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CHAPITRE XIII

EFFORTS 1)F,S PAPFS TOLR ORG.VMSF.R LA LIGLE DES PRINCES CHRETFENS CONTRE LES TURCS. — LES ESPAGNOLS ET LES HOLLANDAIS EN ALLE- MAGNE. — MALHEUREUSE EXPÉDITION DG 159i. — NOUVEL ATTENTAT CONTRE LA CONSTITUTION DE L* EMPIRE.

Depuis la Diète de Ratisbonne, les troubles à l'intérieur D'avaient fait que s'aggraver. Rodolphe ne pouvait opposer aux progrès de l'anarchie que des édits, des citations devant les tribunaux ou l'envoi de ses commissaires; or^ on se souciait médiocrement de semblables moyens de répression, d'autant plus qu'on savait l'Empereur absorbé par la nécessité de résister aux Turcs, « et très mesquinement soutenu par l'Empire ». Le 8 octobre 1598, le trésorier impérial ZacharieGeizkofler annonçait à l'Empereur que jusqu'à ce jour une très faible partie des sommes votées à Ratisbonne avait été livrée, et qu'à peine avait-on de quoi payer la solde de trois régiments. Jamais, disait-il, il ne se serait imaginé que les recouvrements seraient aussi dérisoires et aussi lents. Il s'était vu forcé d'emprunter plus de 330,000 florins '. Trois ans plus lard, trois millions de florins manquaient encore au total des sommes garanties.

Le 2 mai 1598, grâce à l'intervention du Pape Clément YIII, un traité de paix fut conclu à Yervins entre la France et l'Espagne. ARome, on se prit à espérerqu'enfîn tous les États chrétiens allaient s'unir pour combattre l'ennemi commun -. En l'espace de deux ans,

« Voy. Hlrter. t. III, p. 93.

2 Yoy. Dui'LEssis-Mon.NAY, t. VU, p. 538, et VIII, p. 268. Ranke, Päpste, t. II. I)p. 299-300. Les ambassadeurs d'Angleterre et des États Généraux avaient tout fait pour empêcher la paix de Vervins de se conclure; mais Henri I V,à cause du conil)let épuisement de la France, l'avaitardemment souhaitée. Voy. Ranke, Franc. Geschichte, t. II, pp. 33-34. Le sol français avait été tellement dévasté par la guerre civile (ju'il était à moitié changé en désert. Le nombre des habitants avait diminué de trois millions. Voy. la relation du A'énitien Pietro Duodo (1598) dans Ai.bèri, Appendice loi. Villeroy, à la fin de mars, lit part à l'ambassadeur des États Généraux, Oldenbarnevclt, de la ferme intention où était le roi d'accepter la paix; toutefois Henri ne promettait de la maintenir que jusqu'au moment où la France aurait recouvré des forces. Le roi assura lui-même Oldenbarnevelt de ses intentions dans l'entretien confidentiel qu'il eut avec lui. 11 lui fallait trois ou quatre ans, lui dit-il, pour organiser et accroître les ressources de son royaume; jusque-là les Hollau-

p:spag.\ols et hollandais dans l empire. 159

le Pape, qui travaillait sans relâche à obtenir ce résultat % avait donné environ un million et demi d'écus pour la cause qui lui était si chère -. Le 28 mai 1398, il i)ressait Henri lY d'organiser la croisade^, et ne désespérait point de voir du moins s'unir pour la sainte cause la France, l'Allemagne et la Pologne. Henri lui avait exprimé le désir de s'embarquer le plus tôt possible pour aller combattre les Infidèles. A l'exemple de sesaïeux, il brûlait, prétendait-il, de venger le nom chrétien sous les murs de Gonstantinople. Mais, en réalité, il ne put jamais se résoudre à abandonner le sultan, et resta toujours persuadé de ce qu'il avait dit à ce dernier au mois de septembre 1397 : « Une étroite amitié entre la Porte et la France a été de tout temps, très avantageuse à nos deux états'*. » En mars 1399, il mandiit à l'Electeur palatin qu'il avait définitivement refusé d'entrer dans les vues du Pape. « Votre Grâce, » écrivait-il, « peut aisément deviner ce qui se cache derri'^re la ligue qu'on me propose. » En dépit de la paix de Vervins, il conseillait aux princes protestants de s'allier aux États-Généraux contre le roi d'Espagne, et, dans ce cas, leur promettait aide et assistance ^.

