vous justifier. « Je confesse humblement,» dit Krell, « la vérité de tout ce que vous dites ; ma conscience me reproche plus encore; mais je ne suis pas le seul coupable; beaucoup d'autres le sont plus que moi, en particulier les ministres. La falsification de la Bible m'a toujours déplu ; elle est l'œuvre des ministres. Les prêtres imposteurs, eu particulier Pieriiis, Salmuth, Steinbach, Gundermann m'ont indignement trompé ; j'ai eu tort, je l'avoue, de me laisser abuser par eux ».
Lorsque Krell eut compris qu'il ne pourrait obtenir sa grâce, et que son procès ne serait pas révisé,;il demanda à se confesser. «Ceque je dis et ceque jeconfcsse maintenant, »dit-il, « je m'en accuse d'abord auDieudu ciel, et aussi à vous, ses serviteurs;maisceque jevaisvous confier, vous le garderez pour vous, tout le temps de votre vie et jusqu'au jour du jutiement dernier, comme il convient et appartient à de vrais serviteurs de Dieu. » Ayant ainsi parlé, il commença sa confession. Mais Blum ne se fit aucun scrupule de dire à tout le monde et tout haut, que Krell avait reconnu devant Dieu et devant ses serviteurs qu'il était digne de la mort *.
Le 9 octobre 1601, l'exécution eut lieu à Dresde. L'épie qui trancha la tète du chancelier portait celte inscription : Méfie-loi des Calvinistes, docteur Nicolas Krell -! « L'Electrice Sophie, veuve de Christian l^"", »lit-on dans une chronique du temps, « se trouvait, en compagnie de quelques dames de la cour, sur la galerie d'un nouveau bâtiment, d'où Ton pouvait considérer fort à son aise ce
1 Leichprediçjt. pp. 11-48.
- Cave, Calviniane, D. N. Cl »
ABOLITION DU CALVINISME EN SAXR. jgy
qui se passait au dehors. Pour que ce spectacle fût plus à la portée de ses yeux, l'échafaud, élevé près des écuries quelques jours auparavant, avait été démoli par son ordre, et rebâti de façon à ce qu'elle pût mieux jouir du spectacle i. » Après que le bourreau eut frappé le coup fatal, il montra la tète de Krell au peuple, en disant : « Ainsi finissent les complots calvinistes! Que les complices de cet homme soient sur leurs frardes, s'il s'en trouve dans cette foule, car nul, je pense, n'échappera ! ils tomberont un jour entre mes mains ^t » Blum, le lendemain, prononça l'oraison funèbre du malheureux chancelier. « 11 avait, »dit-il en terminant son discours, (( percé d'un glaive de douleur l'àme de la veuve de l'Électeur, et quantité de pieux chrétiens avaient subi le même martyre. C'est pourquoi il devait périr par le glaive ■'•. »
A l'occasion de cette terrible journre, un luthérien paraphrasa comme il suit le psaume II : « .l'ai dit aux Luthériens, vous êtes mes fils; je n'ai pas engendré les Calvinistes, et je les briserai avec un sceptre de fer ''».Ce psaume fut répandu <à profusion parmi le peuple. Le dimanche des Rameaux, rien que devant la porte de l'Eglise de Hall, on en vendit 1,500 exemplaires •».
L'Électeur Christian II exigea de tout sujet, « laïque ou ecclésiastique, en charge ou devant y entrer, « un serment portant expressément « qu'il entendait rester fermement attache à la pure doctrine du Formulaire de Concorde, qu'il n'entreprendrait rien contre elle, en secret ou publiquement, et que s'il découvrait chez les autres quelque velléité de passer au papisme ou au Calvinisme, il irait aussitôt, sans se laisser intimider par aucune menace, tout découvrir à l'Électeur, recevoir ses ordres et se mettre à sa disposition o. L'Électeur alla jus(}u'à refuser justice à ses sujets dans les questions litigieuses pour raison confessionnelle. C'est ainsi que le 20 mars IGDi il dénia au docteur Salomon Blattner le droit d'intenter une action eu justice parce qu'il le soupçonnait de Calvinisme. »
' Leben, Schicksale und Ende des ü^ N. Krell, p. G2. ^ Arnold, t. II, p. Gi2. Brandes, p. -193. ä Leic)ipredi(jl. pp. 54-L5.
* Strobei., Neue lieilräje, t. V, p. 401.
* KlESLING, p. 215.