POSITION DÉSESPÉRÉE DES CATHOLIQUES
l'hérésie divise et empoisonne tous tes esprits, de sorte que les gouvernants peuvent à peino compter sur leurs sujets et n'obtiennent d'eux ni les contributions habituelles, ni l'obéissance qui leur est due. » « Le zèle des princes protestants est aussi étonnant que l'apathie des Catholiques. On dirait, en vérité, que ce sont les nôtres qui enseignent que la foi suffit sans les œuvres, tant ils semblent peu désireux de remédier aux maux actuels. Les Protestants, au contraire, bien qu'ils soient hors de la vérité, et pour cette raison ne puissent parvenir à s'entendre , se soutiennent les uns les autres pour se donner l'air d'être d'accord. Mais ce n'est pas seulement la paresse, l'indifférence qui rendent les nôtres impuissants, c'est la peur. Nos princes n'osent pas agir; ils s'accoutument à supporter les affronts les plus humiliants.» << Si l'on ne parvient à les unir et à les affranchir de la crainte servile qui les paralyse, il faut, selon moi, désespérer presque entièrement de la cause de la religion. »
Ceci était surtout vrai dans les évêchés. « Eu général, » dit encore Commendone, « les prélats n'ont qu'un seul conseiller ou serviteur dévoué; ils ne savent à qui se fier; beaucoup vont jusqu'à entretenir de fervents Protestants à leur cour et se servent d'eux dans leurs négociations avec les princes luthériens. Des hérétiques déclarés ou bien des personnages soi-disant « neutres », comme il s'en trouve tant en Allemagne, sont élus évêques ou coadjuteurs, ce qui laisse peu d'espoir de voir s'améliorer la situation de l'Eglise, ou du moins de voir les évêques et les chapitres s'intituler les fils obéissants du Saint-Siège. Aussi n'est-il pas étonnant que les chanoines d'un grand nombre d'églises se déclarent ouvertement pour la religion nouvelle. Quelques-uns sont poussés par l'ambition; voyant qu'ils ne peuvent être élus sans l'agrément des princes et qu'ils ne l'obtiendront qu'en se disant luthériens, ils se hâtent d'apostasier. Les chapitres vont jusqu'à charger les nouveau xévèques de l'administration des biens ecclésiastiques avant qu'ils n'aient obtenu la sanction papale. Du reste, on commence à moins se préoccuper de cette sanction. Beaucoup ne la solliciteraient même pas si leurs débiteurs ( ou détenteurs du bien d'Eglise) n'exigeaient que cette formalité soit remplie et qu'on leur montre le rescrit du Pape; sans cela, point de traitement. Mais il est à croire que, là comme ailleurs, les hérétiques trouveront bientôt moyen de sortir d'embarras *. »
Telle était la situation dans les territoires d'Empire restés sous la domination des princes catholiques ou à demi catholiques, au moment où Pie IV négociait avec l'Empire et les grandes puissances au sujet de la reprise du Concile général.
* RiiMA.-<N, Sendung, pp. Î56 et suiv.