Depuis bien des années, l'Espagne et la Hollande occupaient le Bas-Rhin etlaWestphalie,« qu'ils traitaienten pays corujuis, et comme s'ils en eussent été les véritables maîtres ^ ».G'est^ainsi que les Étals

dais auraient à soutenir seuls la campagne. Mais ils ne les abandonnerait pas; ses troupes, ses ingénieurs seraient toujours à leur disposition, et il restituerait les sommes qui lui avaient été prêtées, l'ius lard, il comptait bien reprendre avec une nouvelle énergie, et dans des circonstances plus favorables, la {guerre suspendue quelque temps. Wenzelbürger, t. II. p. 698.

' Stieve, Die Politi/c Bayerns, t. II, p. 21S, note 1.

2 Ranke, Pa/)s/e, t. II. p. 302.

ä DupLESsis-MoRN.vY, t. IX, p. 27.

* Berger de Xivrey, t. IV, pp. 85G-8.o7.

* RiTCER, Briefe und Acten, t. I, {)p. 157, 213, n« 32. Déjà il avait écrit au duc de Wurtemberg-, le 26 juin 1508, « que maintenant qu'il avait conclu la paix avec Philippe II, il espérait bien en l'espace de peu de temps, si bien organiser sonroyaumc qu'il pourrait être bientôt ca état de se rendre utile à ses amis et bons voisins, se souvenant de ceux qui l'avaient secouru plus d'une fois au temps de ses difficultés. » Voy. Berger de Xivrey, t. IV, pp. 1012-1013. De 1587 à 1593 le duc de Wurtemberg avait avancé plus de 756,000 livres au roi. Voj'. t. IV, pp. 463-464, note.

^ ** On lit dans un mémoire du comte Arnold de Bentheim au sujet des chefs de l'armée espagnole ; « Quelques capitaines ont raillé et méprisé ouvertement les princes et' Électeurs protestants de l'Empire : })laisantant des armoiries qu'ils voyaient sur les sceaux de leurs lettres, ils disaient : « Voici représentés ici des animaux horribles et effrayants, des loups et autres bêtes féroces; leurs griffes sont étendues, ils ont la gueule béante; mais nous ne voyons pas qu'ils aient jamais égratigné ou mordu personne. »Ces mêmes personnages ont souvent dit tout haut qu'avec les princes allemands il n'y avait pas le moindre danger à courir ; qu'ils n'inquiéteraient jamais les princes qui venaient piller et rançonner le sol allemand, parce qu'ils étaient désunis entre eux, qu'une affaire qui ne les intéressait pas per. sonnellemcnt ne les touchait en rien, et qu'ils ne se souciaient que de passer le temps à chasser, boire et jouer. » Voy. Falkmann, pp, 74-75, note.

460 ESPAGNOLS ET IIOLLANFMIS DANS i/eMPIUK. 1o08.

Généraux ordonnèrent un jour au conseil d"Emmerich d'expuiser les J(''siiitcs de la ville dans un d<''lai de trois jours, menaçant, en cas de désobéissance, « d'aller traquer les Pères au gîte, de les empoigner par le cou, et de les traiter de telle sorte que les femmes et les enfants en pousseraient des cris d'épouvante ». Le conseil ayant un peu tardé à exécuter l'ordre, les Hollandais pillèrenl et saccagèrent toute la contrée, « à la grande terreur et détresse des pauvres habitants * ». i( Malheur à nous! » écrivait un chanoine de Xante au mois de septembre 1397^ « nous sommes complètement abamlonnés de l'Empereur et de l'Empire! Ce que nous avons à endurer, tantôt des Hollandais, tantôt des Espagnols, est indicible; ils rançonnent, pillent et incendient partout où ils passent. Dans tous les alentours, le sol reste en friche; beaucoup de paysans se sont enfuis, la faim et la misère torturent d'innombrables malheureux; des milliers d'hommes périssent de maladies pestilentielles, et je ne crois pas qu'il y ait dans tout l'Empire un pays plus à plaindre que le nôtre. Bien que nous n'ayons rien à voir dans la querelle des Espagnols et des Hollandais, nous en sommes les victimes 2. »De nombreux témoignages viennetit à l'appui de ces lamentations. En mai 1597, le coadjuteur de Cologne recommandait à Ferdinand d'avoir égard, dans sa déclaration aux États du Rhin, à l'insécurité où l'on vivait, tandis que le vol et le pillagp désolaient la contrée, que les chevaux étaient emmenés au loin, que des calamités sans nombre accablaient les pauvres gens. « Ce pays, » disait-il, « est tellement épuisé qu'il ne lui reste rien, qu'un ventre affamé. Il serait injuste, par conséquent, de trop presser la population pour les impôts. » « L'insolence des Hollandais est inouïe, » écrivait Ferdinand le o novembre lo97 au duc Maximilien; « leur arrogance va si loin qu'ils ne respectent plus personne. » c Si Dieu ne nous vient en aide, » écrivait-il encore le 16 décembre au duc Guillaume, « je ne vois pour nous aucune raison d'espérer, car depuis que les succès les ont enorgueillis, les Hollandais sont devenus intraitables; ils s'imaginent que rien ne peut leur résister ^. » Les deux puissances belligérantes avaient fait chacune des conquêtes sur le sol allemand ; Rheinberg et Mors, longtemps au pouvoir des Espagnols, avaient été reprises par les Hollandais. Pour les reconquérir, François de Mendoza et le comte Frédéric de Berg, avec des troupes espagnoles, wallones et allemandes, avaient formé une armée de 2 1.000 fantassins et de Ü. 500 cavaliers; en sep-

' Zeitschrift des Berjisclien Geschichtsvereins, t. III, pp. 367-3C8.

' * Copié dans un Codex ceci. Xantensis, s;ec. XVII, fol. 11-12.

s Stieve, Wittelsbacher Briefe, partie III, pp. 479, 480, 541, 549, 550.

ESPAGNOLS ET HOLLANDAIS DANS l'eMPIRE. 1o98. IGl

tembre 1598, ils avaient pénétré dans le duché de Clèves, et, vers le milieu d'octobre, avaient chassé les Hollandais de la forteresse de Rheinberg. Après cette victoire, les troupes s'étaient répandues sur les deux rives du Rhin, dans le pays de Munster et le comté de la Marck, et l'incendie, le pillage, l'assassinat avaient mis au comble la détresse des pauvres habitants sans défense *. Aussi le coadjuteur Ferdinand écrivait-il avec douleur : « Ils ont ruiné et saccagé larchevêché, sans parler de ce qu'ont eu <i subir les pauvres sujets, dépouillés, réduits au désespoir. La plus grande partie des habitants s'est enfuie, de telle sorte qu'à l'exception de quelques bourgades, le pays est presque entièrement désert^. «A Wesel, Mendoza rétablit le culte catholique, et les prédicants furent destitués par le Conseil; les Catholiques reprirent possession des églises, les Jésuites furent appelés, et l'on put croire que dans ces contrées les Protestants avaientperdu pourtoujourstoutespoirdevoir jamais se rouvrir leurs temples 3. Les Hollandais, à leur tour, pénétrèrent, pillant et saccageant tout sur leur passage, dans le duché de Clèves, exerçant surtout leur fureur contre les prêtres et les moines. L'Empereur, uniquement préoccupé de la guerre turque, se contenta de menacer vainement les Espagnols et les Hollandais de sa colère ; vainement il exigea, sous peine du ban, l'évacuation immédiate du territoire, et des dédommagements pour les pertes subies : tout fut inutile, et les choses demeurèrent dans le même état.

L'invasion de Mendoza faisait le jeu des Palatins; ils se reprenaient à espérer qu'on pourrait entraîner l'Empire dans une guerre contre l'Espagne, et qu'aidé de la France, de l'Angleterre et de la Hollande, on parviendrait à exciter dans l'Empire la révolution depuis si longtemps désirée.

Mendoza, au dire des princes protestants, méditait d'atroces vengeances.

« L'invasion des Espagnols vient de révéler au monde entier les infâmes complots de la ligue papiste, » écrivait Frédéric IV vers la fin d'octobre 1598. ^) a Les Espagnols vont exiger, pour obéir au Pape, l'exécution immédiate des décrets de Trente, « disait le landgrave Louis de Hesse-Marbourg. « Us se proposent de prendre possession des provinces rhénanes, et d'établir une monarchie univer-

'**Sur l'invasion des Espa^•nols dans les cercles du Bas-Rhin et de laWestphalie, voy. Kelleh, Gerjenrefonnation, t. II, pp. 57 et suiv., 263 et suiv. et Stievë, Wiitelsbacher Briefe, partie IV, pp. 16 et suiv.

* * Stievk, Witlelshacher Briefe, partie IV, p. 17.

^ **li^iA.^R,Gegetirefonnation, t. Il, pp. 61, 62, 210 et suiv., 212 et suiv., 214 et suiv., 216 et suiv., 21'J et suiv., 222 et suiv.

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